‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 30 sur 58 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Quoi ! je pourrais descendre à ce lâelie artifice D'aller de mes amants mendier le service, Et , sous rindigne appât d'un coup d'œil affété , JMrais jusqu'en leur coeur chercher ma sûreté 1 Celles de ma naissance ont horreuc des bassesses, Leur sang tout généreux haii ces molles adresses. Quel que soit le secours qu'ils me puissent offrir, Je croirai faire assez de le daigner souffrir : Je verrai leur amour, j'éprouverai sa force.

Sans flatter leurs désirs , sans leur jeter d'amorce, ^t s'il est assez fort pour nie servir d'apptd « Je le ferai régner, mais en régnant sur lui.

Sentiments étouffés de colère et de haine , Rallumez vos flambeaux à celles de la r«ine ', Et d'un oubli contraint rompez la dure loi , Pour rendre enfin justice aux mânes d'un grand roi ;

g apportez à mes yeux son image sanglante , 'amour et de fureur encore étincelante.

Telle que je le vis, quand tout percé de coups Il me cria : « Vengeance l Adieu ; je meurs pour vous 1 » Chère ombre, hélas! bien loin de l'avoir poursuivie. J'allais baiser la main qui t'arracha la vie , Rendre un respect de fille à qui versa (on sang : Mais pardQOpe au devoir que m'Impose mon rang :

1 J^u d'esprit dans le goût italien.

S « Des sentiments qui rallument des flambeaux à la haine de la reine, et qui rompent la loi dure d'un oubli contraint pour rmdr^ justice, ce sont des parole» qui ne forment point un dens net; c'est an style aus»i obscur qu'emphatique; et on doit d'autant plus le remarquer, que plus d-un auteur a imité ces fautes. » ( Voltatre.)

Plus la haute naissance approche des couronnes. Plus cette grandeur même asservit nos personnes ; Nous n'avons point de cœur pour aimer ni haïr *, Toutes nos passions ne savent qu'obéir'.

Après avoir armé pour venger cet outrage.

D'une paix mal conçue on m'a faite le gage Et moi , fermant les yeux sur ce noir attentat, Je suivais mon destin en victime d'État :

Btais aujourd'hui qu'on voit cette main parricide, Des restes de ta vie insolemment avide.

Vouloir encor percer ce sein infortuné, Pour y chercher le cœur que tu m'avais donné*. De la paix qu'elle rompt je ne suis plus le gage; Je brise avec honneur mon illustre esclavage^ J*ose reprendre un cœur pour aimer et haïr, Et ce n'est plus qu'à toi que je veux obéir.

Le consentiras-tu cet effort sur malBamme ^, Toi, son vivant portrait, que j'adore dans l'âme. Cher prince, dont je n'ose en mes plus doux souhaits Fier encor le nom aux murs de ce pMais?

Je sais quelles seront tes douleurs et tes craintes ; Je vois déjà tes maux , j'entends déjà tes plaintes,

1 « Ici , elle n'a point de cœur pour aimer ni haïr ; et, dans le même monologue, elle reprend un cœur pour aimer et haïr : ces antithèses, ces jeux de vers ne sont plus permis. » (Voltaire.)

S Hermione (Androm., act. III , se. n) exprime plus élégamment la même idée :

L**m<rar ne réfUpu le sert d'ntie prineegn , La gloire d'obéir est tout ce qu'on noua laiste.

S Ainsi , le cœur de Nicanor était matériellement enfermé dans le sein de Rodogune ! Etrange idée , qui se rattache à une méta-

f>hore prise au sens propre. Les amants ont de tout temps donné eur cœur, au figuré : mais Guillaume de Lorris , Charles d'Orléans ei leurs imuateurs l'ont livré et même emprisonné matériellement, f>ous clef, et dans la cassette du dieu d'amour. La tradition du Roman de la Rose, conservée par les précieuses , avait donc infecté jusqu'à Corneille.

4 « Consentir à, et non consentir le : ce verbe gouverne toujoura le datif, exprimé chez nous par la préposition à. Il est vrai qu'au barreau on viole celte règle ; mais le style du barreau est celui des barbarismes. » ( Voltaire.) Voltaire suppose, par anticipation , une règle qui n'existait pas encore. En retrouvant cette expression dans la langue du barreau, il aurait dû soupçonner qu'elle n'était qu'un archaïsme, et non un barbarisme.

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