‹ Rodolphe Töpffer, l'écrivain, l'artiste et l'hommeChapitre 20 sur 37 · VOYAGE A VICHY · texte numérisé non relu

VOYAGE A VICHY

Tôpffer des meilleurs jours, le Topller aimable et souriaul, avec en plus ce quelque chose de grave et de résigné, de religieux sans mots ni phrases du sujet qui dominait dans sa pensée depuis la fatale découverte et la perspeclive d’une mort prochaine : « Je vous écris collectivement sur un bout « de papier parce que c’est aujourd’hui la mesure de mes « forces, et je vous embrasse aussi collcclivement, mais « surtout votre femme, parce que je suis galant que ça « fait peur. Il n’y a rien comme une rate de quinze livres « pour vous rendre un homme vert cavalier, beau danseur, « et en toute rencontre le préféré du sexe. Maris! garde à « vous! je vais en conquête, je jonche le sol de heautés « soupirantes, et mon triomphe est inexprimable!

(( Le fait est, chers amis, que j’ai une tournure qui vous (( ferait envie si vous éliez à môme de la contempler. Plus (( que du crâne et point de joues; puis sur deux quilles « d’une finesse extraordinaire un torse obstrué de la gauche « où je fourre huit verres d’eau claire tous les jours pour « rentretenir dans le plus agréable des gonflements. Voihà « ce qui me rend audacieux, dangereux, fripon, régence...

« Encore, encore si je pouvais vous écrire à ma soif, royaux « amis, bien-aimés de mon cœur, et qui, avec ma femme et « mes enfants le remplissez tout entier, je serais content « comme devant. Car vivre, au fond, c’est aimer, bénévoler, (( camiUer dans tout le négligé de l’intimité, vive, profonde, « et sur l’aile des affections la gaieté revient bien vite. « Mais..., mais c’est là ma maladie principale que tête, « force, bien-être, me manquent pour prendre le roseau

« et ce n’esl que depuis hier, que non sans besogne, ni « sans arrêt, j’ai pu donner quelque essor aux senliments qui sont encore ma seule et meilleure ressource après « ma femme quand je me traînasse de fauteuils en sophas, « et de sophas en lits abhorrés. Pourrai-je poursuivre? « Dieu le veuille, et je le lui demande avec ardeur. »

Ce vœu ne devait pas se réaliser. Après une double cure à Vichy, qui fut interrompue par des crises de rhumatisme, Tôpffer revint à Genève, aussi souffraul qu’cà son départ. Dès ce moment l’on peut dire que la lutte suprême commença; une lourde angoisse perpétuelle torturait le malade et lui faisait désirer un perpétuel changement.

Il eut pourtant la douceur d’apprécier la fidélité de ses amis; il lui semblait que dans leurs demeures la tristesse et la mort ne sauraient l’atteindre. Il passa quelques semaines à Cartigny chez François Duval, quelques semaines aussi à Céligny chez Pascalis, en face de ce beau lac, de ces sites délicieux qui personnifiaient pour lui la patrie. Et comme un des héros du Preshijlère il se disait, sans doute : « A « l’aspect de ces rives si connues, si animées, ont surgi « tout cà coup mille doux ressouvenirs, toutes les joies « pures de mes premières années, tous les riants projets (( de mon adolescence, tout ce bonheur passé dont aujour- « d’hui je détourne avec tant de soin mes regards. »

Vers la fin de l’automne, alors que les bois jaunissaient et qu’on entendait dans les vignes les dernières chansons des vendangeurs, il voulut aller à Cronay et dire un mélancolique-adieu à ce petit coin de terre où il avait passé

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