‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 19 sur 58 · U R0DD6UNE · texte numérisé non relu

U R0DD6UNE

Voilà mon grand secret. Sais-tu par quel mystère Je les laissais tous deux en dépôt chez mon frère?

LAONICB.

J'ai cru qu'Antioctius les tenait éloignés , Pour jouir des États qu'il avait regagnés.

CL^OPATRI!.

11 occupait leur trône, et craignait leur présence. Et cette juste crainte assurait ipa puissance. Mes ordres en ' étaient de point en point suivis, Quand je le menaçais du retour de mes fils ; Voyant ce foudre prêt à suivre ma colère. Quoi qu'il me plOt oser, il n'osait me déplaire ; Et content malgré lui du vain titre de roi, S'il régnait au lieu d'eu^, ce n'était que sous moi*

Je te dirai bien plus. Sans violence aucune J'aurais vu Nicanor épouser Bodogune , Si , content de lui plaire et de me dédaigner, Il eût vécu chez elle en ipe laissant régner. Son retour me fâchait plus que son hyménée, Et j'aurais pu l'aimer s'il ne l'eût couronnée. Tu vis comme il y fit des e0brts superflus :

Je fis beaucoup alors, et ferais encor plus S'il était quelque voie , infâme ou légitime , Que m'enseignât la gloire , ou que m'ouvrit le crime. Qui me pût conserver un bien que j'ai chéri Jusqu'à verser pour lui tout le sang d'un mari*. Dans l'état pitoyable où m'en réduit la suite ', Délice de mon cœur, U faut que je te quitte ^; On m'y force , il le faut : mais ou verra quel fruit ^ En recevra bientôt celle qui m'y réduit.

1 En , par lui , ptr Antiochas.

S « Ce pour lut g&te la phrase, aussi bien que le qm , qui. Ver* ser du sang pour un bien ! » (VoUaire.)

S « C'est la suile du sang qu'elle a versé : cela n'est pas net, et cei«n n'est pas heureusement placé.» (Voltaire.)

4 « Ce sont des expressions faites pour la tendresse, et non pour le trône. Un amour uu trône qui se tourne en haine pour Rodogune , et l'un qui est grand , Tantre cruelle ; tout cela n'est nullement dans la nature. » (Voltaire.)

SS M Ne faudrait-il pas expliquer comment elle est forcée à résigner la c(Vùronne, puisqu'elle vient de dire Qu'elle n'a rien à craindre , que le )>énl est passé ? ne devrait-elle pas dire seulement: on l'exige, je l'ûi promit?» (Voltain.)

ACrS41«^€fiNEIL le

L'amour que J'ai pour loi v^arm en haine pour elle : Autant que l'un fut grand l'autre sera cruelle >, Et puisqu'on te perdant j'ai sur qui me venger^ Ma perte est supportable , et mon mal est léger*

LAONIGE.

Quoi ! vous parlez encor de vengeance et de haine Pour celle dont vmif-méme ailes faire une reine !

GUiOPATRE.

Quoi ! je ferais un roi pour être son époux ,

Et m'exposer aux traits de son juste eourroux I

N'apprendras-tu jamais» âme basse et grossière',

A voir'par d'autres yeux que les yeux du vulgaire ?

Toi qui connais ce peuple , et sais qu'aux champs de Mars

Lâchement d'une femme il suit les étendards;

Que , sans Antiochus , Tryphon m'eût dépouillée ;

Que sous lui son ardeur fut soudain réveillée ';

Ne saurais-tu juger que si je nomme un roi ,

C'est pour le commander, et combattre pour moi ^?

J'en ai le choix en main avec le droit d'aînesse ,

Et puisqu'il en faut faire un aide à ma faiblesse,

Que la guerre sans lui ne peut se rallumer,

J'userai bien du droit que j'ai de le nommer.

On ne montera point au rang dont je dévale^ ,

i R La poésie n'admet guère ces Vun et Vautre. » (Voltairt.)

