CHAPITRE QUATRIÈME
Ce que la deuxième audience avait appris à Rochefort et à Dramoût. — Rochefort pris en flagrant délit d'inventions calomnieuses contre Dreyfus. — La lettre du 16 septembre 1898 da général Zurlinden au garde des sceaux. ^ Drumont écrit que les généraux Mercier et Chanoine auraient été écroués le 26 octobre par Brisson, si la Chambre n'avait mis Brisson en minorité, le 2b.
La seconde audience de la Cour de cassation déplut à Rochefort, encore plus que la première.
Cette fois, il n'eut pas, comme la veille, la discrétion de dissimuler son ûel.
Il le jeta dans V Intransigeant ^ paru le 29 octobre sous la date du 30, avec le titre : «c Le Romancier Bard».
I. — A une audience de la Cour d'assises, à laquelle j'assistais.
De deux choses Tune :
Ou le rapport du conseiller Bard est menteur comme plusieurs bulletins ; ou M** Labori, qui fut défenseur de Zola, a touché sur « les fonds de Tétat-major » comme, (lit la feuille à Jaurès, des sommes considérables pour taire condamner son client.
En effet, le nommé Bard affirme n'avoir pas troavéj dans le dossier du traître, trace de ses aveux.
-Ç'if^r'V~l-^r*{n|çr3^- 1--..-. .-^ •-^',
Of) à une audience à laquelle j'assistais, dans la salle des assises, lorsque le président, M. Delegorgue, a appelé pour qu'il vint témoigner, le capitaine Lebrun-Renaud, qui passe pour avoir reçu les confidences du condamné an moment de la cérémonie de la dégradation, M*Labori, de cette voix qui n'appartient qu'à lui, s'est écrié :
t Nous renonçons àraudition de ce témoin 1 »
Puisque le Bard de la cour suprême déclare que Dreyfus n'a rien avoué à personne, c'est que ce suprême magistrat a la preuve de ce qu'il avançait, hier, devant ses collègues.
Il est donc évident que, n'ayant arraché au dégradé aQcan aveu, le capitaine Lebrun-Renaud serait venu déposer que les paroles attribuées à Dreyfus :
« Si j'ai livré des pièces, c'était pour en avoir de plus importantes »,
Celui-ci ne les avait jamais prononcées.
Ce témoignage infirmant tous les bruits qui avaient coarn et qui courent encore sur la scène des aveux, c'était, selon toute probabilité, l'acquittement de Zola.
Et quand il n'avait qu'à laisser se produire cette déposition si précieuse pour la défense, M^ Labori la repousse et lait prier M. Lebrun- Renaud de vouloir bien rester chez luil
Je ne crois pas qu'il y ait dans les annales du barreau une attitude plus incompréhensible.
Elle s'expliquerait à la seule condition que M. Bard, en niant les révélations du misérable au capitaine de gendarmerie chargé de le surveiller, ait ajouté une imposture nouvelle à toutes celles dont regorge le pamphlet qu'il appelle son « rapport » et qu'il a tout bonnement copié dans les brochures répandues gratis aux frais du Syndicat.
Car ce à quoi, ni le rapporteur Bard, ni le procureur général Manau, ne font là moindre allusion, ce sont les dépositions des vingt-sept officiers qui ont, devant le conseil de guerre de 1894, apporté par monceaux les
UVHE DEUXIÈHB
blet de la calpabilité da gredin, qai ent ses malles pour revenir dans sa belle
t avaient à le perdre ces militaires qoi it considéré comme lenr camarade?
le c'est un jnif î
n contient cinq cents autres. D'où an* i. quoi eût rimé cette conspiration, ! an homme aassi peu en vue et que :, soit à la liaine, soit à la jalousie de '
1 d'eux nn fait probant et qui démontre | lit l'objet d'ancune hostilité personnelle; ut du génie C..., qu'il me serait facile de is lettres, reçut un jour de l'élat-major rédiger nn mémoire snr un sujet quellant une guerre possible avec l'Âlla- 1
ïme recommandé de le faire anssiinsi- | absurde que possible. i
jreuve, lui avait-on dit.
nt C... avait remarqué, en traversant ertain nombre des aiguilles de dos an- I fer étaient restées le long des voies où, isables, elies achevaient de se dételée de poser, dans son mémoire de pure stion de savoir si, en cas d'entrée de : les provinces annexées, ces aiguilles ne ;eptibles de nous rendre encore des série sens commun ; mais il livra sontra- I lui avait demandé, et sans savoir quel
Oa laissa le mémoire tomber soas les yeux de Dreyfus et, quinze jours plus tard, toutes ces aiguilles, qui se rooillaient là-bas depuis vingt-trois ans, furent soigneusement enlevées sur tout le parcours des chemins de fer alsaciens.
