ACTE IV4 SÇl^ m
Si sa beauté dès lors n'eût allumé nos feux ,
Le deToir auprès d'elle eût attaché nos tœux-
Le désii de récrier eût fait la même chose ,
Et dans Tordre des lois que la paix nous impose ,
Nous devions aspirer à sa possession
Par amour , par devoir , ou par ambition.'
Nous avons donc aimé , nous avons cru vous plaire ;
Chacun de nous n'a craint que le bonheur d'un frère.
Et cette crainte enfin cédant à l'ainitiè.
J'implore pour tous deux un moment de pitié.
Avons-nous dû prévoir cette haine cachée.
Que la foi des traités n'avait point arrachée » ?
Non , mais vous avez dû garder le souvenir
Des hontes que pour vous j'avais su prévenir *,
Et de l'indigne état où votre Rodogune
Sans moi , sans mon courage , eût mis Votre /"ôf tune.
Je croyais que vos cœiirs , sensibles à ses coups ,
En sauraient conserver un généreux courroux ,
Et je le retenais avec ma douceur feîiite ,
Afin que , grossissant sous un peu de contrainte ,
Ce torrent de colère et de resseritiment
Fût plus impétueux en son débordement;
Je fais plus maintenant , Je presse , sollicité ,
Je commande, menace , et rien ne vous irrite.
Le sceptre , dont ma main vous doit récoinpenser ,
N'a point de quoi vous faire un moment balancer,
Vous ne considérez ni lui ni mon injure ,
L'amour étouffe en vous la voix dé la nature :
Et je pourrais aimer des fils dénaturés!
quelque antre : cette idée si naturelle oe se présente pas sealement à lui ; c'était la seule qui pût inspirer de la terr.ear et de la , pitié, et c'est la seule qui ne vienne pas dans la tête d^Àutiucbus ;. il s'amuse à dire inutilement que les deux frères devaient aimèf Rodogune ; il veut le prouver en forme ; il parle de l'ordre det Ms.* (Voltaire.)
1 « Ce verbe arracher exige une préposiliou et an aabsttntif : on arrache la haine du cœur. » ( Voltaire.)
2 u La honte n'a point de pluriel, du moins dans le style noble.» (Voltaire.) Le contraire serait pitts près de la vorité. La langue poétique peu( fort bien admettre i«< hontes pour les choses boit'^ teuées^lés'affrotits.
ANTIOCHUS
La nature et l'amour ont leurs droits séparés ; L'un n*ôle point à l'autre une âme qu'il possède.
CLÉOPATRE
Non, non , où l'an^our règne ii faut que l'autre cède.
ANTIOCHUS
Leurs charmes à nos cœurs sont également doux. Nous périrons tous deux s'il faut périr pour voiis; Mais aussi...
CLÉOPATRE
Poursuivez, fils ingrat et rebelle.
ANTIOCHUS
Nous périrons tous deux s'il faut périr pour elle.
CLÉOPATRE
Périssez , périssez ! votre rébellion
Mérite plus d'horreur que de compassion.
Mes yeux sauront le voir • sans verser une larme ,
Sans regarder en vous que l'objet qui vous charme ;
Et je triompherai, voyant périr mes fils,
De ses adorateurs et de mes ennemis.
ANTIOCHUS
Eh bien! triomphez-en , que rien ne vous retienne :
Votre main Iremble-t-elle ? y vouJez-vous la mienne^?
Madame, commandez, je suis prêt d'obéir,
Je percerai ce cœMr qui vous ose trahir :
Heureux si par ma mort je puis vous satisfaire ,
Et noyer dans mon sang toute votre colèj-e î
Mais si la dureté de votre aversion
Nomme encor notre amour une rébellion ,
Du moins souvenez-vous qu'elle n'a pris pour armes
Que de faibles soupirs et d'impuissantes larmes.
CLÉOPATRE
Ah! que n*a-t-cllc pris et la tlamme et le fer! Que bien plus aisément j'en saurais triompher : Vos larmes dans mon cœur ont trop d'intelligence. Elles ont presque éteint celte ardeur de vengeance. Jo ne puis refuser des soupirs à vos pleurs,
1 Le voir, voir cela, c'esl-à-dire que vou^ périssiez.
S « Cet V ne se rapporte à rien.» (Voltaire.) Oui , grunimaticahmiiMii; niais, logiquement, il se rapporte au meurtre que désire CléopairCé