‹ RodolpheChapitre 2 sur 8 · I.E BZiESSE · texte numérisé non relu

I.E BZiESSE

La soirée fut neigeuse et froide; on ne rencontrait dans les rues , entre dix et onze heures , que les piétons tenus loin de Pâtre par d'impérieuses nécessités; ou que les brillans équipages aux glaces levées des

heureux du jour, revenant des boulFes ou de rëtincelanle soirée. Cependant, une jeune personne , enveloppée d'une mante peu chaude de coating , sur laquelle s'amoncelait la neige, suivait, à pas précipités, la rue Richelieu, gagnant la rue Grange-Batelière. Elle venait des régions plébéiennes du faubourg Saint- Marceau ; des sanglots s'échappaient de dessous sa capote un peu fanée ; elle pleurait , la pauvre fille, mais sa marche n'en était point ralentie.

Les lettres écrites le malin par Edgard n'avaient été remises que fort lard à Florelte et à Varnerie : les doux missives avaient même été portées par le seul Charles, parce que Menardi , ayant perdu beaucoup de sang , s'était trouvé assez affaibli pour être obhgé de se reposer quelques heures à Chaillot j Adolphe n'avait pas voulu le quitter.

Lorsque Fétudiant en droit se rendit chez

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mademoiselle Lamblay elle se trouvait absente; il fallut bien laisser le billet au portier ; notre jeune Marseillaise ne Teut qu^à neuf heures du soir. Quelle émotion profonde fut la sienne , quelle suffocante scindrcsse la saisit quand elle put deviner, par le sens embarrassé, par le ton solennel de Tccrit, que la vie d^Edgard avait dû courir de grands dangers, peut-être même avoir été ravie, dans celte funeste journée. Florette , éperdue, vola rue de la Harpe ; là ses craintes furent confirmées par le récit de la scène du matin... et Menardi n'avait pas reparu.

Dix heures sonnaient au collège Louis-le- Grand ; mademoiselle Lamblay s''élança hors de Fhôtel Dulac ; une voiture de place allait la porter rapidement chez M. Varnerie , qui , peut-être , aurait des nouvelles ou consolantes ou fatales , hélas ! de son ami Edgard. Mais pas un fiacre , pas un cabriolet sur la

place Saint- Michel ; la neige tombait à gros flocons, et l'on sait que, pour les phaétons du domaine public , Pintempérie des saisons double les chances de prospérité , en détruisant Tempire des ordonnances de police... La pluie et les frimas fécondent Parbitraire sous le fouet du cocher de fiacre...

— Notre-Dame de la garde! s'écria Florette en descendant, rapide comme un trait, lapre rue des Frdncs-Bourgeois, qu ai-je besoin d'une voilure!., elle serait pllus lente que

moi..... Mon inquiétude poignante mes

cruelles angoisses me porteront vite rue Grange -Batelière. . .

Nous l'avons rencontrée au commencement de ce chapitre, cette bonne, cette tendre Florette , si digne d'un amour exclusif , qu'elle n'obtenait pas... Tandis qu'elle achève sa course, devançonr-la pour reprendre quelques précédens indispensables.

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'^Varnerie, qui n'avait reçu la lettre de son ami qu'avec l'avis de sa blessure , fit atteler promptement et voler son joli boguey vers Chaillot. Il trouva Menardi tout-à-fait remis de la faiblesse causée par une grande effusion de sang ; mais il voulut à toute force le conduire chez lui, afin de le confier aux soins d\m jeune médecin de ses amis, qui l'avait giiéri , deux ans plus tôt , d'un coup d'épée fort dangereux.

