CHAPITRE IY
de l’érudition de roger bacon.
g I. Ses jugements sur Aristote, Avicenne, Averroès, Sénèque. — g II. Philosophes grecs, Philosophes latins Les deux Boèce. Bibliothèque morale de Roger Bacon. — § III. Philosophes scolastiques et arabes. Grammairiens. — g IV. Mathématiciens, Poètes, Historiens, etc.
Si-
Bacon s’était préparé à réformer la science de son temps en l’étudiant à ses sources, et s’il veut hâter les progrès de l’avenir, il ne dédaigne pas les leçons du passé. L’antiquité grecque et latine et les travaux des Arabes lui sont connus mieux qu’à tout autre contemporain ; avide de livres, sans cesse occupé à les rechercher au moyen de nombreuses relations contractées dans tous les pays, il peut passer pour l’homme le plus érudit de son temps ; recueillir ses témoignages à ce sujet, l’entendre citer, apprécier les auteurs, c’est à la fois s’éclairer sur l’histoire littéraire du xme siècle, sur les secours dont pouvaient s’aider les savants de l’époque, et compléter l’esquisse de son propre caractère. Pénétrons donc dans la bibliothèque de notre docteur, jetons un coup d’œil sur ses manuscrits, et prêtons l’oreille à ce qu’il va nous apprendre sur les philosophes et les savants dont les ouvrages ont contribué à donner l’essor à son génie.
Voici d’abord trois noms qui, pour lui, dominent les autres : Aristote, Avicenne et Averroès, qui personnifient à ses yeux les trois seules tentatives vraiment sérieuses d’achever la philosophie [').
(l) Dans l’Opus tertium , où il parle !i un pape, il associe à ces (rois philosophes le nom de Salomon.
ROGER UACON
Son respect pour Aristote éclate partout, et son admiration égale la connaissance approfondie qu’il a de ses œuvres. Mais à côté des éloges mérités qu’il prodigue à ce prince des philosophes, il fait des réserves importantes, et on voit facilement qu’il essaie d’affaiblir comme il peut l’autorité croissante de la doctrine péripatéticienne. Les prétextes ne lui manquent pas : ce sont, et l’insuffisance des traductions, et l’absence des textes grecs qu’il faudrait aller chercher en Orient, et le peu qui reste de l’œuvre immense du Stagyrite.
Tout en rabaissant Aristote et en répétant qu’on ferait bien de le briller, Bacon ne méconnaît pas la valeur de ce grand génie. Ses critiques ne tombent que sur le faux Aristote que ses contemporains connaissent, et celui-là même il faut le traiter avec respect et ne le contredire qu’avec piété : corrujere Aristotelem pia interpretatione et reverenda, dit-il (') ; il n’a pas de paroles trop dures contre ceux qui l’ont persécuté, contre les Pères qui lui ont préféré Platon, et enfin contre les thélogiens qui, grâce à leur épaisse ignorance, l’ont condamné en plein xme siècle. Il revient souvent avec amertume sur cet épisode curieux de l’histoire de son temps, et il n’est pas inutile d’entendre ce témoin bien renseigné à propos d’un fait que les écrivains les plus savants ne sont pas parvenus à éclaircir complètement.
La doctrine d’Aristote, on le sait, ne s’introduisit pas sans obstacle dans l’enseignement philosophique des écoles de Paris. En 1209, à l’époque où l’hérésie infectait le Midi et menaçait l’unité catholique, un procès célèbre se jugeait à Paris : un concile condamnait quatorze personnes, dont dix furent livrées au bras séculier et brûlées vives, pour avoir professé certaines opinions qui paraissent avoir été un panthéisme arrivé franchement à sa conséquence dernière, l’athéisme. Aux noms obscurs conservés dans le décret (2) se trouvent associés ceux de deux philosophes, Amaury de Bène, qui déjà mort fut exhumé et banni de la terre bénie, et
(') Op. maj., p. 263. — C’est presque le mot que Vives dira plus tard : Verecundc ab Mo dissentio.
(!) Thésaurus novus Anecd., I. IV.
David de Dinant, dont les livres furent livrés au feu. La sentence enveloppe dans sa réprobation quelques ouvrages d’Aristote, dont les doctrines ne peuvent cependant être suspectes de mener au panthéisme. Sous peine d’excommunication, il est défendu d’enseigner « les livres d’Aristote sur la philosophie naturelle et les commentaires. » Guillaume le Breton, continuateur de Rigore, le chroniqueur de Philippe-Auguste, rapporte le fait sous la même date; seulement, selon lui, il s’agit de certains livres d’Aristote ou sur Aristote (de Aristotele), apportés de nouveau de Constantinople et traduits du grec en latin. « Ces livres, par leurs doctrines subtiles, pouvaient donner lieu à l’hérésie précitée et à d’autres nouvelles; on les fit brûler et on défendit, sous peine d’excommunication, de les transcrire, de Jes lire et de les avoir en quelque façon que ce fût (*). * Enfin, Launoy cite le continuateur de la chronique de Robert d’Auxerre, qui, racontant les mêmes événements, avance que « on interdit pendant trois ans la lecture des livres d’Aristote qui ont pour titre : De la philosophie naturelle, qu’on lisait beaucoup à Paris depuis quelques années. » Cette sentence a étonné les historiens, d’abord parce qu’elle semble confondre Aristote avec des panthéistes, et ensuite parce qu’à quelques années de là, les hommes les plus pieux, comme Albert et saint Thomas, commentent et enseignent sans scrupule la doctrine réprouvée. On a fait plus d’une conjecture : les uns ont cru que le concile s’était trompé et avait condamné, sous le nom d’Aristote, quelque traité platonicien, comme le De secretiori œyyptiorum doclrina, ou bien le livre et les commentaires De causis (2), ou encore l’ouvrage de Scot Erigène. Les autres, et parmi eux le dernier historien de la scolastique et le savant biographe d’Averroès, inclinent à penser que la sentence a frappé les commentaires d’Averroès (3). Mais si on réfléchit qu’en 1215 les statuts de Robert de Courceon renouvellent la prohibition, qu’en 1231 une bulle de
(*) Rigordus apud Quercetanum, Veter. scrip., t. II ; — ou plutôt Recueil des historiens des Gaules, etc., t. XVII.
