XXXV. — Réponse de Picquart au garde des sceaux prouvant la
communication.
Le 15 septembre, le lieutenant-colonel Picquart, répondante une demande du garde des sceaux, lui écrivait la lettre suivante :
Monsieur le garde des sceaux.
J'ai rhooneur de vous adresser les renseignements complémentaires que vous m'invitez à fournir au sujet de la
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communication de pièces secrètes faite aux juges du conseil de guerre qui a condamné Dreyfus en 1894.
Cette communication était connue de tous les officiers ayant été mêlés de près à l'affaire Dreyfus.
J'en ai parlé à l'époque Me la communication avec les généraux Mercier, de Boisdeffre et avec du Paty, et, plus tard, quand j'ai pris la direction du service des renseignements, j'en ai parlé avec le générai Gonse, le colonel Sandherr, le commandant Henry, TarchÎTiste Gribelin.
Enfin, le greffier Yallecalle, du premier conseil de guerre, m'en a parlé également pendant l'enquête Dreyfus, en me disant :
(( N'est-ce pas vous qui avez apporté le dossier secret an colonel Maurel ? »
Toutefois, n'ayant pas été chargé moi-même de faire la communication, je ne puis vous renseigner que par ouï-dire et par ce que j'ai vu de mes yeux ; vrais dans leur ensemble, ces détails devront être contrôlés.
10 Comment )a communication a-t-elle été faite ? Sous pli fermé, remis entre les mains du président du
conseil de guerre, se trouvait un pli contenant : 1<> les quatre pièces que j'ai indiquées dans mon mémoire ; 2o le commentaire écrit par du Paty.
11 n'y a pas de doute & ce sujet.
Quand le colonel Sandherr m'a parlé de ce dossier, en
juillet 1895, il m'a dit :
« Le petit dossier qui a«été communiqué aux juges du conseil de guerre et qui est dans l'armoire de fer. »
Quand je l'ai demandé à Gribelin, je lui ai dit :
« Donnez-moi le dossier qui a été communiqué aux jnges du conseil de guerre et qui est dans l'armoire du commandant Henry. »
Il m'a remis immédiatement, et dans une enveloppe spéciale, les quatre pièces, avec le commentaire.
Quand j'ai montré ce dossier au général de Boisdeffre, il l'a parfaitement reconnu et a demandé pourquoi il n'ayait pas été brûlé, comme il avait été convenu.
Le général Gonse Ta également vu entre mes mains, et nous en avons parlé comme du dossier communiqué aui juges en chambre du conseil.
2® Par qui a été faite la communication ?
Je ne suis pas entièrement fixé sur la personne qui a remis
le dossier au président du conseil de guerre ; ce peut être moi, ce peut être du Paty.
Cette hésitation peut paraître étrange ; elle est cependant natorelle, parce que j*ai eu plusieurs communications à faire et qa'à ce moment je ne connaissais pas l'aspect extérieur do dossier en question.
Où a été faite la communication ?
Dans le bureau du conseil de guerre à Paris, et il a été OQTert en chambre du conseil .
A quel moment ?
Assurément après la clôture des débats, car, rendant compte de l'impression générale au ministre pendant la délibération, je lui ai dit que cette impression n'était pas en fayeur de l'accusation, mais qu'au moment où je parlais, les JQges devaient être fixés par le dossier secret.
Il n'a pas contredit cette allusion ; cette version a, d'ailleurs, toujours été admise au ministère.
Cette déclaration pourrait être confirmée par les généraux Mercier, de Boisdeffre, Gonse, le lieutenant-colonel du Paty de Clam, l'archiviste Gribelin et le greffier Vallecalle.
Telles sont, M. le garde des sceaux, les explications complémentaires que j'avais & vous fournir.
Je me permets d^nsister de la manière la plus pressante pour être admis à fournir des détails qu'il est difficile de fbarnir par écrit.