ACTE V, SCÈNE IV
D^à tout égarés , troubles et furieux , Cette affreuse sueur qui court sur son visage , Cette gorge qui s*enfle. Ah ! bons dieux ! quelle rageJ Pour vous perdre après elle , elle a voulu périr. . AUTiocum y {rendant la coupe à Laonice ou à quelque autre, ) N'importe , elle est ma mère, il faut la secourir.
CLÉOPATRE
Va , tu me veux en vain rappeler à la vie :
Afa haine est trop fidèle , et m*a trop bien servie : elle a paru trop t6t pour te perdre avec moi ; u est le seul déplaisir qu'en mourant je reçoi : Mais j'ai cette douceur dedans celle disgrâce De ne voir point régner ma rivale en ma place'.
Règne; de crime en crime enfin te voilà roi.
Je t'ai défait d'un père , et d'un frère, et de moi : Puisse le ciel tous deux vous prendre pour viclimes^ Et laisser choir sur vous les peines de mes crimes ! Puissiez-vous ne trouver dedans votre union Qu'horreur, que jalousie, et que confusion!
Et, pour vous souhaiter tous les malheurs ensemble, Puisse naître de vous un fils qui me ressemble M
ANTIOCHUS
Ah! vivez pour changer cette haine en amour.
CLÉOPATRE
Je maudirais les dieux s'ils me rendaient le jour. Qu'on m'emporte d'ici : je me meurs, Laonice ,
i u Après ces vers , Corneille en avait ajouié liuit autres qai ne se trouvent aujourd'hui dans aucune édition connue ; les voici :
J« n'aimai* que le tr6n« . et de son droit douteox J'espérais faire un don fatal à tous les deux. Détruire l'un par l'autre . et régner en Syrie Plutôt par Tos fureurs que par ma barbarie.
Sélenctts , avee toi trop fnrtenient uni .
Me m'a point écoutée . et Jo l'en ai puni.
J'ai cru par le poison en faire autant du reste ; Mais sa force trop prompte k moi seule est ftaneste. Rèipie ; de crime , etc.
Coroeille supprima ces vers avec grande raison : une femme empoisonnée et mourante n'a pas le temps d'entrer dans ces détails, et une femme aussi fot'cenee que Cléop&ire ne rend point compta ainsi à ses ennemis. » (Voltaire.)
S Les imprécations d'Athalie paraissent un écho de celles-ci : le modèle ei l*imiuiioo sont également admirables.
Si tu veux m'obliger par un dernier amice y Après les yûns efforts de mes inimitiés , Sauye-moi de l'affront de tomber à leurs pieds.
( Elu M'en va, et Laonice Iwi aide à m«rcfc«r. )