(2) Jourdain, Recherches, etc.
(3) Haureau, t. 1er, p. 410. — F. Renan, Averroès.
ROGER RACON
Grégoire IX défend encore l’usage des mêmes ouvrages, on croira difficilement qu’une mention aussi expresse et trois fois renouvelée puisse être fondée sur une erreur d’attribution ('); d’ailleurs, le témoignage de Bacon, souvent répété, ne laisse pas de doutes à cet égard et permet de résoudre entièrement cette question d’histoire littéraire. « Nous savons, dit-il, que de notre temps, à Paris la physique et la métaphysique d’Aristote ont rencontré une longue opposition, grâce aux commentaires d’Avicenne et d’Averroès; et par suite d’une épaisse ignorance, leurs livres furent excommuniés pendant assez longtemps (2) . » Il y a environ quarante ans, dit-il ailleurs, l’évêque de Paris et les théologiens et tous les savants ont frappé d’interdit la physique et la métaphysique d’Aristote, qui aujourd’hui sont accueillies par tout le monde comme des œuvres salutaires et utiles (3). » Ainsi, il semblerait que l’interdit ait pesé à la fois sur Aristote et sur les commentateurs qui le présentèrent à l’Occident; mais on trouve des déclarations plus précises qui vont nous dire quels furent les ouvrages condamnés, quels reproches on leur faisait et à quelle date fut levée la prohibition. On lit, en effet, dans le Compendium theologiæ : « Les Latins * n’ont connu que bien tard quelque chose de la philosophie d’A- » ristote, parce que sa Physique et sa Métaphysique, avec les » commentaires d’Averroès et les livres d’autres auteurs, ont été » traduites de notre temps, et elles étaient excommuniées à Paris » avant l’année 1237, à cause des doctrines sur l’éternité du monde » et du temps, et du livre De la divination des songes, qui est le » traité du sommeil et de la veille, et de plusieurs autres passages » infidèlement traduits. » Ainsi, le jugement a porté à la fois sur Aristote et sur ses commentateurs; les propositions condamnées touchent à l’éternité du monde et à la divination, et la prohibition
(]) Hrucker, Hist. pliil ., t. III, p. 791.
(2) « Theologi Parisifs et episcopus et omnes sapientes jara ab aunis circiter quadraginta dnmnaverunt et excommunicaverunt libros naturelles et metaphysicce Aristotelis. » ( Op . tert., cap. IX, mss. de Londres.)
(3) Compend. Theol. royal Library, 7 F. VII, fol. 154. — V. le texte ci-dessous, V® Partie.
fut levée en 1237, sous le pontificat de Grégoire IX ; ce qui concorde bien avec l’histoire, qui nous signale vers cette époque une connaissance plus générale des ouvrages d’Aristote. C’esf le moment où Alexandre de Haies et Guillaume d’Auvergne ouvrent la voie à Albert et à saint Thomas. Enfin, dans un autre endroit, Bacon nous apprend que les ennemis du philosophe lui reprochaient surtout, à propos de l’éternité du monde, un passage qui se trouve à la fin du traité De generatione. Ce livre peut être, sans faire violence aux mots, appelé un traité de physique, et voilà sans doute comment la physique fut condamnée en même temps que la métaphysique (4).
Cette première difficulté éclaircie, demandons à Bacon quels sont les ouvrages du philosophe grec qu’il a possédés, et enregistrons quelques détails qui ne manquent pas d’intérêt.
En logique, il cite tous les traités de l’ Organon; les Réfutations des sophistes ont été expliquées pour la première fois, de son temps, par Edmond de Cantorbéry, c’est-à-dire avant 1235, puisqu’à cette époque saint Edmond, nommé archevêque, quitta l’ enseignement (2). Les derniers analytiques ne furent expliqués qu’assez tard par Hugues, que l’auteur a pu connaître (3). 11 résulte de ce double témoignage, que c’est à la première moitié du xmc siècle qu’il faut fixer l’infroduction de ces deux traités dans les études philosophiques, ce qui confirme pleinement la discussion de M. Cousin, soutenant qu’Abailard n’a pu les connaître ; joignons-y la Poétique et la Rhétorique, ignorées alors, dit Bacon, mais que pour son compte il a sûrement lues (4).
O < Unde in line de Generatione ostendit (Aristoteles) quod motus a parte ante fuerunt infiniii, per hoc quod non continfrit inlinita pertransire... Sed obscuritas textus Aristolelis, et diflicullas sentcntiarum, et mala translatio occultavit a multis intentioncm verilatis in bac parte. Sci vit et Aristoteles bene quod omne tolum est majus sua parte, quæ est conceptio; sed si tempus et motus habuissent intinilatcm, sequerelur quod pars esset æqualis loti et major loto, etc. » ( liiblioth . imp., 7440, cap. V.)
(2) Compend. Theol., Pars la: « Opéra Logicalia sunl tarde recepta cl lecla ; nam Beatus Edmundus Cantuariæ archiepiscopus primus legit Oxonii librum Elenchorum, temporibus meis. »
(3) ld., ibid. : « Vidi maglstrum Hugonem qui primo legit librum posteriorum. »
(*) Fragments de Philosophie dit moyen âge, p. 71.
ROGER DACON
Dans la physique, Bacon connaît les huit livres des Leçons de physique, le Traité du ciel ('), des météores, de la génération, de T âme, les Parva naturalia, les dix-neuf livres de Y Histoire des animaux, en joignant aux neuf que nous connaissons, le dixième qui est suspect, et, selon la coutume arabe, les quatre livres des parties des animaux et les cinq de la génération des animaux, le Traité des plantes, dont il a une version faite sur l’arabe par Hermann, le Livre des problèmes (2), alors inconnu, dit-il, et traduit en partie et d’une manière inintelligible. On a vu qu’il prétend avoir tenu en main d’autres livres sur les animaux.
