‹ Rochefort?Chapitre 101 sur 112 · II. — Clichés traditionnels de la déclaration Dupuy · texte numérisé non relu

II. — Clichés traditionnels de la déclaration Dupuy

Quant à Dupuy, il nous a paru lui-môme très vieilli, très fatigué.

Ceux qui comptaient sur lui pour nous donner un ministère à poigne peuvent, je crois, en faire leur deuil.

Le robuste Auvergnat de jadis, en qui Ton se plaisait à voir un émule de Gonstans, ressemble un peu à ces hercules forains, dont le dos se voûte et dont les jambes vacillent.

Il n'est pas sûr de lui, il n*a aucune confiance dans la dorée de son ministère; il sent qu'il est à la merci d'une coalition quelconque ; il prévoit qu'il trébuchera contre la première intrigue de couloir.

Et il se blague lui-même, avec cette espèce de bonhomie sceptique, qui plaît parfois dans ces milieux-là. ,

Gomme on lui reprochait ses anciennes alliances, et que Gassagnac lui disait :

— Autrefois vous portiez votre fusil sur répauîe droite, aujourd'hui vous le portez sur l'épaule gauche I

— Oui, a-t-il répondu, c'est ce qui arrive aux soldats quand ils sont fatigués I

Mais alors, aurait-on dû lui crier, si vous êtes si fatigué que cela, quelle rage vous pousse à charger de nouveau vos épaules du fardeau du pouvoir?

C'est là le côté inexplicable et aussi le côté inquiétant de la comédie qui se jouait hier.

On eût aimé voir Dupuy, qui était président du Gonseil de 1894 au moment du procès Dreyfus, prendre une attitude nette et crâne, dire au besoin que puisque l'enquête sur la revision était engagée, elle irait jusqu'au bout, mais avant tout couvrir carrément l'armée, ses chefs et, en particulier, le général Mercier, son ancien

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ministre de la gnerre, qui a été de la part da Syndicat l'objet d'attaques si ignobles.

On aurait dit : c Yoilà un bonnête homme; nous pouvons ne pas penser comme lui sur bien des points, mais il a au moins le mérite de parler franchement, et il est probable qu'il agira de même. »

Au lieu de cela, le nouveau président du conseil s'est dérobé derrière les clichés traditionnels ; il n'a pas craint de nous servir à nouveau les antiques et banales formules que nous avions, il y a trois mois, entendu tomber des lèvres austères de Brisson.

m. — Proposition « Gerviile-Réache ».

La seule indication sérieuse de cette triste journée — et elle est de mauvais augure pour l'avenir — est l'opposition qu'a faite le j^ouvernement à la proposition si raisonnable, empreinte d'une si vraie et si haute impartialité, de M. Gerviile-Réache.

Par là, le nouveau ministère, composé d'ailleurs en grande partie des morceaux du précédent, a tacitement avoué la solidarité qui le lie plus ou moins étroitement aux dreyfusards.

Pourquoi refuser de soumettre cette question de larevision qui passionne et bouleverse le pays à Texamea de la Cour de cassation tout entière?

Pourquoi refuser ce surcrott de garanties, ce supplément de lumière, sinon parce que, en dépit d'hypocrites protestations, on ne veut ni de la lumière ni de la vérité

On se fait ces réflexions après coup, quand on a repris quelques boufi'ées d'air du dehors et qu'on a pu se res* saisir, trouver un fil conducteur qui vous guide au mi« lieu de ces discussions, qui durent toute une après-midi et qui finissent par vous produire l'efi^et d'une succession de rébus.

Mais . quand on est là-dedans, dans cette espèce de moulin à paroles qui tourne sans cesse à vide et dont on n'entend que le bruit assourdissant, on finit par res*

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sembler soi-même à une mécanique, et eiTectivement, Ton n'est que l'un des rouages impuissants de cette grande machine toujours à moitié détraquée, qui fait tant de bruit et si peu de besogne.

Faut-il voter pour ou contre le ministère?

Oa n'en sait rien, et cela n'a, d* ailleurs, que peu d'importance, puisque Ton vote en réalité sur des riens.

Oq vote pour le ministère, parce qu*onapeurdevoter plas mal encore en votant contre; parce qu'on ne veut pas condamner des gens, qui n'ont pas eu le temps de se montrer ni d'agir, et enfin parce que, lorsqu'on vient à peine de digérer Brisson, on aurait mauvaise grâce à faire la petite bouche et à se fâcher dès le premier jour, sons prétexte qu'on vous a servi Dupuy.

Dramont avait constaté son impuissance comme législateur. C'était une découverte, de nature à intéresser ses lecteurs.

Il s'en prenait d'ailleurs, non à son incapacité personnelle, mais au parlementarisme lui-même et le traitait de « machine détraquée ».

C'était une trouvaille, à la portée de n'importe lequel des imbéciles qui avaient applaudi Gavaignac le 7 juillet : mais chacun fait ce qu'il peut. C'est tout ce que pouvait le député des Algérois.

Avec quelques banalités sur la « silhouette falote » deFreycinet et sur « le robuste Auvergnat de jadis », Dupuy, cela faisait tout de même deux colonnes, sinon sans platitude, du moins sans malice.

Il y avait mêmel'aveu de « l'esprit de l'escalier », à propos d'une riposte pénible au mot goguenard» par lequel Dupuy avait éteint un effet oratoire de Gassagnac.

De son côté, Rochefort n'était, pas en verve dans le factum, publié par V Intransigeant du 7 novembre, sous le titre « Fichus Débuts » :

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