£h bien I des expériences de cette nature ont été renouvelées vingt fois, et toujours Dreyfus s'y est laissé prendre.
Les dreyfusards, à qui la mauvaise foi coûte d^autant moins qu'elle leur rapporte énormément, nous objecteront qa*il ne peut y avoir là qu'une coïncidence.
Une, deux, trois, quatre, passe encore ; mais vingt coïncidences, c'est avec ça qu'on forme des preuves, sartoat quand à ces vingt présomptions viennent s'adjoindre vingt-sept témoins.
Le « romancier Bard » reprenait une des folies, familières au rédacteur en chef de V Intransigeant.
Cette folie, « Boubou » l'avait manifestée, pour la première fois, le 24 février 1898, au lendemain du verdict du Jury de la Seine, qui avait clos la procès Zola.
Il Tavaît lancée, avec les apparences de la conviction la plus solide.
Il l'avait produite, sans souci des contradictions manifestes qu'elle présentait avec la réalité, qui avait frappé les centaines de parisiens qui- avaient assisté aux débats du procès Zola, sans souci du compte rendu sténographique de ces débats qui en avait reproduit toutes les syllabes .
Cinq mois plus tard, Thistorien de l'affaire Dreyfus avait juxtaposé aux pages 268 à 270 du Capitaine Lebrun-Renault ? la version de Rochefort et celle du « compte rendu sténographique ».
Entre l'une et l'autre, il y a autant de différence qu'entre la nuit et le jour.
it représenté Labori « s'écriaot dans
le terreur > :
nçoDs h l'auditioQ du capitaine
idu sténographique de l'audieDce da
Lait tout autre.
aut Forzioettl avait été inlroduit
it posé la question :
i la connaissance de M. le commanque par suite de faits très précis, sur erai de s'expliquer, jamais, à aucun taine Dreyfus n'a fait un aveu. »
irésident Delegorgue était intervenu
ne sera pas posée. »
tlon du président était parfailemenl 1
lit clairement que le président des toute lumière qui pourrait être oblerzinetti que des divers témoins, sur | eux de Dreyfus à Lebrun- Renault, itîons, Labori Qt la déclaration sui- 1
la déposition de M. le commandant ut le groupe qui suit, lequel n'a pas .
tre chose. » i
on était assez naturelle, étant donnée i
président Delegorgue.
que la formalité de la comparution ' devaient prouver « qu'à aucun mole Dreyfus n'a fait un aveu » était ) refus du président Delegorgue de [uestiou D sur laquelle ces témoins
Et voilà comment Labori s'écria dans un mouvement de terreur : « Nous renonçons à l'audition du capitaine Lebrun- Renault »!
Le « mouvement de terreur, » imaginé par Rochefort, était une invention aussi futile qu'absurde.
Au contraire, Thistorien est en droit d'observer gne c'est dans un (c mouvement de regret », que Labori « renonça à l'audition du capitaine Lebrun- Renault ».
S'il y avait terreur, c'était chez le président Delegorgue.
En disant : « La question ne sera pas posée, » ce président paraît, en effet, avoir craint que la réponse da commandant Forzinetti à la « question posée » ne procurât à Labori, c'est-à-dire à Zola et à son client Dreyfus, un argument irrésistible.
« Le romancier Boubou » prêtait donc ses qualités au rapporteur de la revision, quand il intitulait son factum : « Le romancier Bard ».
C'était un moyen spécieux de discréditer sa « bote noire ».
Ce n'était pas un procédé honorable.
A ce compte, « Boubou » avait beau jeu ; mais il trichait.
Une méritait pas plus d'égards que le tenancier d'un tripot, qui devient millionnaire en glissant une portée ou en faisant sauter la coupe.
C'est longuement ûxer son attention sur une espièglerie de a Boubou ».
Son excuse est, en effet, toute prête. S'il trichait, c'était pour rire; c'était pour se payer la tôte des « décavés », dont il subtilisait la « galette ».