De la métaphysique, on ne connaît, en 1 “267, que dix livres, assure-t-il, et encore sont-ils très-incomplets dans la version qui est en usage, in translatione quam legunt. Ailleurs, il cite deux traductions différentes de cet ouvrage; Albert dit pourtant qu’on en a onze livres, tout en en commentant treize, et saint Thomas, douze; ce qui ferait croire que les livres de ce grand ouvrage arrivèrent les uns après les autres, comme on l’a conjecturé. Averroès n’en avait que onze, mais connaissait les autres, et ainsi que le fait remarquer M. Munck, à côté du Grand commentaire qui se borne à ce nombre, il y a un commentaire Moyen des quatorze livres (3). Dans le manuscrit d’Amiens, Bacon ne commente que neuf livres, et cela d’après une version tirée du grec (4).
h' Ethique est citée par Bacon comme une introduction récente. En 1292 il dit: « L'Ethique d’Aristote n’a été communiquée aux Latins que plus tard (après la Métaphysique), et il n’y a pas longtemps qu’on l’a enseignée à Paris, et encore à de rares intervalles. i La Politique, qu’il appelle le Livre des lois, n’était connue que de nom ; c’est le traducteur arabe des Ethiques qui la signale
(*) Il en connaît deux versions, dont l’une est tirée du grec. Il en est de même des derniers Analytiques. (Perspect., éd. Combacb., cap VII, p. 121.)
(2) Albert dit, dans le traité De somno et vigilia, que ce livre est inconnu; mais il le cite dans sa Politique , qui date de la tin de sa vie. (V. Opp. de somno et vigilia, lib. II, cap. V.)
(3) Compend. Phil.,X. Averroès, in Melapliys., cité par M. Ravaisson, t. I, p. 81.
(*) « Omnes domines natura scire desiderant. » (Mss. d’Amiens, Métaphys Iiv. 1er.)
à Bacon, et d’ailleurs Aristote l’annonce lui-même à la fin de la Morale. Ailleurs, et sans doute plus tard, il se borne à affirmer qu’on n’a pas complètement les livres d’Aristote qui suivent immédiatement les dix livres de l 'Ethique (*).
Enfin, il faut joindre à cette liste le Livre clés causes, attribué une seule fois à Aristote; peut-être Bacon en a-t-il plus tard suspecté l’authenticité, déjà contestée par Albert; et quelques ouvrages apocryphes, Liber de regimine vit ce, Liber de impressionibus cœlestibus, le plus important des ouvrages des anciens, suivant Averroès, cité par Bacon (2) ; Liber secretorum, Liber de rebus inanimatis, et même Liber sex principiorum, de Gilbert de la Porrée, que Bacon semble imputer à Aristote, sans que toutefois il le dise positivement (3).
Bacon ne nous apprendra-t-il rien d’intéressant sur Avicenne, sur celui qu’il place au second rang, sinon au premier, qu’il appelle dux et princeps philosophiœ, et qu’il proclame plus grand qu’ Averroès? Sans doute il lui fait de nombreux emprunts et le suit de près dans sa classification des sciences, et en physique, en médecine, en optique, en alchimie, même en métaphysique, comme le montre son commentaire. Seulement, il n’a 'pas pour lui le respect superstitieux d’Albert, et signale quelques-unes de ses erreurs : en physique, il s’est trompé sur l’arc-en-ciel ; en médecine, sur l’origine des nerfs et le cerveau ; en logique, sur les prédicaments ; en métaphysique ses erreurs sont plus graves : il a faussement avancé que Dieu, en vertu de son unité infinie, n’a pu créer et mouvoir directement le monde, mais seulement l’intelligence de la première sphère, le premier ange, qui ensuite crée et connaît le second avec le premier ciel, et ainsi de suite ; il a prétendu que toute faute peut se racheter dans l’autre vie et que les âmes purifiées reviendront à leur état d’innocence. Mais ce n’est pas tout, et pour ébranler la foi de ceux qui jurent par Avicenne, Bacon tient en
(*) Biblioth. impér.. 7440, cap. VIII.
(s) Op. maj., p. 246.
(3) Comm. nat., 2a, 2, 7.
ROGER RACON
réserve un dernier argument : il prétend que les philosophes arabes en général, et celui-là surtout, ne disent pas leur pensée, mais se font les interprètes des opinions communes. « Il faut dire, s’écrie-t-il, que dans le livre de la Suffisance (’), Avicenne affirme qu’il suit en tout point les opinions d’autrui, et s’abstient d’énoncer les siennes; il n’est pas étonnant qu’on y trouve des erreurs. Algazel, dans le prologue de ses traités de logique, physique et métaphysique, répète pour son compte la même assertion, et avertit qu’on y trouvera des opinions qu’il ne partage pas, et qu’il discutera ailleurs, dans son livre Des contradictions des philosophes. Avicenne avoue dans sa préface qu’il veut composer un autre traité, intitulé Liber dependentium, pour servir de glose au premier (J), preuve qu’il n’en était pas content. Bien plus, il ajoute: * Outre ces deux livres, il y en a un où j’ai exposé la philosophie en ellemême, suivant la nature et la raison toutes seules, sans m’astreindre aux sentiers suivis, sans embrasser les opinions reçues des savants, et sans redouter les coups de leurs lances, ce que j’avais à craindre ailleurs : c’est mon livre de La philosophie orientale. » Bacon triomphe de cet aveu : « voilà bien le vulgaire ! On ne peut lui montrer la vérité toute nue. Il savait bien, cet homme, le plus sage après Aristote, que l’envie et l’orgueil de ses rivaux et la sottise du peuple le forçaient à parler, comme tout le monde, dans son édition vulgaire, et qu’il devait penser, comme le petit nombre, dans la pure doctrine de la science. Aristote n’a-t-il pas fait de même? Qu’on cesse d’argumenter d’après les œuvres d’Avicenne; lui-même les désavoue; elles sont pleines d’erreurs; mais enfin, ces fausses doctrines sont en petit nombre au milieu d’un cortège de vérités innombrables et très-belles (3), et d’une foule
(f) Traduction [liber sufficienliœj inexacte, paraît-il, du titre du grand ouvrage A acheta, la guérison.
