I. — Ce que prépare la question posée à Dreyfus par la Cour
On le prépare dans l'ombre et les grognards du dreyfusisme l'attendent anxieusement, dans l'espoir de voir leur demi-solde se transformer en solde tout entière.
De concert avec Lœw, Bard et Manau, les chefs de la conjuration se sont arrangés pour que l'Homme du î^estin fût, sur son âpre rocher, avisé de l'état de l'enquête et des intentions de la chambre criminelle à son égard.
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Mais cette décision n'était qa'un acheminement vers le grand voyage.
il ne suffisait pas que la vérité fût en marche : il fallait que Dreyfus y fût aussi.
La demande que lui adressaient les juges syndiqués, d'avoir à préparer ses moyens de défense, représentait pour eux la manœuvre suprême.
En effet, avant de lui permettre de plaider sa cause, il est indispensable d'interroger l'accusé.
Or, à deux mille lieues de distance, la conversation est bien difficile à engager. Donc, puisqu'on réclame da prisonnier des explications précises, il devient obligatoire de le faire revenir d'abord en France.
Il risque, à la vérité, d'être mis en pièces à son débarquement; mais Napoléon, en quittant Tîle d'Elbe pour reconquérir son trône, ne s'exposait-il pas luimême à toutes sortes de dangers?
Est-ce qu'un autre héros de Plutarque, plus connu sous le nom du faussaire Picquart, ne savait pas à quel péril il courait, en fabriquant des « petits bleus », ou en livrant à son ami Leblois — encore un héros ! — des documentSy constituant des secrets d'Etat?
D'ailleurs^ si la foule, aveuglée par les récits mensongers des journaux patriotards, avait le mauvais 'goût d'écharper Dreyfus, la cagnotte du Syndicat n'en continuerait pas moins à fonctionner, puisque ceux qui en . vivent déclarent que, quoi qu'il advienne, ils ne désarmeront jamais.
Sûrs de la connivence de la magistrature de cassation, ils ont déjà passé, au golfe Juan, Tinspection de la pierre sur laquelle l'Homme du Destin doit poser le pied en touchant le sol français.
Il parait que ce sera superbe.
Les arcs de triomphe sont commandés et les drapeaux allemands qui doivent être déployés sur tout le parcours du cortège sortiront des meilleures fabriques de Leipzig*
On m'assure que là proclamation annonçant ce grand événement au monde en général et à Bjœrnstjerne-
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LE MINISTÈRE DUPUt 345
Bjœrnson en particulier est depuis quelques jours sods presse.
Elle serait ainsi conçue :
a Mes frères ea Zadoc Kahn, » Vous savez que si j'ai livré des papiers, c'était, pour en obtenir de pius importants. Une injuste condamnation ne m'a pas laissé le temps de les recevoir j mais me voici de nouveau parmi vous, et plus que jamais prêt à pratiquer K l'amorçage ». Secondez-moi, et l'aigle de Prusse aura bienlAt volé de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame. »
Alors commenceront les Cent Jours.
Dreyfus, réinstallé dans son château du Cherche-Hidi, recevra les autorités civiles et judiciaires : Brisson. d'abord, qui fut le Mon!; de celte restauration inespérée; puis Pressensé, qui, assure-t-on, s'est décidé à se faire circoncire en vue de cette grande journée; puis toute la Cour de cassation, qui viendra en robes rouges prêter le serment d'allégeance è celui qu'elle a su alléger d'un si grand nombre de millions.
Quant an capitaine Lebrun-Renaud, truduit devant une commission militaire et fusillé dans les vingt-quatre heures comme le colonel Labédoyère, il emportera dans la touibe le secret des aveux qu'il a reçus avant la dégradation du héros, et .que les vieux Trestaillons de la chambre Grimioelle se sont soigneusement gardés de lui faire répéter.
Les cinq anciens ministres de la guerre, dont les dépositions ont failli compromettre la plus noble des causes, iront prendre à l'tle du Diable la place que pendant plus de trois ans a occupée le martyr, et je vous prie de croire qu'on ne leur enverra pas de boites de conserves.
et-
pas empressé de se récuser danà une affaire à laquelle tout lui interdisait de se mêler ?
Il est juif, et il s*agit de la revision du procès d*an juif, parent et allié d'un tas de familles juives.
De même que Dreyfus a une partie des siens sujets de Guillaume II, Lœv a un frère ayant opté après 1870 pour l'Allemagne, où il demieure et continue à exercer son métier dp notaire.
Ety au lieu de comprendre que son plus élémentaire devoir était de décliner toute intervention dans une enquête que sa seule présence entache de suspicion, cet effronté youpin met à la délivrance et à la réhabilitation de son horrible congénère un acharnement et une mauvaise foi, qui ne peuvent laisser aucun doute sur sa corn plicité avec les meneurs du complot organisé contre la France.
Et c'est à ce disqualifié que M. Dupuy, en collaboration avec le ministre de la guerre, livrerait la sécurité de nos frontières I
Et ce président de la chambre criminelle serait assisté dans le dépouillement de nos papiers d'Etat par qui, s'il vous plaît? Par les compères Bard et Manau, les truqueurs de textes et les démarqueurs de dépositions 1