II. — Ce serait à se demander s'il n'y a pas deux Brisson
Et ce n'est pas tout : eux que le même Brisson faisait assommer hier encore — d'après nos ordres — par ses brigades centrales, aux abords de la salle Saint-Fargeau> se proclament, en toute occasion, ses amis intimes.
Il ne sait rien leur refuser, pas même la communication du dossier secret à la famille du traître.
Il fait donner aux députés allemanistes et dreyfusards les préaux des écoles communales, pour y tenir des meetings en faveur du bandit de l'île du Diable.
Il prend pour inspirateurs et pour conseillers tous ceux qui ont entrepris et mènent avec lui la campagne de réhabilitation du misérable ; et quand il a eu l'idée plutôt cocasse de fabriquer un complot militaire, à qui ce ministre de la police a-t-il adressé des notes de nature à englober nombre de généraux et de colonels dans cette conspiration encore plus amusante que ténébreuse?
Aux journaux dont les rédacteurs se plaignent amèrement d'avoir été, pas plus tard qu'avant-hier, malmenés par l'homme qui nous soudoie pour l'aider dans cette besogne de violence et de brutalité.
Ce serait à se demander s'il n'y a pas deux Brisson : l'un qui organise la cession de la France à l'Allemagne ou à l'Angleterre, avec la complicité des dreyfusards ;
l'aatre qoi fait taper dessus par ses plus vigoureux passeurs à tabac.
Et en même temps que ces deux Brisson, il y aurait deux polices : celle-ci qui porterait dans les bureaux de rédaction des feuilles de Gayenne les communications relatives au complot militaire ; celle-là qui^ à la moindre manifestation en Tbonneur du traître, accueillerait les manifestants à coups de pied dans le ventre.
m. — Gacophooie bien faite poar rendre fous les lecteurs.
Cette double attitude du vieux huguenot, qui moins que personne arrive à contenter tout le monde et son père, puisqu'il Ta fait mourir de chagrin, produit dans les organes du Syndicat une cacophonie bien faite pour rendre fous leurs lecteurs qui, jusque-là, étaient simplement idiots.
A la première page, ils lisent, à propos de la fermeté, de rimpartialité et de la bonne foi déployées par le président du conseil dans Tafifaire Dreyfus, des éloges qui frisent le dithyrambe.
A la troisième, au compte rendu de la réunion avortée du Lac-Saint- Fargeau, ils apprennent qu'on a hurlé avec fureur : « Mort aux vaches I »
Or, sauf le respect que je lui dois, la reine de» vaches, en ce moment, c'est Brisson, commandant général de toutes les forces policières, et dont M. Blanc, le préfet, n'est que le subordonné.
De sorte qu'à cette heure les dreyfusards poussent à la fois le cri de : ce Vive Brisson ! » et de : « A bas Brisson I »
Jamais les Chinois n'ont imaginé un casse-tête plus compliqué.
(( Gasse-tèle » est le mot, puisqu'il parait que — toujours par nos ordres — on en avait ayant-hier endommagé un certain nombre.
« Gasse-tète chinois » faisait allusion aux incidents d'un meeting au Lac-Saint-Fargeau.
Lees organisateurs de la réunion avaient trouvé porte close, du fait du propriétaire de la salle disposée pour le meeting.
Cet incident avait été analogue à celui gui avait eu son dénouement, avenue Wagram, deux semaines plus tôt.
Il avait donné lieu à des bagarres, où la police avait joué un rôle équivoque, difficile à justifier.
Ce rôle équivoque de la police s'était également manifesté, avenue de Wagram.
Il s*en était néanmoins dégagé un enseignement des plus significatifs.
Au Lac-Saint-Fargeau, les aspirations et la discipline socialistes s'étaient affirmées avec vigueur.
Les ennemis delà vérité y avaient vu- avec dépit que leur prétention de dominer de la rue et d'y terroriser leurs adversaires était vaine : leur succès de l'avenue de Wagram avait été un accident : il n'aurait pas de lendemain.
Le socialisme entendait être le maître dans la rue.
Rochefort avait trop de vanité pour constater ce dernier fait.
Il se bornait à « faire des mots » sur l'incident, sans avouer le malaise que lui causait la manifestation éclatante des forces socialistes, maîtresses de la rue, en faveur des tenants de l'innocence de Dreyfus.
C'est, sur ces entrefaites, que fut publié le 24 octobre, dans la Libre Parole, un « appel aux Français » par la « ligue antiséraitique de France ». Voici ce document.
A nos camarades de la Ligue antisémitique de France, à nos amis antisémites, à tous nos Concitoyens,
L'heure est grave.
i LIVRE PREMIER
La Patrie est menacée daas son existence même.