(-) Librum dependentium. Nous ne savons comment traduire ce titre; il désigne ainsi le traité Al nadjah, la délivrance , abrégé du premier. Ce sont les deux seuls monuments qui nous soient restés d’Avicenne. (Voy. Munck, Mélanges de Philosophie arabe et juive, art. Ibn. sina.
(8) « Dicendum est quod in prologo libri sulllcicntiæ... dicit (Aviccnna) quod in isto
de secrets magnifiques. « Ainsi, à côté d’un Aristote incomplet et mal traduit, Avicenne, le second dictateur de la science, est convaincu de n’être qu’un simple narrateur, recitator, des opinions d’autrui. Et Bacon ne se trompe guère; ce procédé attribué à Avicenne et à Algazol, l’historien d’Averroès, M. Renan le reconnaît pour familier aux philosophes arabes, et M. Munck nous assure que la Philosophie orientale, déjà regrettée par Bacon, et que nous n’avons pas plus que lui, renfermait la vraie doctrine, le dernier mot du système, c’est-à-dire un panthéisme formel, où Dieu est identifié avec la nature des sphères. Le moyen âge, qui fit bon accueil au péripatéticien d’Asie, eût-il été aussi indulgent si le vœu de Bacon eut été exaucé, et s’il eût découvert en Avicenne un complice ou un précurseur de Scot Erigène et d’Amaury de Bène? Bacon cite à chaque instant Avicenne; il mentionne la logique, la physique, la métaphysique, les mathématiques qui constituaient le livre De sufficientia ; Y Histoire des animaux, le Liber artis medicinœ, qui est sans doute le Canon; plusieurs titres ayant rapport à la médecine et qui ne sont sans doute que des chapitres séparés du même ouvrage ; un traité intitulé Radices moralis philosophiœ, un autre, De anima, qui est un résumé d’alchimie et qu’il ne faut pas confondre avec le commentaire du même titre, et enfin un autre ouvrage d’alchimie, magnum volumen quod in decem libris continetur.
libro sudlcienliæ scquilur opiniones aliorum per lolum, cl non est sec.umlum ejus scientiam ; et idco non est mirum si aliqua falsa continentur, sicut in libris quos récitât Algazcl de logicalibus, naturalibus cl metaphysicis, ad imitalionem libri Aviceunæ. Sed præcipue hoc est tnanifeslum excodem prologo ubi postes dicit hæc verba : « Est autcin alius liber præ- » ter hos duos in quo posui pbilosopliiatn secundum id quod ejus est in natura, et secun- » dum id quod exierit opinio pura, non observando semilam aut partem ad quam déclinant * participes in arte, neque fonnidando a suarum ictibus lancearum, hoc quod fuit in aliis » formidandum, et hic est meus liber in philosophia orientali. » Sapientissimus cnim pliilosopborum posl Arislolelem scivitquod propter invidiam et superbiam inultoruin et imperitiam vulgi, oportebat eum loqui ut pluies, in etliiione vulgala, quamvis cum paucis sibi foret senlicndum in recta philosopbiæ doctrina... quamvis pauca sunt istæ falsitates, innumerabilibus et pulcherr irais vcrilatibus conslipalæ, et magnificis secretis philosopbiæ interposilæ » (Comm. nat., mss. de Paris, 4a Pars, cap. III, fol. Tl.)
L’influence d’Averroès sur Bacon a été considérable; mais faut-il le compter parmi les partisans de cette doctrine qui, sous le nom d ' Averroïsme, introduisit des nouveautés dangereuses dans la philosophie, et semble opposée à toute croyance religieuse? De bons juges n’ont pas hésité à l'affirmer, et le rangent, sinon parmi les Averroïstes déclarés, au moins parmi ceux qui, par aveuglement, ont accepté des idées dont ils ne voyaient pas le venin (*) parce qu’ils étaient peu initiés aux disputes théologiques. Ce jugement sommaire ne saurait être confirmé. 11 y a deux personnages dans Averroès : il y a l’auteur du Grand commentaire, pour lequel Bacon professe une reconnaissance bien méritée ; il y a aussi l’inventeur d’opinions contraires à la foi, et le propagateur de l’esprit d’impiété; et Bacon, avant saint Thomas lui-même, fait une rude guerre à ses doctrines. Averroès a enseigné en métaphysique que la création est impossible et que l’agent ne peut s’exercer que sur une matière éternelle comme lui ; qu’il fait passer de la puissance à l’acte; Bacon répète à chaque page les propositions contraires, oppose la création à la simple génération, et n’accorde aucune existence à la matière indéterminée; le ciel, dit le commentateur, est un être vivant; il est inanimé, dit Bacon; toutes les âmes ne font qu’une âme, dit l’un ; c’est une hérésie damnable, s’écrie l’autre. Sur un seul point les deux philosophes sont d’accord, à savoir, sur la distinction entre l’intellect agent et l’intellect possible, et la nature objective du premier. Mais, posant l’intellect agent hors de l’âme, Averroès le réalise dans une intelligence planétaire, la plus voisine de l’humanité; Bacon le place au sein même de Dieu. Le docteur scolastique reproche encore au commentateur d’avoir identifié le mouvement avec le mobile, de l’avoir confondu avec la quantité, d’avoir refusé au temps toute existence en dehors de l’âme, de n’avoir eu que des opinions contradictoires sur l’unité de l’intellect (2), d’avoir inventé la vision d’une âme du monde, et enfin, étonné de tant d’erreurs, il dit : « Bien qu’il parle souvent d’une
(*) Renan, Averroès, p. 211.
