I. — Le siège de la Cour de Cassation est fait
L»a Cour de cassation, par Torgane de la chambre criminelle, a rendu son arrêt.
Sile conclat à l'enquête, mais n'ordonne pas la suspension de la peine.
C'est une double lâcheté.
Bile conclat à Tenquôte, non point pour éclairer sa conscience.
Hélas I sonsiège est fait depuis la première heure et, avant tout débat, elle était en faveur de l'innocence de Dreyfas I
Cela est tellement vrai que l'apologie du condamné suinte tout le long du rapport de Bard et tout le long da réquisitoire de Manau.
Il était interdit à la Cour de cassation de s'occuper d'antre chose que de la forme.
Et elle a traité le fond, comme si elle en avait été saisie.
Demander Tenquête, c'est avoir l'air de vouloir aller au FOND, comme si cela n*était déjà pas un fait accompli, en violation formelle de la loi !
Qu'y trouvera-t-elle de nouveau, dans cette enquête, désormais superflue, puisque Topinion de la Cour est connue, que sa conviction est faite et que son parti pris s'est scandaleusement affiché?
Rien.
Mais elle gagne du temps, elle espère lasser ropinion publique, dont elle a peur.
Hier, elle a craint une explosion formidable de cette opinion publique, si par malheur elle eût cassé le jagement et rendu Dreyfus à la liberté.
Elle aime mieux prolonger Tagitation^ attendre, reculer pour mieux sauter par-dessus rindignation universelle.
Elle n'a pas eu le courage de ses convictions. Elle n*a pas osé régler immédiatement Taffaire.
Voilà pourquoi elle semble hypocritement, menteusement, avoir besoin d'un supplément de renseignements, alors qu'elle s'en moque.
C'est la première lâcheté.
Quand on descend à de pareilles infamies, au noépris de toute correction, de toute impartialité judiciaire, il faut avoir la pudeur et la crànerie de les commettre franchement, tête haute, fût-elle chargée de honte, et sur Pheure.
II. — Ce n'est plus la révision qu'elle désire, c'est la cassation
pure et simple.
Voila pourquoi, également, elle n*a pas relâché Dreyfus.
Et là, c'est la deuxième lâcheté.
Quand on croit un accusé innocent, comme elle le croit, comme elle le dit par Torgane de son rapporteur
et de son procureur, il ne faut pas, — alors que la loi permet de le soumettre à un régime plus doux et môme de le relâcher ; — commettre l'infamie de le maintenir à Teffrayant régime du condamné à mort, tout vivant.
Traîner Taffaire en longueur, dans Tespoir vain et foa d*un apaisement impossible, d'une accalmie irréalisable, voilà ce qui a dicté son arrêt.
Ce n'est plus la revision du procès qu'elle désira, c'est la cassation pure et simple du jugement et la réhabilîtatioDy sans nouveaux débats, du condamné.
Le procureur général Ta bien indiqué, en implorant la pitié d'Esterhazy pour Dreyfus, comme il avait déjà, ignoblement, imploré la pitié de Zola pour la France.
Od, mais l'opinion publique ne parait pas disposée eocore à cette solution.
Et on a voulu l'y préparer.
Aujourd'hui, c'est la première couleuvre à avaler.
Demain, ce sera le crapaud.
k moins que la France ne vomisse à la fois couleuvre, crapaud. Cour de cassation et la république, cause de cette effroyable épreuve, trouvant le tout aussi nauséabond et aussi dégoûtant ?
Il y avait plus de prétention que de raison, dans cet article de Gassagnac.
Les deux lâchetés, dont Gassagnac faisait grief à la Cour de cassation, étaient du domaine ^e la fantaisie.
Il est d'ailleurs toujours facile de prêter des lâchetés à autrui.
L'historien doit, lui, se garder avec soin de pareille prodigalité, même quand les apparences sont plus sérieuses que celle que Gassagnac évoquait contre •es magistrats de la Gour suprême.
Qu'aurait pensé Gassagnac, si sa propre attitude, au cours des six derniers mois, dans les questions con* cernant Taffaire Dreyfus, avait été taxée aussi sévère-
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:â66 LIVRE DEUXIÈME
ment que Tétait par lui-môme Tarrôt de la Cour suprême ?
Et pourtant l'attitude de Gassagnac y avait prêtée beaucoup plus que Tarrèt du 30 octobre.
Après cette boutade de nouvelliste à la main, VAu* toritéû\x3\ octobre publiait un second article de Gassagnac, intitulé « Les Deux Justices — Gelle d'en haut et celle d*en bas » :