VeouB en haillons ches nous, les Juifs nous ont tont
[levé.
Ils détiennent aujourd'hai les deaz tiers de la fortune
itionale.
Ils ontconfîsqué à leur proBt tons les moyens de pro-
tctioD.
Ils ont accaparé la Monnaie métallique.
Ils sont les maîtres, à !a Banque de France, de notre
résor de guerre.
Nos CbeminH de Fer sont à lenr merci.
Ils peuvent doue compromettre notre Défense nftti!>lie en entravant, an moment d'une guerre qu'ili acharnent à provoquer, les Services d'armemenU, approvisionnements et de mobilisation.
A l'aide d'escroqueries monstrueuses, ils ont raflé lei lodestes épargnes de ceux qui avaient économisé toute nr vie pour assurer le repos de leur vieillesse.
Par les accaparements et les coalitions financières, sonttronhlé profondément la vie des Travailleurs.
Les Juifs sont les autenrs responsables de la crise écoomique qui menace de la ruine et de la misère lou5 !8 producteurs: Agriculteurs, Industriels, Commerçanif. Imployés et Ouvriers.
Pendant que, malgré un travail acharné, les Français appauvrissent et se ruinent. ,
Les Juifs seuls s'enrichissent.
Le Peuple ne peut plus supporter leur ^ug et doit se Svolter contre eux.
Pour conserver leurs privilèges chez nous, ils veulenl lire appel à l'Etranger.
Ils préparent la défaite en s'attaquant à l'Armée naonale, la sauvegarde suprême de la Patrie.
Ils traînent le drapeau dans la boue.
Ils traitent de misérables et de faussaires les chef; barges de conduire nos soldats au feu pour défendre h France menacée.
Ils ont organisé cyniquement la guerre civile, au mo*
ment où nous ne pourrions échapper que par Tunion aux dangers et aux coalitions qui nous menacent de tous les côtés.
Français,
Vous nous rendrez cette justice que nous vous avons avertis depuis longtemps.
Vous ne pouvez oublier que nous n'avons pas cessé de vous dénoncer cet ennemi de l'intérieur qui est cent fois plus dangereux pour nous que tous les ennemis de l'extérieur.
Malgré toutes le& attaques et toutes les calomnies, nous avons fait notre devoir en vous prévenant.
Français,
Nous vous répétons aujourd'hui ce que nous vous avons dit tant de fois :
Si vous voulez qu'il y ait une France, si vous voulez que cette France vive, si vous voulez vivre vous-mêmes indépendants et fiers en défendant une terre qui est la vôtre, ayez le courage de regarder en face le mal qui vous ronge.
Grâce à leur virilité et à leur énergie, nos frères d'Algérie seront bientôt débarrassés de ce Juif qui les exploitait jusqu'au sang.
Aurez- vous moins de courage et de résolution que nos amis de là-bas?
Français !
Votre destinée est entre vos mains.
Sachez faire votre devoir et la Patrie peut encore être «auvée.
Que mardi retentisse partout autour du Palais-Bourbon ce cri qui résume le sentiment de notre cœur :
« Vive la France 1 A bas les Juifs! Vive l'armée I A bas les traîtres ! »
Edouard Drumont, Président d'honneur de la Ligue antisémitique de France.
Jules Guérin, Délégué général.
Les Délégués de section ; 'alêne, Dejean, Albert Monniot, Granquier, Gillier, Ottaviani, Lobien, Martnd, Godefroy, Aloy, MoUer, Gasandeau, Spiard, Deniau, A. Hemet, lavot, Boiffler, Girard, Gicqael, Haliba, Garcia, PoccatOD, MurhoD, Baberton, Tbome, Lecorney.
.ait le frère de celui du 6 février
huit mois après lui, il était beau-
e que son aîné.
les deux avortons, on constate tout
i n'avaU guère teuu ses prouiesses.
det était & elle seule la démonstra-
) âel'alné.
chargea de prouver que le cadet
saug que lui.
'a d'énergie pour la lutte des rues Jte.
convaincu de l'innocence de Dreyndis qu'en février 1898, il étaitin-
! de l'échec des manifestes antiséretentissant en octobre qu'en fé-
isémites étaient bien capables d'un obre, comme en février; mais, en socialistes étaient organisés, prêts let-apens par une riposte itnméient qu'un crime des antisémites , ipier sur l'heure par de sanglantes
(IJ Voir Lt Litutenant-ColonelPicquart? pages 169 et suivantes.
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Ces dix mille avaient derrière eux des réserves trois fois plus nombreuses, gui se seraient mobilisées le lendemain.
Le manifeste des antisémites était une bravade.
Il en était de même de tout ce qu'écrivait Drumont dans le même sens, notamment de son factum du 25 octobre, « L'Echéance » :