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vres à la Martinique, il avait cru tenir une bonne occasion . d'accomplir son premier dessein ; mais , arrivé à Québec , le capitaine était mort 9 et le vaisseau n'avait pas poussé plus loin. Il s'était donc résigné à retourner en France sur le navire qui avait brûlé en mer, et dont nous avions recueilli l'équipage , et finalement il s'était embarqué avec nous pour les Indes-Orientales, comme je l’ai déjà dit. — C'est ainsi qu'il avait été désappointé dans cinq voyages , qui touts , pour ainsi dire , n'en étaient qu’un seul : cela soit dit sans préjudice de ce que j'aurai occasion de raconter de lui par la suite.
Mais je ne ferai point de digression sur les aventures d'autrui étrangères à ma propre histoire. — Je retourne à ce qui concerne nos affaires de l’île. JNotre religieux, — car il passa avec nous tout le temps que nous séjournâmes à terre, — vint me trouver un matin, comme je me disposais à aller visiter la colonie des Anglais, dans la partie la plus éloignée de File ; il vint à moi, dis-je, et me déclara d’un air fort grave qu’il aurait désiré depuis deux ou trois jours trouver le moment opportun de me faire une ouverture qui , espérait-il , ne me serait point désagréable , parce quelle lui semblait tendre sous certains rapports à mon dessein général, le bonheur de ma nouvelle colonie, et pouvoir sans doute la placer, au moins plus avant qu'elle ne l'était selon lui, dans la voie des bénédictions de Dieu.
Je restai un peu surpris à ces dernières paroles ; et . l’interrompant assez brusquement : — « Comment , sir , m'écriai-je , peut-on dire que nous ne sommes pas dans la voie des bénédictions de Dieu, après l'assistance si palpable et les délivrances si merveilleuses que nous avons vues jci, et dont je vous ai donné un long détail? »
• — « S'il vous avait plu de m’écouter, sir, répliqua-t-il
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avec beaucoup de modération et cependant avec une grandevivacité , vous n’auriez pas eu lieu d’étre fâché, et encore moins de me croire assez dénué de sens pour insinuer que vous n’avez pas eu d’assistances et de délivrances miraculeuses. J’espère, quant à vous-même, que vous êtes dans la voie des bénédictions de Dieu , et que votre dessein est bon, et qu’il prospérera. Mais, sir, vos desseins fussent-ils encore meilleurs, au-delà même de ce qui vous est possible , il peut y en avoir parmi vous dont les actions ne sont pas aussi irréprochables ; or, dans l’histoire des enfants d’IsRAEL, qu’il vous souvienne d’HACHAN , qui , lui seul, suffit, dans le camp, pour détourner la bénédiction de Dieu de tout le peuple et lui rendre son bras si redoutable, que trente-six d’entre les Hébreux, quoiqu’ils n’eussent point trempé dans le crime, devinrent l’objet de la vengeance céleste, et portèrent le ptÿds du châtiment. »
Je lui dis, vivement touché de ce discours, que sa conclusion était si juste, que ses intentions me paraissaient si sincères et qu’elles étaient de leur nature réellement si religieuses , que j’étais fort contrit de l’avoir interrompu , et que je le suppliais de poursuivre. Cependant , comme il semblait que ce que nous avions à nous dire dût prendre quelque temps , je l’informai que j’allais visiter la plantations des Anglais , et lui demandai s’il voulait venir avec moi, que nous pourrions causer de cela chemin faisant. 11^ me répondit qu’il m’y accompagnerait d’autant plus volontiers que c’était là qu’en partie s’était passée la chose dont il désirait m’entretenir. Nous partîmes donc, et je le prèssai de s’expliquer franchement et ouvertement sur ce qu’il avait à me dire.
— « Eh bien , sir , me dit-il , veuillez mÉ permettre d’établir quelques propositions comme base de ce que j’ai
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à dire , afin que nous ne différions pas sur les principes généraux, quoique nous puissions être d'opinion différente sur la pratique des détails. D'abord, sir, malgré que nous divergions sur quelques points de doctrine religieuse, — et il est très-malheureux qu’il en soit ainsi , surtout dans le cas présent, comme je le démontrerai ensuite, — il est cependant quelques principes généraux sur lesquels nous sommes d’accord : nommément qu’il y a un Dieu, et que Dieu nous ayant donné des lois générales et fixes de devoir et d’obéissance, nous ne devons pas volontairement et sciemment l’offenser, soit en négligeant de faire ce qu’il a commandé, soit en faisant ce qu’il a expressément défendu. Quelles que soient nos différentes religions , ce principe général est spontanément avoué par nous touts , que la bénédiction de Dieu ne suit pas ordinairement une présomptueuse transgression de sa Loi.