(*) Comm. nat., Pars 3a, dist. I, cap. V.
manière excellente, Averroès a parfois commis des erreurs honteuses; je ne manque pas de les reprendre lorsqu’il est à propos; il est un exemple de la faiblesse du génie humain, et il faut croire qu’il a emprunté à d’autres les vérités qu’il a connues, puisqu’il commet tant de grossières bévues qu’il y mêle de son propre fonds. Non certes, un esprit aussi solide que l’attestent ses écrits, ne serait pas tombé dans des fautes si humiliantes, si ces nobles ouvrages étaient dus à sa propre inspiration ('). * Ailleurs encore, Bacon traite assez durement le même philosophe, et déclare qu’Avicenne est bien au-dessus de lui. Il est donc permis d’assurer que, s’il ne reconnaît pas l’autorité tyrannique d’Aristote ni celle d’Avicenne, ce n’est pas pour abdiquer entre les mains du Commentateur.
Il cite rarement parleurs noms les ouvrages d’Averroès, dont les titres sont ceux mêmes d’Aristote; on remarque seulement la mention de ces deux livres : De substantiel orbis, et Liber rerum mundi.
L’admiration de Bacon, qui, à propos de ces trois écrivains, est tempérée par quelque blâme, s’exprime sans réserve et se mêle à une sorte de tendresse lorsqu’il parle d’un autre auteur de l’antiquité, qui pour cette raison, mérite une mention à part: c’est Sénèque. L’amour de la science, le respect de la raison, l’ardeur à en propager les lumières, la foi aux destinées de l’esprit et aux progrès de l’avenir, la prédilection pour la morale, voilà les titres qui recommandent Sénèque aux préférences de notre docteur et multiplient les citations innombrables de ses sentences brèves qui se prêtent si bien à cet usage. Bacon avait fait chercher ses ouvrages, qu’il était difficile de rassembler; quand il compose l 'Opus majus, il n’en a encore qu’un petit nombre; dans Y Opus tertium, il annonce au pape qu’il a pu trouver les autres, et même il en a composé pour
(s) « Duo sunt de erroribus suis magnis (Averrois) licel enim in uiultis dicat optime, tamen in quibusdam turpiter errât, ut palet de unitate inlelleclus in omnibus, et in quibusdam aliis, sicut ttbique noto hoc, ubi opportunum. Per eum scire possumus quoil nihil est perfeetum in humanis inventionibus, et crcdendum est quod ea quæ benc scripsit accepit ob aliis, propter pingues errorcs quos ex sensu proprio interserit. Nam nunquaiu homo sic fundalus, ut scriptura sua déclarai, possel ita turpiter errare, si ex suo sensu tam nobilia scripta cmanarent, etc. » ( Comm . nat., mss. de Paris, fol. 40.)
Sa Sainteté des extraits qu’il joint à son livre sous ce titre : Flores Senecœ , et qui existent peut-être dans quelque bibliothèque (‘). Il n’a pour aucun homme, si célèbre qu’il soit, cette effusion et ces louanges, et il va jusqu’à proposer de le mettre dans les mains des enfants à la place de la Bible, défigurée en vers latins. Lui-même puise abondamment à cette source. Iiésite-t-il à publier des vérités importunes? Sénèque lui répond : «Je ne voudrais pas de la sagesse, si on me la donnait, à condition de fermer la main qui la contient. » Lui oppose-t-on l’autorité? il en appelle à Sénèque, qui compte parmi les causes de nos malheurs l’influence de l’exemple, inter causas malorum nostrorum est quod vivimus ad exemplum . « Est-il, dans toute la sagesse théologique, philosophique et juridique, une aussi belle pensée? Parole excellente, digne de tout éloge et révélée par Dieu lui-même. » L’ignorance de son temps lui pèse-t-elle? il se console avec son auteur : « Le vulgaire saura un jour ce que nous ignorons, et nos descendants s’étonneront de notre aveuglement. * Veut-il opposer à la corruption présente la pureté des anciens sages? Il montre Sénèque se recueillant tous les soirs et interrogeant sa conscience (2).
Outre les Lettres, alors divisées en plusieurs livres, le De bénéficié, en sept livres; les Questions naturelles, en huit livres; le De ira, le De clernentia, Bacon cite comme appartenant à Sénèque quatre livres de déclamations ; le traité De quatuor virlulibus cardinalibus (3); Liber de copia verborum (*); De fortuit or-um remediis (5); Liber de forma mundi (6).
(fi) Oudin cite le manuscrit in codicibus Bibliothecœ jucobeæ, cod. 878.
(2) Bacon ne songe pas ii faire honneur au Christianisme de cette élévation morale, et pourtant il sait qu’il existe de prétendues lettres de saint Paul h Sénèque.
(3) Œuvre apocryphe attribuée h Martin de Prague, mort en 583, et souvent imprimée au xvie siècle. Baluze n'est pas éloigné de croire que ce soit un abrégé d’un livre de Sénèque. Vincent de Beauvais en parle aussi : Spéculum historicité, lib. IX, cap. Cil.
(4) Aulrc écrit apocryphe, de la même origine que les lettres de Sénèque b saint Paul, dans lesquelles il est cité. (Voy. Fabricius, Biblioth. lat., t. Il, cap. IX.)
(5) Déjà cité par Tertullien, et perdu depuis, à moins que Bacon ne désigne ainsi le traité apocryphe De fortuitis remediis, imprimé à Leipsick, en 1500 et 1503.
(8) Perdu depuis. Bacon eu cite des fragments; avant lui, Raban Maure, le men-
S II
Nous avons fait une place à part aux quatre auteurs qui précèdent ; nous nous bornerons désormais a énumérer sommairement les sources de l’érudition de Bacon, en relevant pourtant, lorsqu’il y aura lieu, les renseignements qui peuvent intéresser l’histoire littéraire.
