SCÈNE ÏI
CLÉOPATRE, LAONIGE.
CLÉOPATRE
Laonice , voIs-tu que le peuple s'apprête Au ' pompeux appareil de cette grande fête?
LAONICE
La joie en est publique , et les princes tous deux
Des Syriens ravis emportent tous les vœux :
L'un et Tautre fait voir un mérite si rare ,
Que le souhait confus entre les deux s'égare;
Et ce qu'en quelques-uns on voit d'attachement
N'est qu'un faible ascendant d'un premier mouvement*.
Ils penchent d'un côté , prêts à tomber de l'autre,
Leur choix pour s'aflTermir attend encor le vôtre ,
Et de celui qu'ils font ils sont si peu Jaloux ,
Que votre secret su les réunira tous.
CLÉOPATRE
Sais-tu que mon secret n'est pas ce que l'on pense?
LAONlCE.
J'attends avec eux tous celui de leur naissance.
CLÉOPATRE
Pour un esprit de cour, et nourri chez les grands. Tes yeux dans leurs secrets sont bien peu pénétrants. Apprends, ma confidente, apprends à me connaître.
Si je cache en quel rang le ciel les a fait naître , Vois, vois que tant que l'ordre en demeure douteux. Aucun des deux ne règne , et Je règne pour eux : Quoique ce soit un bien que l'un et l'autre attende , De crainte de le perdre aucun ne le demande; Cependant Je possède, et leur droit Incertain Me laisse avec leur sort leur sceptre dans la main ' :
i Au, adj pour le pompeux , etc.
2 VoiCèndant d*un mouvement n'est pas une expression hou* reuse.
S u itf pouide demande un régime : jouir est neutre quelquefois ; postéder ne l'est pas : cependant je crois ane cette hardiesse eRt tres-permise et fait un bel effet. » (VoUaire.)