S « Ce n'est point cette conlldente qui est grossière : n'est-ce pas Cléopàire qui semble ie devenir en parlant a une dame de sa cour comme on parlerait à une servante dont l'imbécillité mettrait en colère ? et ici c'est une reine qui confie des crimes à une dame épouvantée de cette confidence inutile ; elle appelle cette dame grossière. En vérité, cela est dans )e goût de la comtesse d'Escar* bagnas, qui appelle sa femme de chambre bouvière. » ( Voltaire,)

1 « 11 semble que ce soit l'ardeur d'Antiochus ; il s'sgit de celle du peuple. Et qu^est-ce qu'une ardeur réveillée sous le peuple?» (Voltatre.)

4 « On commande une armée , on commande à une nation ; on ne commande point un homme , excepté lorsqu'à la guerre un homme est commandé par un autre pour être de tranchée , pour aller reconnaître, pour attaquer. Pour le commander et combeUlrg n'est pas français : elle veut dire pour que je lui Commande al

?u'il combatte pour moi. Ces deux pour toni un mauvais i VoUaire.)

tt « Dévaler était encore 4'usage du temps de Corneille. » (VoU' taire.) Il est f&chéùX qu'il ne le soit plus. 11 méritait dwe conservé difls le «tylé noble. C'est âtàlk «(ei Itii * fait terl IkMktt

Qu'en épousant ma haine au lieu de ma rivale :

Ce n'est qu'en me vengeant qu'on me le peut ravir ' ;

Et je ferai régner qui me voudra servir.

LAONICE

Je vous coimaissais maP.

CLÉOPATRE

Connais-moi tout entière.

Quand je mis Rodogune en tes mains prisonnière, Ce ne fut ni pitié ni respect de son rang. Qui m'arrêta le bras et conserva son sang.

La mort d'Antiochus me laissait sans armée , Et d^une troupe en hâte à me suivre animée.

Beaucoup dans ma vengeance ayant fini leurs jours ^ M'exposaient à son frère, et faible et sans secours ^ Je me voyais perdue à moins d'un tel otage :

Il vint, et sa fureur craignit pour ce cher gage^; ]i m'imposa des lois, exigea des serments.

Et moi j'accordai tout pour obtenir du temps. Le temps est un trésor plus grand qu'on ne peut croire : J'en obtins , et je crus obtenir la victoire*.

qui se rattache à la même soacbe, a été employé par Racine (Bntann., act. III, se. iv) :

Quoi 1 ta ne Toii donc pai Jniqa'où Ton me rarale ,

Albine*

i « Ce ^e se rapporte au rang , qui est trop loin. » (Voltaire.) S « Ce mot devrait, ce semble, (aire rentrer Cléopàtre en ellemême , et lui faire sentir quelle imprudence elle commet d'ouvrir sans raison une àme si noire à une personne qui en est effrayée. » (Voltaire.)

S « Phrase obscure et qui n'est pas française ; on ne sait si sa vengeance lea a fait périr, ou s'ils sont morts en voulant la venger ; et beaucoup d'un« troupe n'est pas français.» (Foltatre.) Ajoutons que des morts n'ont plus de responsabilité, et que c'est mal présenter l'idée que de leur attribuer ie danger que courait la reine par le petit nombre de ceux qui avaient survécu.

4 « Quel était ce frère ? on ne l'a point dit. Voilh, je crois, bien des fautes , et cependant le caractère de Cléopàtre est imposant et exdte on très-srand intérêt de curiosité : le spectateur est comme la confidente ; u apprend de moment en moment des cbosea dont il attend la suite. » (Voltaire.)

5 Ce cher gage, Rodogune.

6 Ces vers 8unt bien frappés et dignes de Corneille.

Le tempi est na trésor pltu grmnd qu'on ne peot croire

méhlQ de passer en proverbe. Franklin a dit exoellemmeot : « Le

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