D'ailleurs, disait l'affectueux Alphonse, en faisant rouler son cabriolet dans la grande allée des Champs-Elysées , voici , mon cher, un de ces évènemens qui, d'ordinaire , hâtent le développement des amours indéterminés : ainsi qu'une légère pluie de printemps aide à la végétation des fleurs , quelques gouttes du sarig d'un hômmé déjà remarqué par une femme, eri tombant sur le cœur jusqu'alors indifférent de cellé-cï , y développent tout à

coup le germe de la passion. Chez moi vous serez près de votre Albertine ; je vais, comme vous le pensez bien, faire un joli petit drame de votre rencontre avec ce chenapan d^Edouard , que j^ai eu la maladresse de ne pas tuer tout-à-fait Pan passé ; vous vous êtes battu a cause d'elle : cela range naturellement votre ^ flamme dans la classe des amours chevaleresques ; je regarde comme impossible qu^il ne vous advienne pas une jolie petite sensibilité de gratitude... Il y aura serrement de main, baiser permis peut-être ; une bouche habile s'égare par mégarde sur une bouche imprévoyante, et l'erreur profite au plaisir tout aussi bien que le droit.

«,Mais il no faut plus courir au-devant de ces chances d'aubaine; vous en affaibliriez l'occasion.... Faites-vous assez malade pour ne pas aller chez Albertine ; sa reconnaissance l'amènera naturellement chez moi....

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Il y aura quelque amie , quelque parente chaperon ; mais qu^importe ; ce sera beaucoup qu'elle vienne.

— Sans cloute, mon ami, répondit Edgard, qui se laissait volontiers gagner par une espérance étendue mollement sur la conscience de ce qu^il valait... Mais je pre'vois un embarras, que je puis d'autant moins prévenir , qu^il va naître d'une affection expansive , dont l'expression me sera chère.

— J'y suis.... Une invasion de tendresse marseillaise.

— Ah! mon ami, n'en plaisantez pas; je donnerais la moitié démon sang pour que l'amour

de Florette pût suffire à mon bonheur

Mais, hélas! la pauvre enfant , une fatalité invincible m'éloigne d'elle chaque jour.

— Oui, mais celte fatalité, toute impérieuse qu'elle est, ne vous empêche pas de revenir à votre brune compatriote chaque soir.... Elle

VOUS Fa dit, elle eslrcsi^niée à vivre des miellés de votre amour — Je ne la trouve pas trop à plaindre : il y a là de quoi faire bonne chère. — Fiorette, ne m^ajant pas vu ce soir après avoir reçu ma lettre inquiétante, viendra chercher auprès de vous des informations , et quand elle verra que je suis blessé , rien ne pourra Pem pêcher de se tenir constamçient auprès de moi.

— Parbleu ! j'y compte bien.

— Mais cela détruit Pespoir que vous conceviez des visites reconnaissantes d'Alberline,

— Cela, mon ami, le consolide... Ahl cher Edgard, que vous ne connaissez guère encore le jeu des passions humaines. . . .

— Je comprends votre pensée : vous comptez sur un effet de jalousie... Erreur, mon cher Alphonse , erreur déjà démontrée : ne m'avezvous pas dit vous-même qu'Albertine , instruite dejgjiQa intimité avec FloretlCj vous

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avait déclaré raiitre jour qu'elle n^en ressentait pas la moindre émotion jalouse.

— Il est vrai; mais les situations fortement dessinées et prononcées, remuent quelquefois rame la plus indifférente. Madame de Vermandé,enrencontrantFloretteici,enlavojant si jolie, en évaluant mieux quelle n'a pu faire jusqu'à ce moment la somme de bonheur que procure celte femme piquante, sentira, je le parie, poindre en elle ce besoin de l'emporter sur mie rivale qui , souvent , est le point de départ d'une passion.... Tenez , Edgard , s'il

était possible qu'Albertine vit Oui, mon

cher , je voudrais qu'elle pût voir....

— Ah! mon ami, quelle folie....

— . Comme vous voudrez , Edgard ; mais c'est une idée fixe. . . et je donnerais cent louis , si je les avais, pour mettre à une telle épreuve cette délicieuse figure de glace....

— Alphonse , mon cher ami , ne me faites

pas rire ; il me manque la moitié d\ni muscle de la fade...

— N^imporle, si vous trouvez jamais Toccasion de faire voir à voire Albertine...

— Grâce! grâce! votre idée grotesque me fait un mal du diable à la joue... On arrivait rue Grange-Batelière.

