II. — Si Vacher avait troavé sur une des bergères
Ainsi Vacher a été, avant-hier, condamné à mort.
S'il avait trouvé sur une des bergères qu'il a assassi- Dées la somme suffisante pour acheter les membres de 1& Cour de cassation, ceux-ci seraient parfaitement qualifiés pour casser d'abord l'arrôt du jury de TAîn et 6Q rendre un autre, portant qu'une nouvelle enquête A'ayant rien laissé subsister contre lui qui pût être qualifié de crime, ce brave chemineau serait rendu aux grandes routes sur lesquelles il opérait si joyeusement.
Mais, en soustrayant leur Dreyfus au jugement des ofBcierSj'qui l'auraient frappé au moins aussi fort que 1& première fois, les horribles chats-huants du Palais de Jastice n'ont pas seulement essayé de le sauver.
Ce à quoi ils tiennent presque autant, c'est à se faire
livrer par Tautorité militaire le dossier secret, contenant toate inorganisation de notre service d'espionnage, avec les noms des agents qu*on y emploie et des villes oui! se pratique.
Tous les efforts de ces malandrins du dreyfasisme tendent à ce but, et dès demain un des leurs va certainement se rendre au ministère de la guerre pour prendre possession des documents qu'ils brûlent de connaître et de faire photographier.
III. — Si le dossier secret est livré à la Coai* de Gassatioo» Guillaume II entre chez nous comme dans du beurre.
Si les officiers qui en ont la garde commettaient Timprudence de 8*en dessaisir entre les mains de ces bandits, ce serait — aucun doute n'est permis à ce sujet — la perte de la France.
Vous comprenez que le président Lœw, dont le frère est Allemand, domicilié en terre allemande, se hâterait de lui remettre tout le paquet, dont Guillaume II prendrait immédiatement connaissance : ce qui, au premier incident de frontière, lui permettrait d*entrer chez nous comme dans du beurre.
Les hauts dignitaires de la Cour de cassation se sont, hier, fait naturaliser sujels de l'empereur d'Allemagne.
La besogne que Dreyfus est momentanément hors d*état de remplir, ce sont eux qui vont désormais s'en charger. Il s^agit donc ici d'une question de salut public.
Autoriser ces alliés de l'étranger à jeter le moindre coup d'œil sur les secrets de notre défense, ce serait poar des années la rendre impossible.
Quand l'ennemi sera entré sur notre territoire, grâce à Lœw et à Manau, ce n'est pas le rapporteur Bard qui se lèvera pour l'en chasser.
Le dossier secret ne doit pas être plus rendu qu'une place forte.
Ce n'est plus : a J'y suis, j'y reste » : c'est :
(( Je te tiens, je le garde I »
DEVANT Là COUR DE CASSATION 261
Rochefort attribuait à Trarîeux et à Reinach des intentions, qui dramatisaient l'affaire Dreyfus.
C'est pour préparer les travaux actuels de la Gour de cassation, que ces deux législateurs avaient lait voter par le Parlement le nouvel article 445.
Etait-ce du romgn ?
Etait-ce de l'histoire ?
Nous n'en savons pas plus que « Boubou » luimême, à cet égard.
Le dire de « Boubou » n'a pas d'ailleurs la valeur d'une preuve.
Rochefort se permettait, en effet, certaines libertés avec les faits les plus patents, quand il lui plaisait de les présenter sous un jour favorable à l'une de ses thèses éphémères.
Il venait de le montrer, au sujet de Labori, « s'écriant dans un mouvement de terreur » qu'il renonçait h entendre le capitaine Lebrun-Renault.
Il avait répété la blague, à propos du conte à dormir debouty dont il avait attribué la paternité au commandant du génie G... et qui démontrait par des' preuves, aussi inédites qu'irréfutables, la culpabilité de Dreyfus.
Aussi serait-ce le comble de la candeur, que de chicaner la nouvelle trouvaille de « Boubou ».
Mieux vaut féliciter son inventeur- de la modestie avec laquelle il s'abstenait d'en tirer gloire et de la faire « au prophétisme», comme Tennuyeux et fétide « Barbe-à Poux. »
Mais cet éloge ne saurait aller sans une critique sur l'indélicatesse, avec laquelle « Boubou » mêlait l'Empereur d'Allemagne 'à la lâche de justice et d'équité poursuivie par la Gour de cassation.
Cette récidive de Rochefort, qui avait déjà appelé Fachoda à la rescousse pour prouver la trahison de
Dreyfus, manquait de sel, tout autant que de patriotisme.
Mais pourquoi tant insister?
Rien ne démontre mieux que ces déclamations fa~ tiles, combien les ennemis de la vérité étaient à court de raisons contre Tinnocence de Dreyfus.
Aux lumineuses déductions que Bard avait lues à la Cour de cassation, « Boubou » opposait Tinvasion de notre frontière par l'empereur d'Allemagne'
Passer et hausser les épaules, c'est tout ce que peut faire l'historien, en attendant que Rochefort eût oublié lui-même le bavardage, auquel l'obligeait sa situation de leader de V Intransigeant.
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