La même espièglerie reparaissait sous un autre déguisement à la seconde partie de « Le Romancier Bard »
UVRB DEDXIÈHE
;hefortyiavoquait le témoignage du commandu génie G...
joutait même qu'il lui serait Tacile de nommer u(es lettres ce commandant anonyme, necdote attribuée par a Boubou » au personainsi présenté, avait entre autres tares, celle ir été contredite la veille mSme par un docuémané du général Zurlinden.
document, le conseiller Bard l'avait lu devant la de cassation, au début de l'audience du 3S ocvoici dans son intégrité :
tistre de la Guerre à M. le Garde des Sceaux, minù&i de la Justice et des Cultes. i
Paria, le 1b iseptembre ism.
donsienr le ministre et cher collègue.
Teille da joar où le gouveraeineat va prendre une dèau sujet de la révision du procès Drejfus, j'ai l'hoo- i
le voua renouveler, en le complétant, mon avis sur
LlTaire.
. — nés l'année isss, l'Ëtai-Major a ta certitude que des documents secrets sont livrés à l'étranger.
l'année 1893, l'Ëtat-Major avait acquis la certitude que i
>cuments aecreta, inléreasant la défense natioDale, '
1 livrés à u[ie puissance étrangère.
irtir du commencement de 1894, on apprend succes-
:nt que le traître est au ministère de la Guerre, à
najor. que c'est un officier, que cet orflcierdoit appar-
u deuiième bureau de l'élat-majorde l'armée.
surveillance active est exercée sur les employés et m
ciera, mais elle n'amène aucun résultat.
'îas fait & ce moment partie do deuxième bureau en
i de stagiaire. Aucun soupçon n'est élevé contre lui. 1
II. — Le bordereau tombe, fia septembre 1894, entre les mains du service des renseignements. — 11 est le point de départ des recherches. — On s'aperçoit que l'écriture de Dreyfus ressemble à celle du bordereau.
La pièce connue sous le nom de « Bordereau » tombe, vers la fin de septembre 1894, entre les mains du service des renseignements .
Elle est remise immédiatement au général...
Son origine permet d'afiirmer, avec certitude, qu'on se troa?een présence d'un acte de trahison.
La nature du document lui-même indique clairement que le traître {ippartient à Tétat-major de l'armée et que c^est probablement un officier d'artillerie.
Tel fut le point de départ des nouvelles recherches faites d'une part par le directeur de Tartillerie au ministère de la Guerre et de l'autre par les chefs des bureaux de Tétatmajor.
Les recherches paraissaient ne donner aucun résultat lorsque le chef du quatrième bureau, le colonel Fabre, songe, sur l'ayis de son sous-chef, le lieutenant-colonel X..., à examiner les écritures des officiers stagiaires ayant servi précédemment sous ses ordres.
Il s'aperçoit que l'écriture de Dreyfus ressemble complètement & celle du bordereau, et signale cette ressemblance à ses chefs.
III. —Expertise en écritures. * Instruction judiciaire. Condamnation de Dreyfus.
On procède à des expertises ; les yérifications Tiennent confirmer les premiers soupçons émis par le colonel Fabre.
On constate, en outre, que toutes les indications précédemment recueillies au sujet du traître se rapportent à. Dreyfus : sa présence au deuxième bureau au moment même où l'existence d'un traître y était soupçonnée ; d'autres preuves de son attitude à l'état-major de l'armée, de ses investigations indiscrètes, etc.; enfin la conclusion du rapport des experts établit nettement sa culpabilité.
Ce sont ces preuves qui jouent le rôle capital sur l'esprit des juges du Conseil de guerre.
L'acte criminel commis en 1896 par le lieutenant-colonel
y qui l'a eipié par le suicide ne peut atteindre la validu jugement rendu, car la dÉpositioa de cet oFBcier il rien de personnel.
mme dans tous les procËs d'espionnage, un officier du ce des renseignements avait ëtë délégué par le minisire Guerre pour déposer au nom du service.
