‹ Rochefort?Chapitre 4 sur 112 · I. — La vérité doit passer avant la vie · texte numérisé non relu

I. — La vérité doit passer avant la vie

Je déclare ici» parce que la vérité doit passer avant la vie, que si les orateurs au service du Syndicat exécutent gratuitement leur travail de conférences et de tournées départementales, ce sont tout bonnement des héros.

En effet, pour peu que leur présence soit signalée dans une ville, des foules variant entre dix et vingt mille hommes se donnent rendez-vous aux portes de leurs meetings, pour les huer sans miséricorde et même leur casser les reins.

Or, il est' fort difficile de faire entendre la « vérité » à des gens aussi résolus à ne pas Técouter.

C'est donc sans utilité aucune pour ce qu*ils appellent « leur cause », que ces conférenciers déambulent à travers les départements où, au lieu d'adhésions, ils ne recueillent que des coups de matraque.

Et toutes ces conduites de Grenoble, de Lyon, de Bordeaux et autres lieux, ils les acceptent sans rémunération aucune. Faut-il que Tamour de la vérité tienne ces gaillards-là !

Bien plus : rien n'étant coûteux comme les voyages, les assommades dont ils sont les victimes leur reviennent, en dépenses de chemin de fer et en frais d'h61el, à des prix extrêmement onéreux.

D'autant que les anarchistes qui sillonnent ainsi le territoire français sont absolument dénués de ressources et ne cessent, dans les réunions publiques, d'apitoyer leur auditoire sur leur misère.

Ce qui ne les empêche pas, comme Ta raconté der* nièrement un individu accusé de vol, de glisser dans les mains de leurs recrues des pièces de dix francs, moyennant quoi celles-ci s'engagent à crier dans les foules : « A bas la France I » et : « Vive Brisson ! »

On comprend qu'un ouvrier couvreur ou plombier risque presque tous les jours sa vie pour le salaire qui

ETRE PRBHIER

Tamille : ce sont là les rentes inrs.

>r, iasalter et assommer pour la ire revenir des terres cbaades un major — lear enaemi naturel, nent prêché la baine de l'Etat-

qui en font partie — rien n'est

inter : ou les anarcbistes dont la iquence absente de M. de Pres-

scaler s à l'œil d; ou ils vont se ine caisse quelconque des dents

des coups de pied qu'on leur

on ne saurait trop leur prodiniration.

■■ second, on ne peut les regarder blés qui, eux aussi, à l'instar du it, livrent contre argent compir.

it pour ces champions de la uer que leur dénùment d'avant at a totalement disparu depuis aire.

ettre dans laquelle on me priait 1er à un défenseur du martyr de 1 détenu Plcquart, le « seul mée u, où il prenait les trois ou francs avec lesquels il entrait ne an Casino de Boulogne-sursemaines.

saus pro[«38Hiun, puisque le souci de la propagande dreyfusiste l'empAcherait d'exercer la sienne, au cas où il en aurait une, ce chasseur de vérités trouve tout de

^YV .- • .-,,.— ,.—.-1^,- , - .- y^--f *.^»wr^^«-J' ^ •.« --- --r-r .r,. -- piQ -. -^-«-y-

même le moyen de tenir dans les maisons de jeu des bancos de deux cents ioois.

« Ta as donc fait un héritage pour porter des chemises pareilles? » dit un prospectas de chemisier.

Mais il est dit que ce complot judéo-allemand aura été jusqu'au bout semé d'incohérences et de contradictions.

Ainsi, Brisson fait chaque jour injurier Tarmée par des hommes à lui, tant dans les réunions que dans les journaux ministériels.

Et, en même temps, il demande humblement à cette armée de le protéger, lui^ sa maison et son portefeuille, contre les prétendus excès des grévistes.

Il me semble que si j'avais craché à la figure d'un monsieur, l'idée ne me viendrait pas de lui emprunter cent sous.

Le « défenseur du martyr de l'île du Diable », que le directeur de Y Intransigeant s'était abstenu de nommer, dans « Consultations gratuites ]>, était l'une de ses a botes noires ».

C'était Sébastien Faure.

Cet anarchiste avait organisé une centaine de réunions publiques, au cours des six derniers mois, un jour à Paris, un jour à Lyon, un jour à Bordeaux.

Il y avait soutenu l'innocence de Dreyfus avec une énergie qui faisait le désespoir des ennemis de la vérité, et en particulier de « Boubou » (1).

A entendre ce dernier, Sébastien Faure avait été « conspué, insulté, assommé ».

La dernière épithète était pour corser la tunique d'héroïsme, jetée par le roi des... « engueuleurs » sur les épaules de son adversaire abhorré.

Elle était d'ailleurs hyperbolique : « l'assommé » de r Intransigeant était de la famille de ceux, dont le dramaturge avait dit :

Les gens que vous tuez se portent assez bien. (1) Voir Le Lieutenant- Colonel du Paty de Clam? page 55.

tte hyperbole et une demi-douzaine ejusdem lî faisaient la sauce du factum,ia diatribe de' contre Sébastien Faure ne manquait pas

la g&tait, c'est que Roch^fort paraissait visî- ',éné, en face de ce a défenseur du martyr I Diable», sieur i qu'il ne nommait pas >> lui donnait

^uis de Vascagat en avait autrement peur

isson; cette peur suintait à travers les péri-

ilculées de l'ironiste : telle la sueur froide

ir des dents te peureui, qui se met à chanter,

onge ie cimetière où il devine le spectre qui

idre.

»rt redoutait davantage Sébastien Faure, que

nyme de la Présidence.

ec aplomb, et sahs sueur froide ni colique,

iflail ce dernier, dans V Intransigeant du

), et lui rivait son clou.

i reprochait pas, il est vrai, d'avoir fait

I casino de Boulogne; mais il l'inculpait

ae non moins abominable, en punition

lui criait : « Rendez l'argent ».

« rendre dimanche an

a a demandé au Berlinois Brisson pourquoi las à Longchamps voir courir le Graod Prix il a répondu qu'il était malade, lai cacherons pas que noua nous en étions

Ua homme fortement atteint peut seul, en effet, gouverner avec cette incohérence et cette absence complète de bon sens.

v:»rrri~-wm--w,-, ,'!,• i-« »■• -i ~ ^■'■." •■ "~T^T1F- *>"" -^">,'^ri •'

s i>7-Vvy yy^ç^TY: V^f^*.

Son état maladif serait même son unique excuse : les médecins aliénistes ayant ainsi la faculté de conclure pour le ministre Brisson, comme pour l'assassin Vacher, à une responsabilité atténuée.

Mais quand on est malade et conséquemment incapable de remplir la fonction dont on s'est chargé, on entre à l'Hôtel-Dieu et on ne se met pas à la tète d'un cabinet ministériel, aux appointements d'une centaine de mille francs par an, sans compjter les fonds secrets.

Si nous payons si cher les ministres, c'est à la condition qu'ils soient au moins bien portants.

Du moment où ils ne le sont pas, la plus vulgaire probité leur impose de renoncer à la fois à leurs portefeaiiles et à leurs émoluments.

Quand un ouvrier est obligé de s'aliter, ses patrons n'ont garde de lui envoyer le prix du travail qu'il est hors d'état d*exécuter.

Le devoir du rigide Brisson était de se rendre dimanche au pesage, dans la tribune présidentielle, pour s'y faire saluer — ou conspuer — par la population parisienne.

Il est engagé pour cette besogne, comme un soldat pour aller à la bataille.

Tant mieux s'il s'en tire sans blessures ; tant pis s'il en revient éclopé.

Page 1