‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 20 sur 58 · CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, SÉLEUCUS, LAONICE · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, SÉLEUCUS, LAONICE

CLÉOPATRE

Mes enfants, prenez place. Enfin voici le Jour

Si doux à mes souhaits , si cher à mon amour,

Où je puis voir briller sur une de vos têtes

(]e que J*ai conservé parmi tant de tempêtes ,

Et vous remettre un bien, après tant de malheurs.

Qui m'a coûté pour vous tant de soins et de pleurs'.

Il peut vous souvenir quelles furent mes larmes

Quand Tryphon me donna de si rudes alarmes ,

Que pour ne vous pas voir exposés à ses coups ,

Il fallut me résoudre à me priver de vous.

Quelles peines depuis , grands dieux ! n'al-je souffertes !

Chaque jour redoubla mes douleurs et mes pertes.

Je vis votre royaume entre ces murs réduit ,

Je crus mort votre père , et sur un si faux bruit

Le peuple mutiné voulut avoir un maître.

J'eus beau le nommer lâche , ingrat, paijure, traître,

11 fallut satisfaire à son brutal désir.

Et de peur qu'il en prit , il m'en fallut choisir K .

temps est fétoffede la vie.» Aumï ne saumu-on trop réprimer les paresseux qui perdent le leur, et les importuna qui volent celui des autres.

1 Oti, par lequel.

S II faut remarq^uer dans celte I>el1e période l'ordre des pensées, qui tient le sens général en suspens par des inversions poétiques. C'est un des secrets trop oubliés de l'art de Corneille. Voluire et se« disciples, en négligeant l'inversion , ont trop suuvent fait de la prose sans le savoir. Il ne sttflit pas d'écrire ett vers pour être poète.

3 « il faut, dans la rigueur, de peur qu'il nen prit un , parce

Pour TOUS sauver TÉUt que n'eussé-je pu faire!

Je choisis an éptmx avec des yeux de mère ,

Votre oncle AntîOchns, et j'espérai qu'en lui

Votre trône tombant trouverait un appui -

Mais à peine son bf as en relève la chute ,

Que par lui de nouveau le sort me persécute * ;

Maître de votre État par sa valeur sauvé,

11 s'obstine à remplir ce trône relevé :

Qui lui parle de vous attire Sa menace.

11 n'a défait Tryphon que pour prendre sa place,

Et de^éiposiuire et de libérateur,

11 s'érige en tyrari et lâche usurpateur.

Sa main l'en a puni : pardonnons à son ombre ;

Aussi bien en un seul votel des* maux sans nombre.

Nicanor votre père , et mon premier époux...

Mais pourquoi lui donner encore un nom si doux. Puisque , l'ayant cru mort , il sembla ne revivre Que pour s'en dépouiller afin de nous poursuivre? Passons ; je ne me puis souvenir sans trembler Du coup dont j'empôcliai quMl nous pût accabler' : Je ne sais s*il est digne ou d'honneur ou d'estime , S'il plut aux dieux ou non, s'il fut justice ou crime. Mais soit crime ou justice , il est certain , mes fils. Que mon amour pour vous fit tout ce que je fis : Ni celui des grandeurs , ni celui de la vie Me )eta dans mon cœur cette aveugle furie.

qu'il s'agit ici d'un i^l , et iron pasâ^n fiotn générique.» (Vàlktirê.} Voltaire exprime ici an scrapulede puriste qui aurait détroit un beau vers, concis sans. obscurité.

1 « On ne relève point une chute* ; on relève un trône tombé. Le reste du discours de Cléopâire est trèa-artiticienx et plein de grandeur. Il semble que Ilacine l'ait pris en quelque sorte pour modèle du gi'and discours d')lgrippine à Héron ; mais la situation de Cleopâtre est bien plus frappante que celle d'Agrippine ; l'intérêt est MSuoDupplas grand, et la scène bien aairement intéressante. » (Voltaire!)

S « Il semble, par cette phrase, que Cléopâtre trembla du coup que voulait porter Nicanor, et qu'elle Tempècha de porter ce coup .elle veut dire le contraire. » (VoUaire.) Elle le dit dans la langue du siècle de Corneille, ok dont était l'équtvalent de par lequel. Les exemples «dwodeni ches nos grands écrivains.

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