Dans la philosophie proprement dite, Bacon ne paraît connaître parmi les Grecs que le seul Aristote; il cite d’autres noms, mais ce sont ceux que lui indique le Stagyrite ou Cicéron : Démocrite, Xénophon, Parménide, Mélissus, Empédocle, et enfin Platon avec le Phédon et le Timée, dont il a au moins des traductions latines [l). Chez les Latins, après Sénèque il estime surtout Cicéron. S’il faut l’en croire, nous aurions perdu depuis le xiue siècle plusieurs des ouvrages du grand orateur; ce qui ferait penser que le moyen âge n’a pas toujours été un dépositaire très-fidèle des trésors de l’antiquité. Il mentionne les Verrines, le Pro Marcello, les Philippiques., De clivinatione, De partit ionibus oratoriis, Les paradoxes, De amicitia, De senectute, De natura Deorum, Les tusculanes qui sont peu connues, assure-t-il, le De officiis ; il fait vainement chercher dans tous les pays les livres de la Bépublique et quelques autres ouvrages, mais il a en main Y Hortensias, dont il nous reste si peu de débris, le Timée, dont il cite des fragments, et les Académiques, auxquelles il attribue cinq livres (2).
Tous les ouvrages de Boèce sont familiers à Bacon, et il lui sait un gré infini d’avoir traduit convenablement une partie des œuvres d’Aristote ; il y a deux conditions pour traduire, répète t-il : connaître la langue du texte et la science dont il traite. « De tous les traducteurs, Boèce seul a su le grec, et seul Robert de Lincoln a
lionne : De inslitutione clericorum, III, p. 251. Bacon admire beaucoup cet ouvrage, où Sénèque joint b la physique, dit-il, d’admirables pensées morales.
(*) Les manuscrits écrivent toujours in Phœdrone.
(2) Avait-il encore les Académiques h Varron, dont il reste des fragments appartenant à trois livres, ce qui ferait le compte?
connu les sciences. » Cet éloge qui rassemble deux hommes dont l’un vécut au vie et l’autre au xme siècle, a donné à penser à M. Cousin que Bacon voulait désigner un autre Boèce que le contemporain de Bacon, personnage inventé, on peut le dire, par Jourdain pour expliquer un passage d’Aventinus et de saint Thomas, et qui serait contemporain de Robert Grosse-Tête (*). L’existence du Dominicain Boethius, de Dalmatie, exhumé par un savant critique, ne nous paraît pas très-certaine, et surtout expliquerait mal les passages dont il s’agit; mais ce qu’on doit plus formellement nier, c’est que les éloges de Bacon s’adressent à cet inconnu. Quelles raisons en donne-t-on? Bacon le rapproche de Robert? Mais qu’y a-t-il d’étonnant? ce sont les deux seuls traducteurs qu’il estime. Boèce ne mérite pas les louanges adressées à sa science dans les langues, dit-on encore, et n’a su que le grec, tandis que Bacon exige l’hébreu et l’arabe? En vérité, Bacon aurait mauvaise grâce à réclamer la connaissance de l’arabe, pour traduire Avicenne et Averroès, à une époque ou Mahomet est encore à naître. Ce jugement parait donc douteux, malgré l’autorité du nom de M. Cousin (2) ; nous ajouterons que, mieux informé des œuvres de Bacon, l’éminent critique eût trouvé plus d’un passage où Boèce, l’auteur de la Consolation, le consciencieux traducteur de la Logique, est désigné par Bacon d’une manière qui ne laisse pas de place au doute ou à la confusion. Nous ne citerons, pour en finir, que ces seuls mots : « Boethius primus interpres novit plenam potestatem linguarurn (3J . » Il s’agit donc du premier traducteur d’Aristote.
Voilà tout ce que Bacon connaît de la philosophie ancienne. Quant à la philosophie arabe, outre Avicenne et Averroès, il invoque Algazel et Alpharabius, et jamais Avempace ou Maimonide, si connus de ses contemporains. Il cite aussi le Fons vitœ, sans en nommer l’auteur, et surtout les médecins et les astronomes orientaux, comme on le verra bientôt.
Un fragment curieux, que nous traduisons, nous fait connaître les
f1) Jourdain, Recherches, etc., p. 57.
(5) Journal des savants, 1848, p. 232.
(3) Mss. de la Biblioth. imp., 7440, cap. H.
moralistes dont les œuvres sont à la disposition de notre docteur; il en fuit le catalogue en ces termes : « Parler en détail des vertus et des vices serait trop long, et il vaut mieux recourir aux œuvres des moralistes, comme aux Traités des offices, des Paradoxes, de Y Amitié, de la Vieillesse, des Questions tusculunes, aux cinq livres des Académiques, aux sept livres Contre Verrès, à Y Hortensius, au livre Des divinations, De la nature des Dieux, au Timée de Cicéron et aux Philippiqves ; au grand livre Des premières épitres et au corps même des épitres de Sénèque, à ses Lettres à saint Paul, à ses traités du Remède de la fortune, des Quatre vertus cardinales, De la clémence, aux sept livres Des bienfaits et aux quatre livres Des déclamations, aux huit livres Des (questions naturelles ('), au traité De la forme du monde, où il mélange à la physique d’admirables pensées sur les vertus. D’autres philosophes font comme lui, car toute science spéculative a des rapports avec la morale. A cela il faut joindre beaucoup des livres d’Aristote, comme les dix livres de l’ Ethique en triple traduction, et le Commentaire d’Averroès, et le Commentaire d’Eustacius chez les Latins (2) ; puis, les livres d’Aristote sur la Science des secrets, sur la Rhétorique, sur la Poétique, avec le Commentaire d’Alpharabius et d’Averroès. Il y a encore les livres d’Apulée sur le Dogme de Platon, le Dieu de Socrate, et les livres de Trisinégiste Mercure, d’Hermès, d’Avicenne, d’Alpharabius, et de beaucoup d’autres qu’il serait trop long d’énumérer (3). »
Parmi les philosophes du moyen âge, Bacon cite peu de noms et peu d’ouvrages; saint Anselme est critiqué pour son opinion sur le temps; Hugues et Richard de Saint-Victor, pour leur haine contre les sciences profanes ; Pierre Lombard, pour son ignorance profonde ; Alexandre de Halès, Albert et saint Thomas, pour leurs doctrines. A ces noms il faut joindre encore: Richard de Cor-
(*) Il n’y en a que sept.
