‹ Rochefort?Chapitre 26 sur 112 · III. — Les Prussiens de la Cour suprême · texte numérisé non relu

III. — Les Prussiens de la Cour suprême

Si bête que soit Sarrien, son incapacité ne peut aller jusqu'à une aussi foncière ignorance des articles du Code, qu'il est bien forcé d'avoir lus, puisqu'il est chargé de les appliquer.

C'est au respect de ces dispositions juridiques que M. Cavaignac va rappeler le ministre, en demandant à la Chambre de reprendre immédiatement aux Prussiens de la Cour suprême les pièces et documents dont elle fait un si bel usage.

Il ne se trouvera pas au Parlement un seul avocat ou un seul juriste qui n'appuie, soit par ses arguments,

soit par son vote, la thèse que l'ancien ministre de la guerre se prépare à développer.

Le général Chanoine, bien qae délibérant « sous Tœîl des barbares » et sous celui de Brisson, ne pourra, sous peine de s*amputer lui-même de tous ses pouvoirs et de tous ses droits, qu'approuver la demande de son prédécesseur.

Mais ce dont nous sommes sur, c'est que MM. Jaurès, Clemenceau et leurs sous-dreyfusards tiendront à honneur de démontrer qu'ils ne laisseront pas la « vérité en marche» faire machine en arrière, qu'il n'y a pas pour Bux deux légalités : l'une dont ils poussent la passion jusqu'à la guerre civile quand il s'agit de réhabiliter Dreyfus ; l'autre sur laquelle ils s'asseyent sans sct^upule ïucun quand elle est susceptible de maintenir à Pile du Diable leur chenapan de client.

C'est bien le moins qu'après avoir menacé de tout chambarder au nom du Gode, ces farouches amanls des -ormes judiciaires s'abstiennent de les fouler aux pieds ïans un cas dont la gravité est aussi peu niable.

Et ce sera un spectacle presque attendrissant que celui de protecteurs avérés du condamné de 1894 rap- 3elant leurs amis de la Gourde cassation à l'observation le lois que ceux-ci ne connaissent probablement pas, car ils sont bien trop honnêtes pour les avoir volontairement transgressées.

Cette fols Rochefort, le contempteur né du gouverlement, de l'armée, de la justice civile et de la jus- Lice militaire, s'érigeait en protecteur de ces tutélaires nstitutions, menacées par Pressensé et par Jaurès.

Il ne menaçait pas Pressensé et Jaurès du supplice sensationnel de l'araignée.

Il ne prétendait pas leur couper au préalable les paupières.

C'était dommage. Sans cet appareil horriflque, emprunté au répertoire des tortures chères à Torque-

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mada et il Drumont, son argumentation devenail banale et incolore. Celait du Cavaignac.

Simple épouvantaii à moineaux, le mannequin d; Cavaignac était vidé du faux dont il s'était gonflé. Ce n'était plus qu'une loque : 11 n'imposait pas plus que la défroque, dont Rochefort prétendait s'affubler, pour prôclier avec une onction tabarinesque le reipect du gouvernement, de l'armée, de la justice militaire et de la justice civile.

Roctiefort était d'ailleurs expert en travestisse* ments : son factum du 23 octobre, a Casse-lète chinois », offrait une nouvelle incarnation, digne de Tricoche et de Cacolet :

1. — Jaurès accuse les brutalités des agents de police d'être exécutées par noire ordre. i

Si j'osais emprunter au langage vulgaire l'une de se) expressions tes moins clioisies, je ferais remarquer qua le parti dreyfusard est en train de i s'embrouiller dam les feux de file. »

Chaque fois que, dans les bagarres qu'il se plaît i provoquer, il reçoit quelqtie bourrade ou quelque camouflet, c'est nous qu'il accuse d'avoir excité contre lui soit la population, soit la police.

Ainsi, le propriétaire de la salle du Lac- Sain t-Fai' geau ayant refusé de la prêter pour une réunion Ja « comité de vigilance », réunion dont la surveillant doit s'exercer spécialement sur les fonds du Syndicat, M. Jaurès et ses vigilants nous apprennent que s'ils oui été victimes des brutalités des agents, ceux-ci n'ont fail qu'obéir à nos ordres.

Pour avoir pu les transmettre ainsi de la rue Monl* martre au delà des Buttes-Chaumont, il faudrait qui noua eussions le bras d'une longueur démesurée ; maii cette effrayante longueur de nos bras n'est pas ce qui me préoccupe.

Ce que je serais heureux qu'on m'expliquât, c'est comment, appartenant à la police — car nous en sommes, pourquoi ne Tavouerions-nous pas? — nous faisons de toutes nos forces chorus avec ceux qui crient : <( A bas Brisson I » lequel, en qualité de ministre de rintérieur, est notre chef suprême et nous distribue conséquemment les honteux subsides dont nous vivons.

Les manifestants payés sur la caisse dreyfusiste crient loyalement : « Vive Dreyfus ! » et nous, qui le sommes par Brisson, nous crions : « A bas Brisson 1 » Voilà qui passe les dernières limites de l'ingratitude I

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