‹ Rochefort?Chapitre 100 sur 112 · I. — Silhouette falote de Freycinet · texte numérisé non relu

I. — Silhouette falote de Freycinet

Le principal mérite de la déclaration du gouvernement; dont on lira plus loin le texte, est d^attester une fois de plus, de souligner Timpuissance lamentable, le vide, la stérilité de ce néfaste régime parlementaire, dont la France finira peut-être un jour par se dégoûter.

Il suffit de lire dix lignes de ce document, pour se rendre compte qu'il est Tœuvre de pauvres gens qui, non seulement ne savent pas ce qu'ils veulent, mais encore sont dès à présent convaincus qu'ils ne pourront rien faire de bon ni d'utile.

Lear unique préoccupation, leur seul désir, est de ^ivre le plus longtemps possible, dût leur existence se

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tratner sans éclat et sans honneur, au milieu des compromissions et des rebuffades.

Pour obtenir cette apparence de vie, ces hommes, dont la plupart sont des revenants, des êtres à demi enterrés qui ont l'air de sortir de la tombe, sont visiblement prêts à ménager la chèvre et le chou tant qu'il le faudra, à marier toutes les carpes radicales avec tous les lapÎDS opportunistes.

C'est ce qu'on appelle la politique de concentration républicaine.

Que dire de cette séance qui, en fait d'impressions, n'a donné que l'impression du néant?

Des gens ont disserté pendant des heures sur des choses vagues et vaines, avec la conviction que ce flux de paroles ne pouvait servir à rien.

Figurez-vous une interminable et insipide comédie, que les acteurs eux-mêmes trouvent assommante et qu'ils ne jouent que par devoir professionnel.

Il y a eu cependant un mouvement d'attention, lorsqu'on a vu s'agiter, au banc des ministres, la silhouette falote de Preycinet.

La réapparition de cet oublié, le jour même où l'oa vendait les meubles de son vieil ami Cornélius Herz, ne manquait certainement ni d'imprévu, ni de piquant.

Mais l'intérêt était plutôt d'ordre psychologique, et, quand on a entendu la « Souris blanche » affirmer de sa petite voix grêle qu'elle saurait défendre l'honneur de l'armée, chacun a eu immédiatement le sentiment très net qu'elle ne défendrait rien du tout, se conformant d'ailleurs en cela à l'attitude inerte et veule de ses prédécesseurs.

Il faut reconnaître toutefois que Freycinet semble avoir une conception particulière de son rôle à ce point de vue.

Les Dreyfusards demandaient depuis quelques jonts la tête du général Renouard, qui avait succédé aa général de Boisdeffre comme chef de l'étai-major gé*

néral : Freycinet s'est empressé de la leur offrir, comme don de joyeux avènement.

C'est un début qui promet.

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