Varnerie installa Menardi dans une jolie petile chambre qu'habitait son frère, capitaine de cavalerie, lorsqu''il venait passer ses semestres à Paris. Cétait un réduit dont les murailles et les meubles auraient dit de fort belles choses, s^ils eussent pu parler : il y avait là les ëphe'mérides de deux ou trois congés d^un officier de hussards.

Edgard avait pris possession de cet appartement depuis environ deux heures; il était coucbé ; Alphonse , en bonnet grec, en pantoufles, en robe de chambre, emplissait do ion mieux de la fumée d'un cigare , Tatmos-

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phère ambiant , lorsqif on sonna vivement à la porte du carré. Le groom y courut; presque aussitôt, une marche précipitée retentit dans la pièce voisine ; on frappa et Ton entra tout de suite dans celle où les amis s'enfumaient mutuellement... Car Edgard laissait voir un cigare sortant du milieu de Tappareil qui lui enveloppait le visage... Le cigare sera compté parmi les fastes de notre siècle.

Lorsque la porte s'ouvrit, Alphonse croyait vou^ son ami le médecin , qu'il avait mandé , mais un éclat de voix parti du lit , articula ces mots :

— Cest toi , chère Florette ; et la jeune Marseillaise fut si vite au chevet d'Edgard , elle se pencha avec tant de précipitation pour couvrir de baisers, ce qui lui restait de visage ostensible et les linges sanglans qui couvraient le surplus, qu'Alphonse n'eût pas le temps d'apercevoir la jolie figure que ce mou- NT. H, 5

vement rapide dérobait à sa vue... Toutefois son admiration avait découvert plus d'un point de perfection qui pouvait la fixer... quelle que soit Témotion d'une femme , la coquetterie ne perd jamais entièrementses droits sur elle : Florette , en traversant fantichambre , avait déposé son manteau couvert de neige. Elle offrait donc au regard amateur de Varnerie Tune de ces tailles d'abeille si communes dans nos provinces méridionales, et cette jambe, ce pied provençaux dont le sexe d'Arles et de Marseille est, dit-on, jaloux de faire admirer les proportions , au prix même d'un notable sacrifice de scrupules.

Enfin, mademoiselle Lambaly , se tournant vers Alphonse avec un peu de cette confusion qui rend les jolies femmes encore plus jolies, excusa, comme elle put, l'inadvertance de son entrée.

— . Assurément, ma'JcinoiiClîc, répondit

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Varnerie, VOUS ne me devez pas crexcuses; une telle prcoccupalion fait trop Tcloge Je voire cœur pour que je m^arrete, à votre détriment , au vain oubli de convenance dont vous vous croyez coupable... Je voudrais bien inspirer de semblables distractions à quelqu'un qui vous valût.

— Vous êtes trop bon , monsieur^ répondit Florette, qui rougissait de plus en plus... Cest que j'ai cru que M. Edgard était blessé grièvement, et...

— Et vousâvez bien fait d'oublier les niaises conventions du monde pour vous livrer aux épancîiemens d'une belle âme.

— Dieu merci , je vois que M. Menardi en sera quitte...

— Pour un petit morceau déjoue, repondit Edgard joyeusement. . .

En ce moment on sonna; Florette , honteuse d^étre rencontrée chez deux jeunes gens, voulait passer dans une autre pièce...

— Cest mon médecin, dit Alphonse en la retenant, et les savans de sa robe acquièrent, avec le doctorat, licence pleine et entière de participer aux secrets des lamilles... Quelquefoismême ils pénétrent beaucoup plus particulièrement encore dansTintimité des ménages.

Le docteur entra, C^était un de ces praticiens dandys chez lesquels Pamour de Part ri'*cxclut pas Pamour du plaisir, et qui savent vivre si vite qu''iîs suffisent à tout.

