VI. — La dame voilée. — Connivence du général de Pellieux et
de Tavocat d'Ësterhazy.
Le ministre trouve, dit M* Mornard, que M. du Patj de Clam mérite des circonstances atténuantes.
A la date du 16 septembre, il adresse au garde des sceaux ane autre lettre où on lit :
« Plus tard, le lieutenant-colonel du Paty de Clam inter- Tient à son tour pour sauver Ësterhazj et commet des fautes graves dans le service. Ces faits ont été réprimés. Le lieutenaot-eolonel Henry a expié son crime par le suicide, et le lieatenant-colonel duPaty de Clam, par la non-activité. »
Ainsi, ce qui motivait des circonstances atténuantes en faveur du lieutenant-colonel du Patj de Clam, c'était le fait d'avoir voulu sauver Esterhazy !
Et c'est le général Zurlinden qui le dit T
Qa'on s'étonne ensuite de la remise du document secret, dans laquelle est intervenue la fameuse dame voilée 1
Cest qu'encore une fois tout prouve dans le dossier qu'il ne s'agissait que d'une chose en 1898 : rendre impossible une condamnation par le conseil de guerre pour ne pas remettre en question le jugement de 1894, au nom de l'autorité de la chose jugée.
C'est pour cela qu'on a vu s'établir un véritable concert entre le général instructeur et la défense.
Dans le dossier, il y a deux lettres d^Ësterhazy :
Dans Tune, il commence ainsi :
«Innocent, vous le savez. » Le général de Pellieux a cru bon de rayer « vous le savez » .
Dans une autre, il écrit :
« Vous avez en main les preuves de l'infâme complot oordi. » Le général de Pellieux croit bon d'ajouter en marge : « Je crois que vous avez ».
VU. — Bslerbazy devant le conseil d'enquête. — Télégramme
d*Ësterhazy à Tézenas.
A propos des lettres de madame de Boulancy et de la tradoction d'Ësterhazy devant un conseil d*enqu6te^ H* Mornard poursuit ainsi :
Cette coDTocation troubla Esterhazj. Gar^ enfin, devant le conseil d'enquête, il n'y avait plus d'afifaire Dreyfus, il n'y avait que des juges ayant les mains libres, qui allaient foailler dans sa vie.
Aussi écoulez cette dépêche qu'il adresse, au moment même où il comparaît devant le conseil, à M*' Tézenas, son avocat :
« Paris, 26 août, 5 heures 45 soir.
» Tézenas^ la Thierraye -la-Basoche^ Gonnet
(Eure-et-Loir.)
» Votre abandon me perd, votre présence est le salut. Conseil a sursis à demain pour vous entendre confirmer mes affirmations sur rapports que vous savez et vous entendre confirmer déclarations & vous faites sur partie liée et devant être gagnée ou perdue ensemble. Importance capitale. Mon salut est daus vos mains. On dit que vous me lâchez. J'ai également promis production pièce confiée à Boisandré et & Ménard ou attestation formelle son existence et son contenu sur les hauts personnages ayant connaissance relations qu'elle certifie.
» Venez à tout prix. Si refusez venir, envoyez par votre cousin ou télégraphique ment président déposition attestant formellement propos à vous tenus sur partie liée et attestation formelle, pièce attestant relations et qu'agissais sur indications précises. Me perdez par votre absence, que personne comprendra. Où est la pièce? Donnez indications. Allez être cause ma perte ; si veniez, triompherais. Aurions gagné si étiez là. Venez n'importe comment.
» ESTERHAZT. »
Cette dépêche ne justifie -t-elle pas, continue l'avocat, tout ce que Ton affirmait des relations de l'état-major avec Esterhazy ?