‹ Rochefort?Chapitre 102 sur 112 · I. — Petite escobarderie da ministère · texte numérisé non relu

I. — Petite escobarderie da ministère

A la place da ministère^ j'aurais mieux aimé réunir une majorité un peu moins forte et faire des déclarations plus nettes.

Personne n'ayant compris au juste où il s'apprêtait à nous mener, on lui a accordé un vote non de confiance, mais d'expectative et de crédit : tant d'opinions diverses ne pouvant guère se donner rendez-vous sur la tète d'un seul Cabinet.

Gelui'-ci a d'ailleurs débuté par une petite escobarderie qui nous en fait présager de plus graves.

Bien que l'abandon de Fachoda eût été décidé dans le Conseil du matin, la Déclaration ministérielle n'en a rien dit à la Gbambre, et c'est seulement à dix heure» du soir, quand pour les journaux l'heure était déjà passée des longs commentaires, que l'Agence Havas nous a avertis du retrait et de la retraite de la mission Marchand.

C'est commencer à la fois par une reculade et un escamotage.

La presse anglaise en profite pour nous avertir qne nous ne sommes pas au bout de nos humiliations et que si Fachoda ne vaut pas la guerre, lord Salisbnry nons prépare d'autres usurpations et d'autres empiétements qui peut-être la vaudront.

L'art diplomatique, grâce auquel un pays se désintéresse de tout ce qui touche à sa dignité, ne peut, en effet, s'exercer longtemps. Après Fachoda, qui ne vaut pas la guerre, ce sera le Siam, qui ne la vaudra pas non plus, puis la Guadeloupe, la Martinique, Mahé, Karikal, Pondichéry, dans l'Inde, et enfin Cherbourg et le Cotentin : rien ne valant la guerre, quand on est résolu à tout céder.

II. — Freycinet a sacrifié Renouard. — Freycinet, polytechnicien et protestant, aura de la peine à se laver de dreyfusisme.

M. Dupuy, accepté pourra fermeté qu'on lui sappo-

sait, aussi bien vis-à-vis des ennemis de Textérieur que de rintérieur, n'a justifié aucune espérance dans sa Déclaration, non plus que dans ses premiers actes.

Les sacripants de la Cour de cassation continuent, sous la haute protection du Cabinet, leur travail de trahison; et comme le chef d'État-Major général, RenoQard, Tinquiétait par sa résistance à livrer les secrets de notre défense, M. de Freycinet s*est mis aux ordres de la Chambre criminelle, à laquelle il a immédiatement «eryi un général qui, devant les ordres de son ministre, saura souffrir et se taire — sans murmurer.

Bardy Lœw et Manau, après avoir fait annoncer qu'ils entendraient en témoignage les cinq ministres de la guerre qui ont affirmé ia culpabilité du traître, lequel l'a lui-même reconnue dans des aveux formels, ont eu soin d'ajouter à cette importante nouvelle un codicille v portant que M. de Freycinet serait entendu également et que la plupart des magistrats chargés de Tenquète soDt à peu près décidés à conformer leur opinion à celle du ministre actuel de la guerre.

Or, sans rien préjuger de sa déposition, il est impossible de ne pas se rappeler que M. de Freycinet fut élève de cette inutile Ëcole^ polytechnique d'où est sorti Dreyfuï^, qu'il est protestant comme Dreyfus est juif, les deux confessions eyant fusionné sous prétexte que Tune et l'autre sont en minorité dans le pays.

Entre polytechniciens et entre confessionnels, il s'est établi une sorte de solidarité, à laquelle le conciliant Freycinet aura beaucoup de peine à se soustraire.

La hâte qu'ont mise les félons de la Chambre criminelle à le convoquer laisserait volontiers supposer qu'ils ont adopté le parti de se ranger à son avis, uniquement parce qu'ils le prévoient conforme au leur.

L'antidreyfusisme, dont M. Dupuy devait se constituer le champion, ne nous fait pas précisément l'effet de régner dans le ministère.