— Pardon, si je t''ai fais attendre, mon cher Alphonse, dit-il en se frottant la tête, dans le double but d''arranger sa chevelure et de faire briller une superbe étincelle qu''il portait au doigt ; jVtais au théâtre Italien quand ton groom a passé chez moi... Sontag yenait de me faire mander pour un accident grave : elle avait donné un mi* aigu d\ïn sixième de ton trop haut ; deux ali ! avaient éclaté au balcon, et des attaques de nerfs s^en étaient

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parbleu! suivies. J'ai trouvé la /?r/ma dona sur le canapé de sa loi^e , se débattant avec violence ; et lorsque je me suis approché d'elle^ un coup de pied sjmptomalique, en m'atleignant à la poitrine , vclu prouvé que j^arrivais à temps.... Nous avons triomphé des spasmes par une forte infusion de tilleul ^ et me voici. . . Ou donc est le blessé?

— Dans ce lit , mon cher Raymond , répondit Alphonse en faisant faire volte-face à son ami le docteur, qui n\avait encore vu que la jolie Marseillaise , et sa propre figure dans le trumeau.

— Ah ! diable , la blessure est au visage , reprit le vainqueur des spasmes de mademoiselle Sontag; il faut soigner cela avec ménagement : la fièvre de supuration peut déterminer des accidens cérébraux.... Mais nous saurons les prévenir.

En débitant ces paroles avec volubilité, le

médecin^ non moins habile de la main que de la langue , avait détaché Pappareii d^Edgard.

— Ceci n'offre aucune espèce de danger ^ rep?'it-il; mais Fescarre est forte: il y a déperdition majeure des cliairs de la joue...

Florette , qui s'était chargée d'éclairer Raymond , jeta un grand cri en voyant la blessure d'Edgard ; ses lèvres tremblaient ; on entendait battre son cœur.

— M. le médecin, dit-elle vivement, êtesvous bien sûr qu^il n'y ait pas de danger.

— Très sûr , mademoiselle , répliqua le jeune savant, dont le regard scrutateur se fixa sur Florette... Je dirai plus , si monsieur veut faire preuve de résolution , il ne restera presque pas de trace de sa blessure... Une forte cicatrice sur un pareil visage , ce serait dommage.

— Je t'attendais là, mon cher Raymond, dit Varnerie en riant ; je parie que tu te proposes de refaire une joue à mon ami.

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— Pourquoi pas, Alphonse? tu sais que ce ne serai i: pas mon coup cVessai.

— Oui , j'ai rencontré , circulant à Paris , deux nez de ta façon.

— Piefaire un nezestmainienant VA B C de Part; mais il y aurait quelque gloire à confectionner une joue fraîche et potelée. %

— Vive Dieuî M. le docteur, dit Edgard , qui n'avait pas encore entendu parler des sculpteurs en chairs vivantes , je serais curieux de savoir avec quoi vous pourriez me refaire une joue.

— Avec votre propre substance, monsieur; et feignant du bout de son doigt indicateur Paction d'un scalpel près du visage de Menardi, le docteur ajouta : nous empruntons à cette partie de la tempe que recouvrent les cheveux, deux doigts carrés de îégumens; puis les rabattant sur Pos maxillaire...

— Mais la tempe , monsieur , la tempe ,^

s'*€cria le blessé, comment seti^ouvet-elle de ce que» vous appelez un emprunt ?

— La tempe , elle se cicatrice et se guérit , voilà tout —

— Monsieur le docteur, reprit Edgard, je vous remercie de vos bonnes intentions ; mais je vous prie instamment de laisser mes cbairs là oiiDieu les a placées.... Je me passerai tout aussi bien d'un fragment de joue que d'un morceau de tempe, et je gagnerai à cela de ne pas être écorclié tout vif.

— Vous êtes parfaitement le maître , monsieur , dit Raymond ; pourtant je regrette une si belle occasion : votre tempe est charnue ; elle eut été généreuse —

. — Mais je suis avare pour elle, repartit sècliemenl Edgard ; veuillez de grâce me traiter par les moyens ordinaires.

