II. — Rapport du conseiller Bard
M. le conseiller Bard dit en substance :
Le capitaine Dreyfus a été condamné pour un genre de crime qui inspire une horreur profonde, invincible*
La sentence a frappé un de ceux dans lesquels le pays a besoin d'avoir une confiance absolue.
Quand elle est intervenue, elle a provoqué une émotion légitime. ^
Mais il faut remarquer aussi qu'elle a suscité les passions des partis.
Avant même le jugement, avant même que la défense de Taccusé eût pu être présentée, on avait semé dans le public des préventions contre celui-ci.
Et, quand la requête à fin de revision a été adressée au garde des sceaux, on a de même, par l'emploi de moyens divers, surexcité l'opinion.
Les échos du dehors ne peuvent nous troubler ici, car nous
:.irRE DEUXIÈME
assion : celle de la vérité et de la jus-
Dur les dégager, écarter des légendes
□s les meilleurs esprits.
is de laisser la parole aux seuls doco-
jord du réquisitoire par lequel ie pro- L Cour de cassatioa de la demande de
;nt la lettre du miaistre de la justice.
itre de ta justice, Sarrien, l.
' Elle invoque un brouillon :
dans l'obligation de démontrer que le )ar Dreyfus sur raoa écriture. >
, après avoir briéTçment éouméré les iquelles fut poorouiri Dreyfus, que les ;nt dans le bordereau l'écriture de : ce fait qu'elle était non déguisée et a que, s'il y avait eu imitation, ce m la sorte de miracle de patience.
que l'officier de police judiciaire.
d'abord, puis le rapporteur, M. d'Ort « Tainement d'arracher & Dreyfus
se heurtèrent k des dénégations per-
l'à la suite de l'enquête faite par ut avouer que la pièce accusatrice ina par le général de Pellieux, et qui, je au ministère de la guerre en 1896, Lt, d'ailleurs, cet aveu qu'après « de
le H le bordereau avait été remis au lieutenant-colonel Henrj sans que il le tenait, et, d'autre part, Denrj a get que c'est à lui qu'un agent qu'on n'a pas nommé l'avait remis •>.
server le ministre, qje Henry fut dèlerre pour déposer contre Dreyfus, on ue ces faits sont de nature i. entacher le suspicion son témoignage.
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En fait, d'autre part, il semble bien résulter des docu. ments produits que le principal élément de preuve inyoquè contre Dreyfus au procès de 1894, ce fut le bordereau.
Mais ce bordereau, on s'en est également occupé en 1897, lors du procès fait à Esterhazj.
Et qu'ont admis les experts Belhomme, Couard et Vari* nard? Quelles ont été leurs conclusions ?
C'est qu'il était impossible de méconnaître que l'écriture de ce document rappelait celle d'Esterhazy.
Et ils se sont arrêtés à l'hypothèse d'un décalque de cette écriture.
Cette différence d'appréciation entre les experts de 1894 et les experts de 1897 emprunte une gravité particulière si on la rapproche des termes d'un brouillon de lettre trouvé ch^z mademoiselle Pays lors des perquisitions qui ont précédé Tarrestation, sur la plainte du lieutenant-colonel Picqaart, de cette femme et du commandant Esterhazy.
Ce brouillon, qui ne porte pas d'adresse, contient un passage où il est dit :
« Connaissez-vous Varinard et Couard? Quant à Belhomme, c'est un idiot : il n'y a qu'à le voir pour en être convaincu. »
Puis ceci :
« Si les experts concluent que l'écriture est de moi, il m'est impossible, pour ma défense, de ne pas m'efforcer de démontrer que c'est Dreyfus qui est l'auteur du bordereau. Comprenez donc bien que, si vous êtes véritablement les maîtres de l'instruction et des experts, je ne puis que m'en rapporter absolument à vous; mais que, si cela vous échappe, comme je le crains, je suis dans l'obligation absolue de démontrer que le bordereau est calqué par Dreyfus avec mon écriture. »
Le ministre conclut que ces expertises contradictoires, signalées dans la requête de madame Dreyfus, sont de nature à faire penser que la bonne foi des juges de 1894 a été surprise. Et il donne l'ordre au procureur générai de saisir la Cour de cassation.