ACTE I, SOÈMS
ARTIOCHUS.
Quoi! restimei-vous moins?
StfLEUCOS.
Elle raut bien un trône, 11 faut que je le die.
ANTI0CHU8
Elle vaut à mes yeux tout ce qu'en a TAsie.
SÉLEOCUS.
Vous raimez donc, mon frère?
ANT1OGH08.
Et TOUS Faimec aussi :
C'est là tout mon mallteur, c'est 1& tout mon souci. J'espérais que l'éclat dont le trône se pare Touctierait vos désirs plus qu'un objet si rare; Mais aussi bien qu'à moi son prix vous est connu» Et dans ce Juste f hoix tous m'avez prévenu.
Ail ! d^orable prince !
SÉLECCtJS.
Ah! destin trop conthiire!
ANTIOCROS.
Que ne ferals-je point contre un autre qu'un frèrt!
SIÊLEUGOS.
O mon cher frère! ô nom pour un rival trop doui! Que ne ferais-je point contre un autre que vous!
ANTIOCHOS.
Où nous vas-tu réduire ^ amitié fraternelle?
SÉLEVCUS.
Amour, qui doit id vaincre de vous ou d'elle ?
ANTIOCHOS.
L'amour, l'amour doit vaincre ^ , et la triste amitié Ne doit être à tous deux qu'un objet de pitié. Un grand cœur cède un trône , et le cède avec gloire. Cet effort de vertu couronne sa mémoire,
1 « Cette réponse ne sent-elle pas un pea plus lldylle que la tragédie? Remarquez que Racine, aui a tant traité l'amour, n'a jamais dit : Vamour doit vaincre. 11 n'y a pas use maxime pareille, même dians Bérénicu. En général , ces maximes ne touchent jamais. Tous ceux qui ont dit que Racine bacrifiait tout à Tamour, et que les héros de Corneille étaient toujours supérieurs à celte passion , n'avaient pas examiné ces deux auteurs. U est trèa^commun de lire, et irès-rsrede lire avec fruit. » {Voltaire.)" Cette remarque, juste au fond, tombe ici & faux ; car l'amour doit vaincre n'est pas une maxime, mais une simple proposition dout l'kpplication est bornée à ta situation des deux flpères.
Mais lorsqu'un digne objet a pu nous enflammer. Qui le cède est un lâche, et ne sait pas aimer.
De tous deux Rodogune a charmé le courage ; Cessons par trop d'amour dé lui faire un outrage Elle doit épouser, non pas vous, non pas moi. Mais de moi , mais de vous quiconque sera roi. La couronne entre nous flotte encore incertaine. Mais sans incertitude elle doit être reine.
Cependant, aveuglés dans notre vain projet.
Nous la faisions tous deux la femme d'un sujet! Régnons, Tambition ne peut être que belle.
Et pour elle quittée , et reprise pour elle.
Et ce trône, où ' tous deux nous osions renoncer. Souhaitons-le tous deux afin de Ty placer :
C'est dans notre destin le seul conseil à prendre ' ; Nous pouvons nous en plaindre, et nous devons l'attendre.
SÉLEUCUS
Il faut encor plus faire , il faut qu'en ce grand jour Notre amitié triomphe aussi bien que l'amour.
Ces deux sièges fameux de Thèbes et de Troie , Qui mirent l'une en sang , l'autre aux flammes en proie , N'eurent pour fondements à leurs maux hifmis Que ceux que contre nous le sort à réunis.
Il sème entre nous deux toute la jalousie Qui dépeupla la Grèce et saccagea l'Asie S; Un môme espoir du sceptre est permis à tous deux. Pour la môme beauté nous faisons mômes vœux.
Thèbes périt pour l'un , Troie a brûlé pour l'autre *. Tout va choir en ma maip ou tomber en la vôtre K
1 Où , dang le sens d'auquel,
S Comeil parait impropre; c'est parft ou décitionx ou bien l'impropriété est dans le mot pranortf, piuquel il faudrait substituer iuivre. Prendre conseil signifie demander avis à quelqu'un.
S D**Ue naquit la frénésie
D« la Oréee oontre l*Aiie.
(MalhwlM , Ut. I, od. vu.
4 Locution amphibologique, brûler pour signifiant aussi être amoureux de.
n <cLe root de choir t même du temps de Corneille, ne pouvait être employé pour tomber en partage. » ( Voltaire.) — Choir n'a ici que le sens de tomber^ sans idée ae partage. Corneille répète la même idée à l'aide de deux mots synonymes. On peut critiquer le