— Oui, mon cher docteur, ajouta Varnerie, occupe- toi de guérir Edgard purement et

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simplement : ce sera moins glorieux sans doute ; mais, que veux-lii, je conçois 1res bien qu^on répugne à se laisser tailier un morceau de chair, comme on taille une motte de gazon pour îa faire végéter ailleurs... Je connais Menardi, c^est un partisan zé!c du progrès ; pourtant on peut y regarder à deux fois quand il faut se livrer tout vivant au scalpel, à lu plus grande gloire du développement des connaissances humaines.

— Cest malheureux , reprit Raymond en posant un nouvel appareil sur la blessure d^Edgard.... Voilà comme Part languit et se traîne, au lieu de planer d\m vol hardi ; il ne peut en être autrement tant que Ton se montrera tiède, insensible...

— Ah! docteur, tu calomnies ton malade ; il se montre au contraire très sensible aux procédés de ton scalpel...

— Et j^ivoue en toute humilité que j^en suis indigne, ajouta Menardi.

— Allons, allons n^en parlons plus... vous aurez un petit trou à la joue droite ; mais avant quinze jours, la blessure sera guérie radicalement. Bonsoir, messieurs; demain je serai ici à dix heures précises... avant de rentrer, je vais passer chez mademoiselle Sontag, et je lui conseillerai de ne pas risquer àPavenir le mi aigu , sans avoir son médecin dans la coulisse.

— Monsieur Varnerie, dit Florette en baissant les yeux quand Raymond fut parti, le docteur craint des accidens... je ne me souviens pas comment il appelle ces accidents là...

— Des accidents cérébraux, dit Alphonse en souriant : il les prévoyait ; mais vous avez pu juger par ses dernières paroles qu^il était pleinement rassuré.

— N^importe, monsieur, n'^importe, reprit vivement mandemoiselie Lamblay, qui sait ce qu''il peut arriver dans la nuit... Per-

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mettez moi de la passer auprès d'Eclgard...

— Auprès de lui, mademoiseUle, dit Alphonse en la regardant avec un air marqué de défiance....

— Dans ce fauteuil, près de la cheminée, continua la jeune Marseillaise avec Paccent animé d'une personne qui repousse un injuste soupçon...

— Non, bonne Florette, dit le blessé, je ne souffrirai pas que vous passiez une longue nuit d'hiver d'une manière aussi fatigante... Je me sens bien, très bien... Alphonse va vous faire reconduire avec son cabriolet...

— Que vous ai-je fait, Edgard, s'écria Florette, pour vouloir me chasser ainsi... Ah! n'exigez pas que je m'éloigne... si vous n'avez pas besoin de mes soins, ayez pitié démon pauvre cœur, que briserait une séparation en ce moment. . .Vous ne savez pas ce que j'ai souffert depuis que j'ai reçu votre lettre... hélas! les

liommesne connaissent pas ces angoisses-là... qL^ils sont heureux, les hommes!

— Mais au moins, mademoiseile, permettez queje fasse mettre un ht de sangle dans cette chambre, dit Alphonse avec intérêt.

— Inutile, monsieur, ohî bien inutile, je vous assure : on ne dort pas quand on craint les accidens...

— Ce'rébraux, ajouta Varnerie en riant , et surtout quand on les craint avec un cœur comme le vôtre . . . Bonsoir donc^ Edgard, je te lai.^^se avec ton attentive garde - maladcrjepuis dormir tranquille; lessoinsnete manqueront pas... Adieu, mademoiselle Florette, vous avez du bois, des livres...

— Oh ! merci, monsieur , dit tristement|Florette en se touchant le front : ilj a là-dedans assez de choses écrites pour occuper une longue nuit...

— Pauvre petite ! murmura le rédacteur en

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chef. ..Mais avec votre mince robe (le soie, continua Varnerie, vous aurez froid à rapproche du jour... je vais vous envoyer voire manteau.

— Je vous serai obhgé... votre servante, monsieur...

Alphonse sortit, et presque aussitôt son domestique entra.

— Votre manteau est tout mouillé, mademoiselle, dit le groom 5 je vais le faire sécher à Fantichambre...; monsieur, vous eiîvoie le sien

— Remerciez , je vous prie , votre maîire , répondit la jolie Marseillaise.

Le groom ressortit.