La Déclaration nous promet bien que le gouvernement fera a respecter les arrêts de la justice », mais

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elle ne nous apprend pas de quelle justice il s*agit.

Car, enûny il y en a au moins deux ; celle du Conseil de guerre qui a condamné Dreyfus, et celle de la Chambre criminelle de la Cour suprême qui se dispose à Tacquitter.

Si nous devons respecter la première, il nous est extrêmement difficile de ne pas conspuer la seconde.

Le gouvernement nous a invités a Tattendre à ses actes.

L'abandon de Fachoda sans compensation aucane et le remplacement du chef d'État-Major Renouard, voilà déjà deux actes susceptibles de nous inspirer de vives inquiétudes pour ceux qui vont suivre.

C'était terne. Les circonstances ne soutenaient pâs plus Rochefort que Drumont.

Leurs factums de cette période sentent l'effort.

Leurs effets sur l'opinion furent insignifiants.

Tout au plus, convient-il de découper quelques lignes dans : « De Tlle du Diable à Fachoda j», publié par Drumont le 9 novembre :

Le crime du ministère Méline, il ne faut pas se lasser de le répéter, a été de ne pas déjouer le complot international en arrêtant, dès le début, les meneurs et les commanditaires.

Méline fraya ainsi la voie au ministère Brisson qai, lui, fut vraiment le ministère de l'étranger, le ministère de la Trahison.

C'est la seule explication que nous puissions donner à Paul de Cassagnac et à Camille Pelletan qui, en se plaçant à des points de vue différents, s'étonnent qaa nous ayons voté pour le ministère Dupuy et semblent croire que nous pourrions avoir mal placé notre confiance et éprouver bientôt des désillusions.

J'imagine, d'ailleurs, que cet étonnement est, de la part de nos confrères, un aimable badinagè.

Ils nous connaissent trop bien, tous les deux, pour

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supposer, fût-ce une minute, que nous puissions perdre nosillnsions sur ce ministère. Pour perdre des illusions, il faut en avoir, et nous n'en avons plus à ce sujet.

La situation est beaucoup plus simple. Brisson et ses complices venaient d*ètre envoyés à la fosse commune par une Chambre prise d*un incoercible dégoût.

Pour être sûr que ces morts récalcitrants qui, jusqu'au bout, s'étaient cramponnés au pouvoir, ne sortiraient pas de dessous terre, il fallait mettre quelque chose de loard sur eux.

On a mis Dnpuy.

Voilà toute rexplication.

Si par hasard le ministère Dupuy s'était trouvé en minorité dès le premier jour, Brisson aurait pu prétendre qu'il avait été victime d'un vote de surprise.

Maintenant, il ne peut plus rien dire et si Ton osait répéter à propos de ces êtres d'une essence si basse le mot d'un de ces hommes qui eurent dans le crime même une grandeur tragique, ce serait le cas de dire:

« On ne détruit que ce que l'on remplace ».

Quelques hommes dans ce ministère ont-ils ressenti Tespèce de frisson qui a saisi la Chambre en constatant que nous n'avions même plus le droit de discuter nos affaires, sous peine d'exposer la France à toutes les calamités?

Ont-ils compris eux aussi ce que l'affaire Dreyfus nous avait coûté?

Le vieux Freycinet, dont le toupet blanc s'agite au banc des ministres, s'est-il dit que s'il mettait fin à cette abominable campagne, s'il montrait, pour la première fois de sa vie, un peu de résolution et d'énergie, il ferait oublier beaucoup de choses et donnerait un peu de lustre à sa vieillesse ? Nous le souhaitons sans l'espérer beaucoup.

f Nous savons seulement que Brisson, Sarrien, Bourgeois ont reçu le châtiment qu'ils méritaient et qu'ils ont été balayés par la Chambre.

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Noua préférons ceux qui sont au pouvoir à ceux qui y étaient auparavant, pour l'unique raison qu'étant là depuis moins de temps, ila n'ont pu encore faire autant de mal que ceux qui les avaient précédés.

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