ACTE m» SCÈNE IV
Il n'est pas bien aisé de m'oblenir de moi.
Savez-vous quels devoirs , quels travaux , quels services ,
Voudront de mon orgueil exiger les caprices *?
Par quels degrés de gloire on me peut mériter 'î
En quels affreux périls il fau'dra vous jeter?
Ce cœur vous est acquis après le diadème ,
Princes , mais gardez-vous de le rendre à lui-môme.
Vous y renoncerez peut-être pour jamais
Quand je vous aurai dit à quel prix je le mets.
SÉLEUCUS
Quels seront Tes devoirs, quels travaux , quels services Dont nous ne vous fassions d'amoureux sacrifices? Et quels affreux périls pourrons-nous'redouter, Si c'est par ces degrés qu'on peut vous mériter?
ANTIOCBDS.
Princesse, ouvrez ce cœur, et jugez mieux du nôtre; Jugez mieux du beau feu qui brûle l'un et l'autre, Et dites hautement à quel prix votre choix Veut faire l'un de nous le plus heureux des rois.
Princes, le youlez-vous?
AN7I0CHDS.
C'est notre unique envie.
Je verrai cette ardeur d'un repentir suivie.
* SÉLEUGUS.
Avant ce repentir tous deux nous périrons.
Enfin Vous le voulez ?
SÉLEUGUS.
Nous vous en conjurons.
RODOGDNE.
Eh bien donc I il est temps de me faire connaître. J'obéis à mon roi , puisqu'un de vous doit l'être, Mais quand j'aurai parlé , si vous vous en plaignez , J'atteste tous les dieux que vous m'y contraignez , Et que c'est malgré moi qu'à moi-même rendue
1 « 11 est bien étrange qu'elle se çerve de ce mot, et qu'elle appelle caprice l'abomlnaole proposition qu'elle va faire.» ( Voltair§.)
S «( Elle appelle un parricide degré de gloire. Si elle parle sérieusement, elle dit une chose aussi affreuse que fausse; si c'est ttoe ironie, c'est joindre le comique à l'horreur. » (Voltaire.)
J'écoute une chaleur qui m'était défendue < ; Qu'un ^voir rappelé me rend un souvenir Que îa foi des traités ne doit plus retenir.
Tremblez, princes, tremblez au nom de votre père : Il est mort, et pour moi, par les mains d'une mère. Je l'avais oublié , sujette à d'autres lois ; Mais libre 4 jei lui rends enfin ce que je dois. C'est à vous de choisir mon amour ou ma haine. J'aime les fils du roi , je hais ceux de la reine : Réglez-vous là- dessus; et sans plus me presser, Voyez auquel des deux vous voulez renoncer.
Il faut prendre parti , mon choix suivra le vôtre : Je respecte autant l'un que je déteste l'autre. Mais ce que j'aime en vous du sang de ce grand roi , S'il n'est digne de lui , n'est pas digne de moi. Ce sang que vous portez ^ ce trône qu'il vous laisse ' , Valent bien que pour lui votre cœur s'intéresse. Votre gloire le veut, l'amour vous le prescrit. Qui peut contre elle et lui soulever votre esprit ^7 Si vous leur préférez une mère cruelle , Soyez cruels. Ingrats, parricides comme elle : Vous devez la punir, si vous la condamnez , Vous devez l'imiter, si vous la soutenez.
Quoi! cette ardeur s'éteint! l'un et l'autre soupire! J'avais su le prévoir^ j'avais su le prédire.*.
AMTIOCHUS.
Princesse...
Il n'est plus temps , le mot en est lâché :
Quand j*ai voulu me taire, en vain je l'ai tâché. Appelez ce devoir haine ^ rigueur, colère ; Pour gagner Rodogune il faut venger un père; Je me donne à ee prix j osez me mériter,
1 « Une chaleur défendue , un devoir qui rend un touvenir, un souvenir que lee traités ne peuvent retenir, font un amas de termes impropres et une construction trop vicieuse. » ^Voltaire.)
2 « On ne porté point un sang : il était aisé de dire : ce sang qui coule en vous, ou le sang dont vous sortez. » {Voltaire.)
S « Le sens est loucbe : contre elle signifie contre votre gloire , et lui signifie votre amour ; c'est là le sens ; mais il faut le cher cher, ia clarté est la première loi de l'art d'écrire ; et puis cornmeut l'esprit de ces princes peut-il être soulevé contre leur gloire ? est-ce parce qu'ils s'effrayent d'un parricide ? » ( YolUùre,)