— A présent , mon ami , dormez , poursuivit Florette en fermant les rideaux du lit d'Edgard...

— Et tu te sépares ainsi de moi, dit Menardi en soulevant le voile de nioussehne brodée que mademoiselle Lamblay venait dfe laisser tomber entre elle et lui...

— Oui , monsieur...

— Mais au moins le serrement de main d'une simple amie.

— Du tout; vous ne crojezpas assez à votre maladie... et s'il survenait un accident

Dormez.

Aces mots, Florette tint impitoyablement le rideau fermé... Puis, sVnveloppant du manteau de Varnerie , elle s''arrangea dans une bergère, éteignit la lampe, et déclara fermement au blessé que s^'il lui parlait, elle ne répondrait pas , à moins quHl ne demandât à boire. Menardi se résigna; mais il ne s^endormit point.

Pauvre enfant , se disait-il dans la douce chaleur de son lit , venir de si loin , la nuit , à travers les frimas, pour veiller près de mai ; près de moi qui ne paie tant d'amour que par les transports d\me passion grossière..... Moi qui, tout-à-Plieure encore, tentais de répon-

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(Irc brulalctncnl a de si pares attentions

Aussi, pourquoi la nature pare-t-clle de cliarmes séduisans les êtres qu^elle crée pour être vénérés ? pourquoi cet appel aux sens , quand

Fàme seule devrait sYmouvoir? Cest que

nous sommes essentiellement matériels, nous autres hommes : elles le disent avec trop

de raison Et cependant, lorsqu^en nous

Pattrait du plaisir est le principe , le véhicule de Faraour , nous reprochons aux femmes cet abandon aux voluptés, qui nVst chez elles qu'une conséquence du sentiment Injustice sacri-lège!

« La voilà plongée dans une profonde rêverie, continua Menardi en soulevant le rideau sans bruit... Ses beaux yeux , où je vois se jouer la flamme du foyer, réfléchissent une pensée tendre, triste, peut-être... car elle est

malheureuse, cette touchante créature

malheureuse par moi , dont elle épie en ce

moment le plus lcg«r Soupir , pour accourir, avec toute sa pieuse sollicitude, à mon chevet, au chevet d'un ingrat Ah: Florette !

que ne t'ai-je devinée avant que Tautre

L'autre, la voiià qui se jette, rieuse insensible , entre Tangélique fiile et moi... Grâce I grâce ! Albertine , laisse-moi voir encore cette figure blanche , songeuse , empreinte d'une douce mélancolie , sortant de Tépaisse fourrure du manteau d'Alphonse... Laisse mon regard ardent caresser ce pied d'enfant.. . le tien, Albertine, n'est pas moins parfldt ; mais c'est l'extrémité d'un bloc de marbre Il n'a jamais frémi, ton joli pied, par cet ébranlement délicieux de nerfs qu'excite un bonheur inconnu de toi... Mais elle... elle... — Florette, cria tout à coup Edgard en élevant la voix... j'ai soifî...

IMademoisulle Laniblay , mise debout par un mouvement convuîsif , est sortie des plis du manteau... la voilà près du lit.

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— J'ai soif! répéta le blessé; et son Ijras, qui avait soudain entouré la taille de Floretle, Tctreignait comme un crampon de fer.

Les mains d'Edi^ard étaient brûlantes, Tarière du bras battait avec plus de précipitation qu'à Tordinaire, et ses yeux brillaient d'un • éclat inaccoutumé...

— ïu ne veux donc pas me donner h boire? reprit Menardi d'un accent plein et bref...

— Je vais vous apporter la tisane ordonnée par le docteur...

— La tisane, reprit Edgard avec un sourire ironique, ah! bien oui; c'est un baiser qu'il me faut.. . c'est sur tes lèvres que je veux boire.,.

— Edgard ! Edgard! s'écria Florette en faisant un violent effort qui la dégagea, vous

avez beaucoup de fièvre Et bientôt elle lui

présenta de loin, de très loin, une tasse de tisane, qu'il avala d'un trait,... Un peu calmé ,

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