<rflcier désigné fut Henrj, mais sa déposition aurait pu faite dans le même sens par le colonel Sandherr, chet rricedesFenseignemenlB, comme parle sous- chef d'étatr de l'armée, comme par le ministre lui-même.
puis la condamnation, il n'est sarrenu aucun fait, supreuve permettant d'établir une présomption d'inuo- ; en faveur de Dreyfus.
isieurs indices au contraire sont venus confirmer sa .bililé. I
as avons surtout les aveux faits au capitaine Lebrunud et recueillis également de la bouche même de ' fus parle capitaine... ; le capitaine Lebrun-Reaand til ■e là pour les attester.
reste, les aveux ont été rapportés sur l'heure à pis- : I ofûciers présents i la parade d'eiéculion, notamment I immandant Guèrin aujourd'hui sous-chef d'état-major , luvernement militaire de Paris ; au contrôleur Pejrolle, pitatne Antoine.
phrase suivante se retrouve, au moins comme sens, | toutes les dépositions:
i j'ai livré des documents, ils étaient sans valeur et i .ait pour en avoir d'autres plus importants. » résumé, aucune présomption d'innocence n'est venue j aer le jugement du Conseil de guerre qui a condamne 'us ; de nouvelles preuves de culpabilité ont été, au cod- j I, relevées A sa charge depuis 1894.
is ces conditions, la demande de revision ne me paraît istifiée.
nme chef de l'armée, je ne saurais l'accepter, d'autant 1 ]ue, comme tous mes prédécesseurs, je suis persoiuielit convaincu de la culpabilité de Dreyfus.
...tfd&ÉMlA
T.SS^^ïS-
La seconde partie de la lettre de Zurlinden contient ce renseignement précis :
«Le bordereau tombe fin septembre 1894 entre les mains du service des renseignements. »
La première partie de la lettre en fournit un autre^ non moins précis :
« Aucun soupçon n*est élevé contre Dreyfus avant la découverte du bordereau. »
Or Dreyfus a été arrêté le 15 octobre 1894, c'est-àdire quinze jours après la découverte du bordereau, découverte k laquelle furent postérieurs de quelques jours les premiers soupçons contre Dreyfus, s'il faut ajouter foi à la lettre de Zurlinden.
Le commandant du génie G... avait donc « collé une blague » à < Boubou », en lui racontant :
i* L'ordre, à lui donné par Tétat- major, de faire un mémoire, aussi insignifiant ou aussi absurde que possible.
2" La précaution prise par l'état -major, de laisser ce mémoire sous les yeux de Dreyfus.
Après lecture de la lettre Zurlinden, on est plutôt tenté de croire :
l*" Que le commandant du génie G... avait reçu de l'état-major Tordre d'imaginer pour « Boubou » un conte aussi absurde que possible.
2*^ De produire ainsi sur « Boubou » une impression aussi profonde, qu'avait fait le 16 novembre 1897 le chef d'escadron P. de S. -M. pour convaincre « Boubou » de la culpabilité de Dreyfus.
Evidemment ce n'est là qu'une hypothèse.
Encore est-elle plus vraisemblable que celle à laquelle « Boubou » se raccrochait; car on voit mal, « de fin septembre au 15 octobre 1894 », la possibilité de loger la succession des dates nécessaires à l'histonette du commandant du génie G... et aux « vingt
autres expériences de cette nature », que « Boubou » affirmait avec candeur avoir été « renouvelées contre Dreyfus », et « auxquelles Dreyfus s'était laissé prendre ».
Nous en voudrions à Rochefort de ne pas s'être coulé d'une façon aussi complète.
Probablement, a Boubou » avait été dupe.
Il avait été mystiflé par le commandant G...
Il avait été pris à ses blagues, comme un naïf lecteur de X Intransigeant aux mystiûcations de « Boubou ».
Toutefois, intituler ces mystifications r.éciproques : « Le romancier Bard », c'était le comble de la fumisterie.
C'est avec des traits de ce genre que Rochefort gardait les débris de son prestige.
L'on ne saurait ni s'en étonner, ni s'en plaindre.
Si jamais la devise « Nil adspernere, nil admirari » fut de saison, c'est en face du phénomène singulier que présentait le dernier avatar de « Boubou ».
Ce monstre de l'esprit était, en effet, en dehors des règles communes. Pour le juger^ rhistorien est à court de points de comparaison.
Drumont fut encore plus indisposé par la seconde audience de la Gourde Cassation, que par la première.
Mais, cette fois, il dissimula son dépit : il se borna à une longue tartine, « l'Espionnage en Allemagne et en France », qui parut dans la Libre Parole du 29 octobre :
I. — Il a*est pas un hobereau prussien, qui a'ail fait sienne U
devise de Frédéric II.
Les Dreyfusards sont comme les gens à qui l'appétit vient en mangeant.