(*) Euslrathe, archevêque de Nicée. (Calai, des mss. de la Biblioth. imp., n“ 6458.) Le témoignage de Bacon confirme la conjecture de M. Jourdain, qu’AIbert avait sous les yeux une version latine faite immédiatement du grec. ( Recherches , p. 180, 353.)
(’) Biblioth. imp., mss. 7440, fol. 26.
nouailles, sophiste des plus subtils, dit Bacon, et qui, en 1250, a répandu à Paris, et plus tard à Oxford, les doctrines les plus pernicieuses (*); Edmond Rich, qui explique le premier le Livre des réfutations ; maître Hugues, que Bacon a connu, et qui introduisit dans l’enseignement les Seconds analytiques (2); Michel Scot, qui, le premier, donna aux Latins les œuvres d’Aristote d’après les textes grecs, vers 1230, dit Bacon (3) ; Thomas de Saint-David, un des personnages les plus vénérés de Bacon, qui porte sur lui un témoignage admiratif que M. Jourdain détourne à tort au profit de Thomas Cantimpré (*); Alain de Lille, avec son livre intitulé De plantu naturœ, ou De queslu naturœ, ou De conqueslione natures, et V Anticlaudien ; Guillaume de Shirwood, qu’il oppose à Albert, sans en faire grand cas, puisque, jusqu’à la fin de sa vie, il ne saurait écrire ce que lui, Bacon, a composé en peu de temps (5) ; Jean de Garlande, qui vivait encore de son temps, et Alexandre Necquam, ces deux derniers à titre de grammairiens. A ces noms, il est inutile de joindre ceux de Robert Grosse-Tête, d’Adam de Marisco, de maître Pierre, de Jean de Londres, dont il a été question ci-dessus; mais nous nous arrêterons un moment à celui de Guillaume de Paris, parce que le témoignage de Bacon a été cause d’une erreur dans laquelle sont tombés deux savants critiques. Notre docteur raconte, en effet, qu’il a entendu deux fois l’évêque de Paris disserter sur la nature de l’intellect agent, et invoque son autorité contre les modernes qui veulent en faire une faculté de l’âme (6).
(*) Compend. Theol., Pars 2a, cap. V. — Les auteurs parlent peu de ce personnage. Leland le confond avec (Richard Rufus; Wadding lui attribue des commentaires sur le livre des sentences. (Script, ord. mon., p. 305.)
(2) Id., ibid. « Yidi magistrum Hugonem qui primo legit librum posteriorum. » Ce Hugues semble ne pouvoir être qu'Hugues de Saint-Cher, l’auteur des Concordances, mort, d’après Henri de Gand, en 1264. (Henricus Gand, dp. mirœum, p. 172.)
(3) On le fait mourir en 1290; cette date se concilie h peine avec la mention de Bacon.
(*) necherches , etc., p. 65. — Cf. Op. terl., cap. XXVI ; — Op. maj., p. 88.
(s). C’est une date à réformer. Les historiens fixent en 1249 la mort de Shirwood
(uist. lût. de la France, t. XX, p. 516); Bacon affirme qu’en 1267, il vit encore. Au dire de M. Hauréau, c’est un des meilleurs logiciens du ime siècle.
(*) Op. iert., cap. XXIII,
M. Cousin, et après lui M. Renan, en ont conclu que Guillaume suit la doctrine d'Averroès, et ce dernier l’accuse même d’inconséquence à ce sujet (l) ; c’est là une imputation tout-à-fait erronée. Il suffit d’ouvrir le traité Da anima, et on y trouvera, de la page 205 à da page 210 (2), une discussion surabondante à ce sujet. L’auteur nie, il est vrai, que l’intellect soit une faculté de l’âme, mais plus énergiquement encore qu’il existe en dehors de l’âme; il n’en veut à aucun titre. Les principes de la science, dit-il, ne sont pas aperçus dans une lumière étrangère par l’âme et n’ont pas besoin de l’aide de l’intellect actif; cet intellect qu’on a rêvé, quem somniant, est tout à fait inutile. Guillaume se prononce donc autant contre Averroès que contre l’opinion des Dominicains, et en l’invoquant à l’appui de sa thèse, Bacon a voulu faire croire ou a cru lui-même, que combattre ses adversaires sur ce point, c’était faire cause commune avec lui.
s III.
On a vu que Bacon, lorsqu’il parle d’une science, se fait un devoir d’en raconter l’histoire et ce qu’il sait des hommes et des ouvrages. On trouve donc chez lui, outre les philosophes dont nous venons de parler, les noms d’un grand nombre de grammairiens, de traducteurs, de physiciens, d’astronomes, de mathématiciens, que nous allons reproduire, en signalant parfois le parti qu’on peut tirer de ces mentions, pour corriger ou compléter certains détails d’histoire littéraire. Les traducteurs sont sévèrement appréciés par notre docteur : il n’y a d’exception que pour Boèce et Robert de Lincoln, l’un parce qu’il a su le grec, l’autre parce
(l) Renan, Averroès, p. 183.
(!) Opp. Guillelmi Alvcrnensis, 1674. Suppl., t. II, p. 206. — Rien n’est plus précis que la doctrine de l’auteur, et elle est en tout point contraire II celle de Bacon et d’Averroès: « Principia scicnliarum sunt lumina per se ipsa naturaliter illuminantia potentiara cognitivam .. non indigent adjutorio intellectus agcntis... supervacue ponitur intellcclu9 agens. » (P. 207-210.)
