‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 21 sur 58 · ACTE II, SCI^E III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCI^E III

J'étais lasse d'un ttôiie où d'éternels malheurs Me comblaient chaque jour de nouvelles douleurs. Ma vie est presque usée , et ce reste inutile Chez mon frère avec vous trouvait un sûr asile : Mais voir, après douze ans et de soins et de maux , Un père vous ôter le fruit de mes travaux !

Mais voir votre couronne après lui destinée Atix enfants qui naîtraient d'un second hyménée! A cette indignité je ne connus plus rien , Je me crus tout permis pour garder votre bien. Recevez donc , mes fils, de la main d'une mère , Un trône racheté par le malheur d'un père.

Je crus qu'il fit iui-méme un crime en vous l'ôtant, Et si j*en ai fait un en vous le rachetant , Daigne du juste ciel la bonté souveraine , Vous en laissant le fruit, m'en réserver la peine, Ne lancer que sur moi les foudres mérités.

Et n*épandre sur vous que des prospérités < !

ANTIOGHCS.

Jusques ici , madame , aucun ne met en doute '

Les longs et grands travaux que notre amour vous coûte ,

Et nous croyons tenir des soins de cet amour

Ce doux espoir du trône aussi bien que le jour ' ;

Le récit nous en charme , et nous fait mieux comprendre

1 Ce discours de Rodo^une est nn des plus magiiifiques mofceanx que Corneille ait écrits.

S « Ce discours d'Antiochus est d'une bienséance gui lui gagne tous les cœurs. — S'il y a notre amour (toutes les éditions le portent), c'est un barbarisme: notre amour ne peut jamais signifier Tamour que vous avez pour nous ; s'il y Sivotre arriour, il peut signifier l'amour de Cléopâtre pour ses enfants. » (Voltaire.) Il y a notre amour, et ce n'est pas on barbarisme. JVo^re amour peut signifier également Tamour que vous avez pour nous, ou l'amour que nous avons pour vous» Ici c'est le premier sens aue l'idée met en lumière sous l'amphibologie du mot. Si c'est une laute. Racine l'a également commise en disant ÇAndrom., act. I , se. iv) :

Eit-«6 mon intérât qai le r«&d criminel ?

L'intérêt que je lui porte. De même pour ce vers du Cid :

HélM I ton intérAt ici me désetpère.

Ghiraène, parlant à Rodrigue , entend, par ton intérêt , l'inléréi que je te porte.

3 « Un doux espoir du trôoe qu'on tient du soin d'un amour ! » (Voltaire)

Quelles grâces tous deux nous vous en devons rendre :

Mais , afin qu'à jamais nous les puissions bénir,

Épargnez le dernier à notre souvenir;

Ce sont fatalités dont ' Tâine embarrassée

A plus qu'elle ne veut se voit souvent forcée.

Sur les noires couleurs d'un si triste tableau

Il faut passer l'éponge , ou tirer le rideau ' :

Un fils est criminel quand il les examine ;

Et quelque suite enfin que le ciel y destine.

J'en rejette l'idée, et crois qu'en ces malheurs

Le silence ou l'oubli nous sied mieux que les pleurs.

Nous attendons le sceptre avec même espérance.

Mais si nous l'attendons, c'est sans impatience;

Nous pouvons sans régner vivre tous deux contents;

C'est le fruit de vos soins , jouissez-en longtemps :

Il tombera sur nous quand vous en serez lasse ,

Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce,

Et l'accepter sitôt semble nous reprocher

De n'être revenus que pour vous l'arracher.

SÉLEUGUS.

J'ajouterai, madame, à ce qu'a dit mon frère Que bien qu'avec plaisir et l'un et l'autre espère. L'ambition n'est pas notre plus grand désira Régnez , nous le verrons tous deux avec plaisir. Et c'est bien la raison que pour tant de puissance Nous vous rendions du moins un peu d'obéissance * , Et que celui de nous dont le ciel a fait choix Sous votre illustre exemple apprenne l'art des rois.

CLÉOPATRE

Dites tout, mes enfants : vous fuyez la couronne,

1 Dont , par lesquelles.

S u On sent assez que cette alternative d*épotige et de rideau fai*. un mauvais effet : il ne faut employer raUernative que quand on propose le choix de deux partis, mais on ne propose point, en pariant à sa rcini; et à sa mère , le choix de deux expressions. De plus, ces expressions un peu triviales ne sont pas dignes du style tragique. Il en faut dire autant de la suite que le ciel destine à ces noires couleurs. » (Voltaire.)

5 « L'ambition est une passion, et non un désir. » {Voltaire. )

4* « Cest bien la raison, est du style de la comédie. Pour iant de jiuissance ne forme pas un sens net : est-ce pour la puissance dn la reine ? est-ce pour la puissance de ses enfants , qui n'en ont aucune ? ebl-ce pour celle qu'aura l'un d'eux ? » ( Voltaire.)

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