‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 57 sur 58 · ORONTE · texte numérisé non relu

ORONTE

Dans les justes rigueurs d'un sort si déplorable, Seigneur , le Juste ciel TOiis est l»ieB favocable :. Il vous a préservé, sur le point de périr.

Du danger le plus grand que vous puissiei oourir^ Et par un digne eJfet de ses faveurs puissantes ,. La coupable est punie, et vos mains innecentes*

AUTiOCHQS.

Oronte, je ne sais, dans son funeste sert.

Qui m'aflQige le plus ^ ou sa vie , ou sa mort ;

L'une et l'autre a pour moi des malheurs sans ex

Plaignez mon infortune. Et vous, allei au temple

Y changer l'allégresse en un deuil sans pareil,

La pompe nuptiale en funèbre appareil ,

Et nous verrons après , par d'autres sacrifices ,

Si les dieux voudront être à nos vœux plus propices»

FIN DB RODOGUNB.

Le sujet de cette tragédie est tiré d'Appian Alexandrin , dont voici les paroles, sur la fin du livre qu'il a fait des Guerres de Syrie: « Démétrius, surnommé Nicanor, entreprit la guerre contre les Parthes, et vécut quelque temps prisonnier dans la cour de leur roi Phraates, dont il épousa la sœur , nommée Rodogune. Cependant Diodotus, domestique des rois précédents, s'empara du trône de Syrie , et y fit asseoir un Alexandre, encore enfant, fils d'Alexandre le Bâtard et d'une fille de Ptolomée. Ayant gouverné quelque temps comme tuteur sous le nom de ce pupille , il s'en défit, et prit lui-même la couronne sous un nouveau nom de Tryphon qu'il se donna. Antiochus , frère du roi prisonnier, ayant appris sa captivité à Rhodes, et les troubles qui l'avaient suivie, revint dans la Syrie, où, ayant défait Tryphon, il le fit mourir. De là, il porta ses armes contre Phraates, et, vaincu dans une bataille, il se tua lui-même. Démétrius, retournant en son royaume, fut tué par sa femme Cléopâtre, qui lui dressa des embûches sur le chemin , en haine de cette Rodogune qu'il avait épousée , dont elle avait conçu une telle indignation , qu'elle avait épousé ce même Amtiochus , frère de son mari. Ella ayait deux fils de Qémétnug, dont. elle tuaSéleucua l'aîné, d'un coup de* flèche , sitèl qtt'il eut pris le dtadèDae après la mort? de

96 ËXâMEN de RODOGUNE.

son père, soit qu*elle craignit qu'il ne la voulût venger sur elle , soit que la même fureur remportât à ce nouveau parricide. Antiochus son frère lui succéda , et contraignit cette mère dénaturée de prendre le poison qu'elle lui avait préparé. »

Justin, en son trente-sixième, trente-huitième et trente-neuvième livre, raconte cette histoire plus au long, avec quelques autres circonstances. Le premier des Machabées, et Josèphe , au treizième des AntiqmUs judaïques, en disent aussi quelque chose qui ne s'accorde pas tout à fait avec Appian. C'est à lui que je me suis attaché pour la narration que j'ai mise au premier acte, et pour l'effet du cinquième, que j'ai adouci du côté d'Antiochus. J'en ai dit la raison ailleurs*. Le reste sont des épisodes d'invention , qui ne sont pas incompatibles avec l'histoire, puisqu'elle ne dit point ce que devint Rodogune après la mort de Démétrius, qui vraisemblablement l'amenait en Syrie prendre possession de sa couronne. J'ai fait porter à la pièce le nom de celte princesse plutôt que celui de Cléopâtre , que je n'ai même osé nommer dans mes vers, de peur qu'on ne confondît cette reine de Syrie avec cette fameuse princesse d'Egypte qui portait le même nom, et que l'idée de celle-ci, beaucoup plus connue que l'autre» ne semât une dangereuse préoccupation parmi les auditeurs.

