I. — Brisson, muet comme ua cambrioleur
Jamais ministre n'a plus que Brisson fait travailler V Agence Havas.
Il n'avale pas un pépia de travers, sans nous faire savoir, au moyen de la plus large publicité, qu'une indisposition subite l'a obligé à prendre un bain de pieds à la moutarde.
11 a télégraphié à tous les journaux de province que s^il s'était abstenu de se rendre à Longchamps, le jour du Grand Prix municipal, c'est parce que les médecins, inquiets de l'état de son estomac, lui avaient défendu les pommes cuites.
On était donc en droit de supposer qu'un homme aussi prolixe et comnMinicatif allait faire officiellement et énergiquement démentir les bruits de complot militaire, que toutes les feuilles de la youtrerie dreyfusienne avaient lancés dans la circulation.
On pouvait croire qu'empressé à rassurer Topinion, il lui donnerait satisfaction, en annonçant que les faux nouvellistes seraient recherchés et poursuivis avec la dernière rigueur.
Espérances illusoires I
Pas la moindre note, pas le plus petit « communiqué » émanant du ministère de l'intérieur ne sont venus nous rendre la sérénité perdue.
Brisson est resté muet comme un cambrioleur, qui retient son souffle, en penétrantdans une maison, pour y voler de l'argenterie.
II. — Trop couard pour soutenir son imposture, trop félon pour
ra vouer.
De sorte, qu'à cette heure, nous n'avons reçu du gouvernement aucun renseignement permettant d'affirmer que Brisson ne persiste pas à accuser plusieurs généraux et officiers supérieurs, d'avoir organisé un coup de force, destiné à le fructidoriser, lui et ses dignes collègues.
C'est à peine si le Temps, pour qui le dreyfusisme n'a pas de secret, a lancé, dans une forme particulièrement dlambiquée, un court avis au public, où il était dit que rien ne permettait d'incriminer le général Zurlinden d'un manquement à ses devoirs.
Ce modeste désaveu d'une manœuvre éminemment criminelle ouvrait le champ à toutes les interprétations.
t^xjf^ .^
D'ailleurs, quelque servilement officieux qu'il soit, le Temps n'est pas officiel.
Ce que le public attendait et attend encore — sous l'orme — ce n'est pas le démenti de Pressensé, c'est celui de Brisson.
Son devoir — si ce mot était applicable à un misérable qui livre le dossier d'un traître au traître lui-même — était^ soit de confirmer nettement l'existence du coaiplot, soit de la nier catégoriquement.
Trop couard pour oser soutenir jusqu'au bout son imposture, trop félon pour Tàvouer, il continue à rester dans le vague, donnant ainsi à entendre qu'il est résolu à se taire, mais que, s'il voulait parler, on en apprendrait de raides.