‹ Rochefort?Chapitre 20 sur 112 · II. — Notre conseil municipal et la Commune de · texte numérisé non relu

II. — Notre conseil municipal et la Commune de

Et, par un contraste étrange entre l'attitude des Anglais et la nôtre, au moment où, de l'autre côté de la Manche, tou^ le monde crie : « En avant 1 » notre Conseil municipal vient de voter, à une respectable majorité^ une motion adjurant le gouvernement de céder sur tous les points aux exigences de nos voisins dans la question de Fachoda.

Cette façon de comprendre la défense nationale est tout à fait encourageante.

Thiers a reconnu que la Commune de 1871, sortie de la honteuse paix de Bordeaux, avait été « l'explosion du patriotisme exaspéré ».

Le vote de nos conseillers municipaux suffit à. montrer que leur patriotisme n'est plus susceptible d'aucune exaspération.

' ' Remarque d'autant plus douloureuse que, parmi les élus qui siègent à THôtel de Ville, plusieurs sont d'anciens membres du Comité central d'alors ou des victimes des répressions versaiilaises.

Si J'autre Commune, celle de 92, avait affiché les mêmes principes de désertion devant l'ennemi, il est probable que les enrôlements volontaires eussent fourni aux armées républicaines un maigre contingent et que les troupes de la coalition n'eussent fait des nôtres qu'une bouchée.

En réalité, comme le condamné Dreyfus offrait la France à l'Allemagne, les défenseurs du traître, aussi félons que lui, offrent notre patrie à la Grande-Bretagne.

Ces misérables ont la trahison dans le sang.

Leurs machinations, destinées à faire intervenir Guillaume en personne dans V c;afi'aire, » n'ayant pas abouti jusqu'à présent, ils regardent comme un coup de fortune pour eux le soulèvement de l'Angleterre contre nous.

Et, pour mieux la pousser à nous attaquer, ils l'assurent que nous sommes absolument incapables de nous défendre.

Le marquis de Vascagat avait des intuitions à nulles autres pareilles sur la politique et sur l'histoire.

C'était à faire pendre Drumont, si ferré sur la sociologie et sur l'évolution des races.

Les droits de la France sur Calais et sur Orléans étaient, à ses yeux, de même valeur que ceux que lui avait donnés sur Fachoda une occupation de quelques semaines !

Le concept était original.

Mais, en dehors de la satisfaction personnelle à

« Boubou » d'avoir fait cette trouvaille, quel pouvait en être le profit?

Mon Dieu, le même qu'à propos de Tincident de frontière franco-allemand, créé le 16 septembre 1898 par le commentateur de l'arrestation de deux pioupious (1) : quelques bonnes grosses injures à décocher à Brisson.

C'était en vertu de la môms sollicitude patriotique, que Boubou avait annoncé, le 28 septembre 1898, que l'on allait « s'assassiner sur les boulevards (2) ».

Le coup de revolver de madame Paiilmier lui avait suffi pour émettre ce consolant pronostic.

C'était encore le même souci des intérêts de la patrie, qui lui avait dicté, le 29 septembre, qu'avant quelques semaines la France serait toute « à feu et à sang (3) ».

C'est ainsi que « Boubou » entendait Tamour de la patrie.

La guerre civile et la guerre avec l'Allemagne et avec l'Angleterre étaient ses joujoux favoris.

Le marquis de Yascagat n'avait pas de ces scrupules de conscience, qui défendent de toucher au drapeau.

Guerre civile, guerre étrangère, étaient jeux de princes. C'étaient les arguments favoris du renégat, que les socialistes avaient expulsé de leur parti.

Il les avait d'ailleurs mis en œuvre avec un succès remarquable, dix mois plus tôt, le 12 décembre 1897.

Il avait alors éprouvé la jouissance sadique d'enregistrer les excuses du gouvernement français à l'empereur d'Allemagne, relativement à son attitude à lui, « Rochefort (4) ».

(1) Voir Le Lieuienanl-Colonel Henry ? page 130.

(2) Voir Le Lieutenant-Colonel Henry ? page 251. (8) Voir Le Lieutenant- Colonel Henry ? page 287. (4) Voir Esterhazy? page 151.

Le factum de « Boubou » du 22 octobre 1898 constituait une nouvelle contribution au patriotisme de son auteur.

Constatons toutefois qu'en dépit de la malice qu'il y avait mis, Rochefort en fut pour ses frais, comme le 16 septembre précédent.

L'incident de Fachoda fut résolu sans effusion de sang.

L'intention n'en était pas moins des plus nettes.

Elle suffit à montrer combien peu était digne de la popularité, le Français qui osait jouer avec l'honneur national et s'en faire un levier pour satisfaire son prurit de diffamation et de dénigrement.

Drumont fit d'ailleurs écho à Rochefort.

(c Barbe à Poux » marcha sur les traces de Boubou^ et, le lendemain, il publia « Avant la rentrée », qui reprenait le môme « leitmotive » que « La France aux Anglais » :

I. — Lorsque le Juif entre en scène, une grimace, qui prête à

rire, apparaît toujours.

J'ignore encore s'il est exact que les chefs d'industrie et les commerçants aient décidé de donner congé mardi à leurs employés pour leur permettre d'aller crier : Vive la France /devant le Palais-Bourbon et manifester ainsi le désir qu'on en finisse avec une situation qui ne peut plus se prolonger.

Le fait n'aurait rien d'étonnant, car ce ministère néfaste, ce ministère servilement dévoué aux Juifs, a pris les proportions d'un fléau national, d'une véritable peste que les hommes de tous les partis sont d'accord pour maudire.

Le propre de tout ce qui porte la marque juive est d'être toujours grotesque et difforme, même dans le tragique.

Lorsque le Juif entre en scène, une grimace, qui prête à rire, alors même qu'on n'en a pas envie, apparaît toujours au milieu des horreurs les plus noires et des plus effroyables destructions.

Ces ministres infâmes, ces ministres d'ignominie et de trahison, font songer, malgré tout, à ces personnages burlesques et malencontreux de Paul de Kock qui ne peuvent faire un pas sans qu'il leur arrive une aventure ridicule*

Ilslaissenttrainerrarméedanslaboue,ety sous prétexte d'une grève de terrassiers, ils emplissent Paris de soldats.

Une fois rassurés^ ils calomnient ces soldats qu'ils ont appelés à leur secours dans une crise de folle terreur,, et ils mettent en circulation la fable d'un complot militaire.

On somme ces farceurs sinistres de donner une preuve quelconque à Tappui de ce que leurs journaux ont raconté, ils se taisent piteusement.

Ils n'ont pas même le courage de poursuivre pour fausse nouvelle ceux qui ont ajouté un élément de plus aux éléments de trouble qui existaient déjà et jeté l'alarme dans le pays en annonçant une conspiration imaginaire.

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