‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 33 sur 58 · ACTE ni, SCÈNE lY · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCÈNE lY

De votre ambition et de votre espérance,

Et j'en recevrais (*offre avec quelque plaisir,

Si celles de mon rang avaient (ji oit de ciioisir.

Gomme sans leur avi$ les rois disposent d'elles

Pour affermir leur trône ou finir leurs querellas,

Le destin des Etats est arbitre du leur,

Et Tordre des traités règle tout dans leur cœur.

C'est lui que suit le mien , et non pas la couronne ;

J'aimerai l'un de vous, parce qu'il nie rordpnnç;

Du secret révélé j'en prendrai le pouvoir ' ,

Et mon amour pour naître attendra mon devpir.

N'attendez rien de plus , ou votre attente est vain.c.

Le choix que vous m'offrez appartient à la reine ;

J'entreprendrais sur elle à l*acpep^er de vous.

Peut-être on vous a tû jusqu'où va son courroux:

Mais Je dois par épreuve assez bien le connaître

Pour fuir l'occasion de le faire renaître.

Que n'en ai-je souffert, et que n'a-t^elle osé!

Je veux croire avec vous que tout est f^paisé ;

Mais craignez avec n|oi que ce choix ne ranime

Cette haine mourante à quelque nouveau crime ' :

Pardonnez-moi ce mot qui viole un oubli

Que la paix entre nous doit avoir établi.

Le feu qui semble éteint souvept dort sous la cendre ? ',

Qui l'ose réveiller pput s'en laisser surprendre ,

Et je mériterais qu'il me pût consumer.

Si je lui fournissais de quoi se rallnmer.

SÉLEUCOS.

Pouvez-vous redouter sa haine renaissante , S'il est en votre main de la rendre impuissaotQ? Faites un roi , madame, et régnez avec lui ; Son courroux désarmé demeure' sans appui, Ef toutes ses fureurs sans effet rallumées Ne pousseront en l'air que de vaines fumées.

Mais a-t-elle intérêt au choix que vous ferpz ,

f «Je prendrai du iecret révélé le poucotr de vow aimer : cela n'est pas français ; j^en prendrai est obscur.» (Voltairt.)

2 «Banime ne peut gouverner lo datif; c^est un solécisme.» (Voltaire.) Ce n'est pas un solécisme, mais un iatiDisme élégant et vi f : Suêcitat ad soelus,

S « Suppo«itoB ignei eineri doloao. » (Horace.)

56 RODGGUNE.'

Pour en craindre les maux que ¥Ous tous figurez? La couronne est à nous , et sans lui faire injure , Sans manquer de respect aux droits de la nature, Cliacun de nous à l'autre en peut céder sa part. Et rendre à votre choix ce qu'il doit au hasard. Qu'un si faible scrupule en notre faveur cesse : Votre inclination vaut bien un droit d'aînesse , Dont * TOUS seriez traitée avec trop de rigueur. S'il se trouvait contraire aux vœux de votre cœur. On vous applaudirait quand vous seriez à plaindre ; Pour vous faire régner ce serait vous contraindre , Vous donner la couronne en vous tyrannisant , Et verser du poison sur ce noble présent.

Au nom de ce beau feu qui tous deux nous consume. Princesse , à notre espoir ôtez cette amertume , Et permettez que l'heur qui suivra votre époux' Se puisse redoubler à le tenir de vous '.

Ce beau feu vous aveugle autant comme * il vous brûle , Et tâchant d'avancer, son effort vous recule. Vous croyez que ce choix que l'un et l'autre attend Pourra faire un heureux sans faire un méiiontent ; Et moi , quelque vertu que votre cœur prépare * , Je crains d'en faire deux si le mien se déclare : Non que de l'un et l'autre il dédaigne les vœux ; Je tiendrais à bonheur d'être à l'un de vous deux , Mais souffrez que je suive enfin ce qu'on m'ordonne : Je me mettrai trop haut s'il faut que je me donne ; Quoique aisément je cède aux ordres de mon roi ,

1 Dont, par lequel.

i mUn heur qui suit un ipoux et qui redoublé à le tenir ! tout cela est impropre, et n'est ni bien construii, ni français; ce sont aniant de barbarismes. » {Voltaire.)

3 w C'est encore un barbarisme.- un heur qui redouble à le tefitr/il semble que ce soit cet heur qui tienne.» (Voltaire.) Ce» remarques sont fastidieuses, et l'obstination de Voltaire à voir des barbarismes tontes les fois qu'il rencontre la préposition à dans un sens qui l'étonnc, et qui n'en est pas moins légitime, dégénère en manie. Corneille ppuTsit-il prévoir les scrupules des grammairiens qui l'ont suivi ?

4 Autant comme ne se dit plus, et c'est dommage.

tf « Cela ne parait pas bien dit; on ne prépare pas une vertu comme on prépare une réponse, un dessein, une action, un discours , etc. » ( Voltaire.)

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