II. — Leproust tient à se moquer jusqu'au bout du tribunal
Au lieu de cela, il a plu au parquet de suivre la procédure des flagrants délits, de faire juger immédiatement Guérin et ses co-inculpés, sans môme laisser aux défenseurs le temps matériel de prendre communication des dossiers.
Or, que s'est-il passé à l'audience d'hier ?
Malgré la mauvaise volonté du parquet, les avocats étaient prêts, les témoins étaient présents, et, quant aux inculpés, ils manquaient d'autant moins à l'appel, î^e la force armée avait eu la complaisance de les amener aux pieds du tribunal.
Un seul homme brillait par son absence, et c'était précisément le plaignant, ce Leproust, si altéré de vengeance, si pressé de faire appliquer à Guérin quelques
JO LIVRE DEUXIÈUE
lura de priaon pou^ les coups de canne qu'il a reçui
) je ne sais qui.
La défaillance inatteadoe de ce policier a tont d'abord
g soulignée pttr les exclamatioiiB ironiqaeB de t'aa-
ence ; mais lorsque le public a appris que Leprousl
étendait expliquer son absence par une aggravation
I son état et qu'il envoyait à sa place un certificat de
adecin, les rires se sont transformés en huées.
Tout le monde comprenait que aa véritable maladie,
ttaient les trente-deux témoins à décharge venus là,
lUr affirmer sous la foi du serment que son rapport
Etit un mensonge, et que non seulement Gaérin ne
vait pas frappé, mais qu'il était matériellemeQt
ipoEsible qu'il l'eût frappé,
Ùa incident comique est venu, juste à point, dérider
saistance.
Au moment oii les magistrats délibéraient sur la de-
uide de mise en liberté provisoire éloquemmeall
veloppée par notre ami Menard, quelqu'un qui venait
obablement de rencontrer Leproust rôdant dans les
iloirs du Palais, avertit les juges que le plaignant
ist nullement absent, qu'on l'a vu dans la salle des;
s- Perd u^ '
On appelle alors Leproust de tous côtés ; mais plus
Leproust.
Leproust, qui tient à se moquer jusqu'au bout da'
bunal, persiste à demeurer invisible, et les magistrats,
lieu de condamner ce farceur pour outrage à la jus- ,
e, s'en tirent par une cote mal taillée en décidant la'
se en liberté des inculpés et le renvoi de l'afTaire à;
inzaine. 1
. — Si les vieux Turpides de ta Cour de Cassation reviseni ïDtre le semiraent de la France, le peuple u'est pas mointi !Solu à les réviser euz-tnSme.
["andia que ce lever de rideau se jouait au premier 1 ge, la toile se levait an rez-de-chaussée sur lé pre-
mier acte d*ane farce d*an comique plus intense, plus concentré, dont nous ne pouvons malheureusement parler que par ouï-dire, car les acteurs avaient pris soin de se mettre sous la protection de forces policières considérables, et, pour pénétrer dans la salle, il fallait avoir nn billet de faveur signé de Joseph Reinach.
Les Manau et autres Bard qui s'escrimaient, au milieu d'ane assistance de dreyfusards triés sur le volet, à prou- Ter qne la revision du procès Dreyfus s'impose et que seals ils ont raison contre cinq ministres de là guerre, oDt dû pourtant à un certain moment entendre quelques échos de Tindignation populaire.
Les cris mille fois répétés de : « Vive V Armée! A bas les Juifs ! 9 ont dû montrer à ces vieux turpides, prêts à tout pour satisfaire Israël, que s'ils sont résolus à aller jusqu'au bout et à reviser, contre le sentiment de la France entière, le procès du plus avéré des traîtres, le peuple, de son côté, n'est pas moins résolu à les réviser eax- mêmes...
Dansaucun pays, même aux époques les plus troubles, on n'avait jamais vu une magistrature, déjà suspecte et méprisée, se déshonorer aussi publiquement.
C'est au Palais de Justice surtout, dans ces hautes galeries de pierre, dans ces salles froides qui imposent malgré tout une sovte d'émotion respectueuse par les grands souvenirs qu'elles évoquent, près de cette admirable Sainte-Chapelle du « saint roy Loys », le grand justicier encore vénéré dans la mémoire du peuple, c'estdans ce temple de la Loi devenu une sorte de Bourse mâtinée de lupanar, qu'on a surtout l'impression de cette prostitution collective de toute une caste.
Pour bien comprendre l'infamie, qui est en train de se perpétrer là en ce moment, il faut méditer ces paroles échappées au grand rabbin Zadoc Kahn, en un jour de franchise :
« Cet admirable Gode civil romain, écrivait-il, qui a inspiré tant de législateurs modernes, devait plaire à l^e^prit fin et pénétrant des auteurs du Talmud. »
ROCHKFORT 1 1