‹ Rochefort?Chapitre 89 sur 112 · I. -^ Picquart, c'«st la loi et les prophètes · texte numérisé non relu

I. -^ Picquart, c'«st la loi et les prophètes

Ainsi qu'on a pu le voir, le réquisitoire du procurear général Manau n^est pas autre chose qae Tapologie de Dreyfus et la condamnation de Tétat-major.

D'ailleurs, ces débats devant la Cour sont très édifiant», au point de vue de la justice sous la république.

On y trouve des contradictions inouïes, telles qu'il ne doit s'en rencontrer que chez les fous, à Bicétre.

Gonnaissez-vons, en effet, quelque chose de plus pro* digieusement incohérent, d*abord, que le crédit moral accordé parle conseiller rapporteur Bard au lieutenantcolonel Picquart?

Il accueille tous les dires de Picquart, toutes ses affir* mations, toutes ses délations, comme parole d'Ëvan* gile et sans même les discuter.

Picquart, c'est la loi et les prophètes.

Et c'est avec la lanterne de Picquart, que le conseiller Bard éclaire l'affaire Dreyfus.

Or, le susdit Picquart a été chassé de l'armée, mis en réforme, déclaré indigne de servir la France.*

De plus, il est sous clef, au secret depuis une centaine de jours, ayant à répondre d'une inculpation de faux.

Je n'ai pas qualité pour savoir si Picquart est réellement un faussaire, et c'est au tribunal compétent qu'il appartient de le démontrer.

J'estime même que le magistrat instructeur y met le

iempSy et ne se foale pas la rate pour prendre une décisioD.

Cent jours, ce fat court pour Napoléon ; mais c'est un peu long pour un prisonnier.

Le magistrat instructeur se moque du monde et en prend trop à son aise en prolongeant une captivité préventive aussi démesurée.

11 serait temps que Ton sût si^ oui ou non, Picquart

t un faussaire ?

Car, à force d^abuser envers lui des formalités rigou-

Qses de l'instmction, on finira par rendre cet homme-

symphatique, si peu qu'il le semble.

Quoi qu'il en soit, aux yeux de la Cour de cassation,

est un témoin, et un témoin irrécusable.

Pour d*autres juridictions, et d'après les probabilités

i découlent d'une détention de quatre mois, au secret, r'est une canaille.

Nous sollicitons humblement la justice républicaine

'ea haut et d'en bas, la Suprême et la non suprême, de ouloir bien s'entendre pour nous tirer d'embarras et de

ire une moyenne entre l'autorité et l'indignité morales

Q nomaié Picquart.

. — Coaard, Varinard et Belhomme sont des ânes, doublés de

coqains.

Passons à une autre catégorie d'incohérences et de intradictions :

On sait que sur la plainte des experts Couard, Yarilard et Belhomme, le journal V Aurore fut sévèrement indamné, ainsi que Zola.

Et dernièrement encore, pour régler les frais du prois, le mobilier de Zola était saisi judiciairement. Or, il résulte des déclarations non déguisées ni même ûlées du procureur général Manau, que les experts en îrilure sont généralement des fumistes et que, parmi IX, Couard, Varinard et Belhomme, sans oublier BertiU m, sont les plus bêtes.

Nous nouB en étions toujours qd peu douté, et l'oa connaît notre profond ace pticis me à l'eadroitdes experte en écriture.

Nous croyons qu'il n'y a pas de science plus vaine, plus absurde et plus malfaisante.

C'est sans doute en pensant aux experts en écriture, qu'on policier légendaire a pu écrire qu'avec deux lignei d'un individu, il le ferait pendre.

Lesexpet'tB de notre temps sont même plus forts qos les contemporains du susdit policier, car ils vous feraient pendre, eux, avec deux ligues de l'écriture d'ua autre, ce qui est le comble de l'expertise.