Suite de la Conférence.
©ut bon chrétien devra donc mettre ses plbs tendres soins à empêcher que ceux qu’il tient sous sa tutelle ne vivent dans un complet oubl? de Dieu et de ses commandements. Parce que vos hommes sont protestants, quel que puisse être d* ailleurs mon sentiment , cela ne me décharge pas de la sol-
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licitude que je dois avoir de leurs âmes et des efforts qu’il est de mon devoir de tenter, si le cas y échoit, pour les amener à vivre à la plus petite distance et dans la plus faible inimitié possibles de leur Créateur, surtout si vous ^ne permettes d entreprendre à çç point sur vos attributions. »
Je ne pouvais encore entrevoir son but ; cependant je ne laissai pas d’applaudir à tout ce qu’il avait dit. Je le remerciai de l’intérêt si grand qu’il prenait à nous, et je le priai de vouloir bien exposer les détails de ce qu’il avait observé, afin que je pusse, comme Josué, — pour continuer sa propre parabole , — éloigner de nous la chose MAUP1TB.
— «Eh biqn! soit, me dit-il, je vais user de la liberté que vous me donnez. — 11 y a trois choses, lesquelles, si je ne me trompe, doivent arrêter ici vos efforts dans la voie des bénédictions de Dieu , et que , peur l’amour de vous et des vôtres, je me réjouirais de voir écartées. Sir, j’ai la persuasion que vous les reconnaîtrez comme moi dès <jue je vous les aurai nommées , surtout quand je vous aurai convaincu qu’on peut très-aisément , et à votre plus grande satisfaction, remédier à chacune de ces choses. »
Et là-dessus il ne me permit pas de placer quelques mots polis, mais il continua : — « D’abord, sir, ditil , vous avez ici quatre Anglais qui sont allés chercher des femmes chez les Sauvages , en ont fait leurs épouses , en ont eu plusieurs enfants, et cependant ne sont unis à elles selon aucune coutume établie et légale, comme le requièrent tes lois 3e Dieu et les lois des hommes ; ce ne sont donc pas moins, devant les unes et les autres, que des adultères, vivant dans l’adultère. A cela, sir, je sais que vous objecterez qu’ils n’avaient ni clerc , ni prêtre- d’aucqne sorte ou
cm-aort.
d’aucune communion pour accomplir la cérémonie; ni plumes, ni encre, ni papier, pour dresser un contrat de mariage et y apposer réciproquement leur seing. Je sais encore, sin , ce que le gouverneur espagnol vous a dit , de l’accord auquel il les obligea de souscrire quand ils prirent ■ ces femmes , c’est-à-dire qu’ils les choisiraient d’après un mode consenti et les garderaient séparément ; ce qui , soit dit en passant, n’a rien d’un mariage, et s’implique point l’engagement des femmes comme épouses : ce n’est qu’un marché fait entre les hommes poùr prévenir les querelles entre eux. • #
» Or , sir , l’essence du sacrement de mariage , — il l’appelait ainsi , étant catholique romain, — consiste nonseulement dans le consentement mutuel des parties à se prendre l’une l’autre pour mam et pour épouse, mais encore dans l’obligation formelle et légale renfermée dan» le contrat , laquelle force l’homme et la femme de s’avouer et de se reconnaître pour tels dans touts les temps ; obligation imposant à l’homme de s’abstenir de toute autre femme, de ne contracter aucun autre engagement tadchs que celui-ci subsiste , et , dans toutes les occasions , au- * tant que faire se peut, de pourvoir convenablement son épouse et ses enfants ; obligation qui, mutatù mutandi », soumet de son côté k femme aux mêmes ou à de semblables conditions.
» Or, sir, ces hommes peuvent, quand il leur plaira ou quand l’occasion s’en présentera, abandonner ces femmes , désavouer leurs enfants , les laisser périr , 'prendre d’autres femmes et les épouser du vivant des premières. » — Ici il ajouta , non sans quelque chaleur : — « Comment, sir, Dieu esf-il honoré par cette liberté illicite? et comment |a bénédiction couronnera-t-elk vos