Avec une extraordinaire impudence, un ton d'assurance inouï qxii décèlent, pour tout esprit clairvoyant^ les complicités sur lesquelles ils comptent, ils réclament aujoard*bui les tètes des généraux ; ils exigent la désorganisation complète de cette armée qui, depuis vingt-huit ans, a coûté tant de milliards à la France. Il est avéré aujourd'hui que si la Chambre, prise d'un irrésistible dégoût, n'avait pas vomi Brisson, le général Mercier et le général Chanoine auraient été arrêtés lo lendemain.
Si Ton veut bien se reporter à quelques mois en arrière, on constatera que les visées des agents de Tétranger étaient, au début, beaucoup moins ambitieuses. La revision du procès Dreyfus comme prétexte, la démolition de Pétat-major général français et du service des renseignements comme but réel, tel était le programme modeste dont s'étaient tout d'abord contentées TÂllemagne et la Juiverie, associées pour former la cagnotte du Syndicat.
L'Allemagne, en effet, on ne saurait trop le répéter par le temps qui court, est la terre classique de l'espion* nage; et, sur ce terrain, elle ne souffre pas de concur* rence.
Non seulement les espions n'y sont point comme chez noQs mal vus, traités avec mépris ; mais on les honore, on les choie, on les cultive avec amour et on les paie avec largesse.
Leur recrutement est d'autant plus facile que ce métier qui, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, sera tou» joars en France considéré comme un métier louche, passe au contraire au delà du Rhin pour une carrière d*aatant plus honorable, qu'elle y est généralement fort lucrative.
« En Allemagne, dit le lieutenant Froment, dans son très intéressant livre sur VEspionnage militaire, Tespionnage est parfaitement admis : il n'a rien d'indélicat, et chacun s'y adonne consciencieusement comme à un devoir. »
232 LIVRE DEUXIËKI
Rien n'est plus exact, et il n'est pas un hubereaa prussien, «Jnelque gooQé qu'il soit d'orgueil nobiliaire, qui n'ait fait sienne la devise de Frédéric II :
a A la guerre, on prend alternativement la peau da lion et la peau du renard ; la ruse réussit où la force échouerait. »
II. — L& RéYolution av&it instilué le bureau de la partie secrète.
En France, il en va lont autrement.
En dépit des plus cruelles expériences, nous en sommes encore aux tournois de chevalerie ; - nous . sommes restés la nation de l'arme blanche et des combats en plein soleil.
Ruser, mentir, ëconter aux portes, espionner enfin, nous répugne invinciblement, et notre légèreté n&tu- ^ relie venant s'ajouter à l'indéniable loyauté qui caractérise notre race, nous a vite fait oublier que la Révola- j lion avait institué le Bureau de la partie secrète et que | Napoléon I" disait:
« Tout général qui opère, non dans le désert, mais dans un pays peuplé et qui n'a pas d'informations, ne sait pas son métier. »
Nous avions oublié cela à tel point, en 1870, que non seulement nous n'avions alors absolument rien pour ; lutter contre le formidable outillage de l'espionnage , allemand, mais que les cartes de France nons manquaient k peu près complètement, et que nous dûmes en acheter qui venaient d'Allemagne !
Après le désastre, on commença tout de même à éprouver le besoin de devenir un peu plus moderne el plus pratique.
On se dit que puisque les Allemands avaient l'espion- □age si fort en honneur, c'est qu'ils devaient en retirer de sérieux proHls, et que, dans ces conditions, il serait peut-être seoaé d'avoir aussi, de notre c6lé, quelques espions, ne fClt-ce que pour nous défendre contre les entreprises de ceux d'ontre-Rhin.
Ce ne fut toutefois que vers 1880 que l*on se décida à fonder sur des bases à peu près solides, quoique modestes, le service des renseignements pour les temps de paix.
Pour les besoins de ce service le ministère de la gaerre, en France, reçoit annuellement 700 mille francs de fonds secrets.
Savez-vous de quelle somme peut disposer pour le même objet Tétat-major général allemand?
Il lui est alloué d'abord sur le budget une somme variable directement affectée au service géaéral des renseignements; il dispose en outre d'un budget spécial, le «fonds d'état- major, » constitué le 31 mai 1877, par une somme de 300,000 marks (375,000 francs) prélevée sar les bénéfices nets de Touvrage du grand état-major sur la Guerre franco-allemande ; enfin il peut puiser tant qu'il lui plaît dans le fameux fonds des Reptiles [Reptilien fond) dont les revenus sont de buit à dix millions.
Pour lutter contre cette colossale organisation, nous avons, nous, 700 malheureux mille francs.