Donc, d'une part, la justice d'en bas accorde d'énorme* dommages-intérêts à Couard, Varinard et Belhomme^ la fine ûeur de l'expertise française en écriture, calom>: niés dans leur art. y i

El, d'autre part, la Cour de cassation, par Torgane du son procureur général et de son conseiller rapporteur, s'efforce de démontrer que tous les experts sont de*i &Des doublés de coquins. i

En effet, H. le procureurgénéral Manau donne clai-i rement à entendre, — ce que nous, les adversaires et les) contempteurs des experts en écriture, nous n'admet-^ tons pas, — que c'est sur la demande d'Ësterbazy et surj ses injonctions que les experts finirent par affirmer ie\ décalque du bordereau qui l'a sauvé. |

Je résume : •

Lajustice d'en bas venge et glorifie les experts eo: écriture. <

La jnstice d'en haut les conspue.

C'est ce qu'on peut appeler l'unité de la justice sous la République 1

IIl. — La Cour de Cassatioa va plus loin que Zola.

Ce n'est pas tout.

Zola a comparu devant les assises.

Lajustice d'en bas l'a flétri.

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Et le jury l'a condamné.

Gela fort justement, à mon avis, et je persiste à croire qa'il ne Ta pas volé.

Il pouvait et il devait, s'il avait été *un bon Français, soutenir la thèse très licite, très correcte, d'une • erreur judiciaire, sans aller jusqu'à proclamer le déshonneur des juges, dont la bonne foi, la sincérité, ne sont pas soupçonnables.

Or, voici que le conseiller-rapporteur Bard et le procureur général, — dans une forme dififérente, il est vrai, plus doucereuse, plus édulcorée, mais plus hypocrite et plus haineuse, — dressent un a Noua accusons » contre Farnaée et rétat-major, autrement grave, autrement odieux, que celui qui était intitulé : « J'accuse ».

La Cour de cassation est allée plus loin que Zola, à rencontre de nos institutions militaires.

De telle sorte que la justice d'en bas a frappé Zola, et que la justice d'en haut se fait un devoir dé poursuivre et de continuer, en la poussant à oujbrance, son œuvre immonde I

Et voilà comment fonctionne la justice en France sous la troisième république !

Une justice ainsi pratiquée, c'est de l'ordure.

Et ce vieux scélérat de Manau a un fier toupet, lorsqu'il vante « la justice de la république » et nous assure que €, toutes les nations ont L'œil sur elle afin de la prendre pour modèle ! »

C'est du propre !

Gassagnao, pour employer une expression aussi vulgaire que l'était sa façon d'argumenter, « ne se rétait pas foulée», en formulant ces réflexions.

Elles sont, ces réflexions, aussi incohérentes que les faits qu'elles prétendent opposer les uns aux autres.

La Cour de cassation — son nom seul suffirait à le rappeler à Cassagnac s'il l'avait oublié — est précisément instituée pour « casser » verdicts dejury et verdicts de conseils de guerre.

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Aussi bien, en ee qui concernait la justesse des accusations portées contre Picquart que la valeur du verdict du jury de la Seine, l'appréciation de la Cour de cassation était irrévocable.

Ayant mission de réparer les erreurs de la « justice d'en bas », la Cour suprême avait juridiction souveraine sur les divers rouages de cette justice.

Gassagnac pouvait traiter le procureur général Manau de «c vieux scélérat » et rire de « son fier toupet ».

11 faisait Teffet du « chien qui regarde un évoque ».

11 fournissait la note goguenarde, le lazzi de Gavroche, au milieu de la cacophonie que provoquaient les délibérations des magistrats, qui constituaient, eux, la plus haute expression de la conscience française. '

Le verbiage de Gassagnac ne faisait d'ailleurs pas grand mal : il n'en restait rien, une fois envolé l'éclat de rire qu'il avait soulevé.

L'historien Ta enregistré comme un symptôme : celui de « Timpulsivité » de Gassagnac.

Gassagnac avait été l'un des plus vaillants protagonistes de la vérité, au cours de luttes qui l'avaient rendu populaire, en même temps que sympathique aux défenseurs du droit.

Si rhistorien ne s'était livré à cet enregistrement, maint lecteur aurait pensé : « Et Gassagnac ! Quel rôle a-t-il joué au milieu du désarroi général des princes de la presse ? »

Hélas I ce rôle n'était pas brillant : sa Durandal s'était changée en batte I

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