On m'a souvent fait une question à la cour : quel

I Dans le second diseowrt sur la tragéditf ▼oici le passage : « Si j'eusse fait vuir celle aclîon sans y rien changer, c'eût été punir un parricide par un autre parricide; on eût pris aversion pour Antiochus, et il a été bien plus doux de faire qu'elle-même, ▼oyant que sa haine et sa noire perfidie allaient être découvertes , s'empoisonne dans soa désespoir, à dessein d'envelopper cet deux «mants dans sa perte ^ en lear dtant tout sujet de défUnoe. »

itait celui de mes poèmes que j'estimais le plus; et 'ai trouvé tous ceux qui me l'ont faite si prévenus en faveur de Cinna ou du Cid, que je n'ai jamais osé déclarer toute la tendresse que j'ai toujours eue pour celui-ci, à qui j'aurais volontiers donné mou suffrage, si je n'avais craint de manquer, en quelque sorte, au respect que je devais à ceux que je voyais pencher d'un autre côté. Cette préférence est peut-être en moi un effet de ces inclinations aveugles qu'ont beaucoup de pères pour quelques-uns de leurs enfants plus que pour les autres ; peut-être y entre-t-il un peu d'amourpropre, en ce que cette tragédie me semble être un peu plus à moi que celles qui l'ont précédée, à cause des incidents surprenants qui sont purement de mon invention , et n'avaient jamais été vus au théâtre ; et peut-être enfin y a-t-il un peu de vrai mérite qui fait que cette inclination n'est pas tout à fait injuste. Je veux bien laisser chacun en liberté de ses sentiments ; mais certainement ou peut dire que mes autres pièces ont peu d'avantages qui ne se rencontrent en celle-ci: elle a tout ensemble la beauté du sujet, la nouveauté des fictions, la force des vers, la £aicilité de l'expression , la solidité du raisonnement, la chaleur des passions , les tedrnesses de l'amour et de l'amitié; et cet heureux assemblage est ménagé de sorte qu'elle s'élève d'acte en acte. Le second passe le premier, le troisième est au-dessus du second , et le dernier l'emporte sur tous les autres. L'action y est une, grande, complète ; sa durée ne va point , ou fort peu , au delà de celle de la représentation. Le jour en est le plus illus* tre qu'on puisse imaginer, et l'unité de lieu s'y ren-

I contre en la mauièreque je l'explique dans le troisième demes discours, et avec l'indulgence quej'ai demandée

{pour le théâtre.

9$ EXAMEN !)£ RÔDO&UNË.

G& n'est pas qm je me ffatte assez pour présumef <|a*dle soit asms caebes. Or» a* fait tamt d'o{)jeetioiis contre kt narration de Laonico an prenner acte , qû'rl est malaisé 4e ne donner pas les mains à quelques-unes. Je oeïa tienâ pas toutefois si inutite qu'cm Ta dit: It est hors de doute que Glôopdtre, dans^ ïê'second , ferait c#sna!tre IseaBoonp de clioses ^ar sa eonfidence arvec cette Laonice , et par \^ récit qu'dlet en a fait à se» deux fils , po«r leur remettre deivant les yent comi>fenr ih lui ont d'obligation; Mais ces àe&% scèttes demeureraient assez obscures y si cette narration ne les atait précédées ; et du moins les jusites? défiiasices de Rod<>guae à la fin d» premier acte ^ et la pmture que* Ciéo^ pâtre £»it d'elle-même dans soft monologue qui o^vre* le second, n'auraient pu se £ûre entendre sans ce secours.

l'aToue qu'elle est sans artifice ,- et qu'on la fisiii de sang'^oid à un personnage protaticp», qui se pourrait tootofois justifier par les deux exemples de Térence qo» y ai cilés sur ce sujet au premifer discours * . TiHia* gène, qui l'écoute, n'est introduit que pourréeoufer, bien que je l'emploie au cinquiéjoie à foire ceHe de la mort de Séleucus, qui se pouvait &ire par un autre. Il l'écoute saife y avoir aiieun intérêt notable, et par simple curiosité d'apprendre ce qu'il pouvait avoir su déjà en la cour d'Egypte, où il était en assez bonne posture, étant gouverneur des neveux du roi, pour entendre des nouvelles assurées de tout ce qui se passait dans la Syrie, qui en est voisine. D'aiileurs , ce qu^ ne peut recevoir d'excuse , c'est que , comme il y

1 « Teh sont Sosie dans son Andriennef. et Davus dans son PHarmhmqaron ne revolt^pluti aprèfs sa na nation, et qui ne serveatfa^UiaMttr. » U» niM d» pniamtiîiw qai Mt soarir^ Voltaire, vient de protatt qai signifie wpoiition.

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