ROGER IUCON
que, grâce à la longueur de sa vie et à l’excellence de sa méthode, il a approfondi toutes les sciences ('), car pour les langues il les a peu connues; il n’était pas assez fort en grec et en hébreu pour traduire par lui-même (2). Ces assertions doivent nous mettre en défiance contre les éloges que les biographes décernent à Robert sur sa science dans les langues, et ébranlent les preuves déjà si faibles qui décident Jourdain à lui attribuer une version des Éthiques (3). Saint Jérôme reçoit aussi de Bacon quelques louanges pour sa traduction de la Bible; mais il est convaincu d’avoir commis bien des erreurs, qu’il n’a sans doute pas osé corriger de peur de soulever contre lui l’esprit de routine (v). Mais le texte en usage dans la Faculté de Paris réunit toutes les imperfections, addition, soustraction, changement, réunion, division, etc. Les œuvres de la sagesse profane ont eu pour interprètes cinq traducteurs : Gérard de Crémone, Alfred d’Angleterre, Hermann l’Allemand, Michel Scot et Guillaume de Flandre, et on a vu plus haut quel mépris notre auteur professe pour eux. Nous n’en parlons ici que parce que son témoignage peut fixer quelques incertitudes sur la date de leur existence. D’abord, « Gérard de Crémone est le plus ancien, et pourtant il a vécu, comme tous les autres, de notre temps (5) ; des personnes encore jeunes aujourd’hui, ont été ses contemporaines (6), » dit-il en 1272, ce qui ne se comprend guère si Gérard est mort en 1187, comme l’affirment les historiens. Quant à Hermann, il est encore vivant, et Bacon l’a parfaitement connu. Ainsi se trouve confirmée l’heureuse distinction de Jourdain entre Hermann Contract et Hermann l’Allemand, jusque-là confondus; l’un
P) « Proptcr longitudinem vitæ et vias mirabiles qnibus usus est. » ( Comp . Phil., cap. X.)
(*) « Quamvis Hebræum et Græcum non scivit sufllcienter, ut per se transferret sed multos habuit sdjutores. » (ld., ibid.J
(3) Recherches, etc., p. 59.
(*) Compend. Phil., cap. IX. — Bacon y relève plusieurs erreurs et discute le sens de plusieurs mots.
(B) « Omîtes fuerunt temporibus nostris. » ( Compend . Phil., cap. X.)
(8) « Aliqui juvenes adliuc fuerunt contemporanui Gerardo Cremoniensi qui fuit antiquior inter illos. » (ld., ibid .)
est mort en 1054 (*); l’autre vit encore vers 1272 (*)', c’était, nous dit Bacon, un des traducteurs qu’un prince éclairé, Frédéric II, avait assemblés autour de lui (3). Au reste, il n’a su ni la logique, ni l’arabe, ni le grec; il n’a pas osé traduire la Poétique ni la Rhétorique, et s’est borné à donner une mauvaise version du Commentaire d’Averroès sur l’une, et des gloses d’Alpharabius sur l’autre; et encore les Sarrasius ont-ils eu le principal rôle dans ses travaux. Quant à Michel Scot, il a ignoré les mots et les choses et a tout emprunté au Juif Andréas (4); Bacon ne dit pas expressément que Scot fût encore en vie, pourtant il le met entre Hermann et Guillaume, tous deux vivants, ce qui semble confirmer l’opinion commune qui le fait mourir en 1290, et contredit celle de Jourdain qui recule cette date jusqu’à 1250. Alfred l’Anglais, compatriote de Bacon, n’en est pas mieux traité ; il est encore vivant à l’époque où écrit Bacon, et cette affirmation paraît ruiner celle de Jourdain, qui, après Brucker, fixe sa mort à la fin du xne siècle (5) et reprend Pits de l’avoir fait vivre vers 1270. Il semble qu’il faille en croire Pits. ordinairement si peu digne de croyance. Guillaume de Flandre vient le dernier dans cette revue et reçoit les coups les plus rudes; il ne sait pas un mot de grec, chacun le reconnaît à Paris; toutes ses traductions sont fausses, et la philosophie est corrompue grâce à lui (6). Les prologues des traductions d’Hermann cités par Jourdain, un fragment de Scot publié par M. Renan, et enfin des passages de Guillaume insérés par M. Cousin dans son édition de Proclus, justifient et au-delà les diatribes de notre docteur, et ne sont, en effet, qu’un abominable fatras.
Parmi les grammairiens proprement dits, les deux meilleurs
f1) Honoré d’Aulun, Apud IHirœum, p. 129.
(*) < Hermanus quidem allemannus adhuc vivit. » ( compend . Phil., cap. X.)
(®) Opus tertium.
(*) « Andréas quidam judæus plus laboravit in his operibus quam ipse. » ( Compend . Phil., cap. X.)
(s) Recherches, etc., p. 106.
(6) Compend. Phil., cap. X. — Cf. Op. maj., ad præf.
sont, suivant Bacon, Priscien et Donat, qui ont connu le grec; il faut y joindre le commentateur de Virgile, Servius, pour ses belles remarques sur les Géorgiques et un traité de Prosodie. Jean de Garlande et Alexandre Necquam sont mentionnés sans commentaires (J); mais toute réserve est mise de côté à propos de trois grammairiens alors classiques, et dont les œuvres, Bacon nous l’apprend, servaient à l’enseignement : ce sont Papias, Hugucio et Brito (2). L’inüuence de ces hommes au moyen âge fut considérable sur la première éducation, et Bacon avait touché juste en leur déclarant la guerre. Ses critiques n’eurent du reste aucun effet; à la fin du xve siècle, on se sert encore d’un vocabulaire extrait de Papias et d’Hugucio (3); Vivès et Erasme, près de trois siècles après Bacon, ne font que répéter, à propos de ces deux auteurs, ce qu’en avait dit le scolastique, et Naudé lui-même attribue à leurs dictionnaires le langage grossier et incorrect du moyen âge (4). L’idée que Y Histoire littéraire de la France nous
(*) Jean de Garlande fui contemporain de Bacon : « Sicut ego ab ore ejus didici, » dit-il, ( Compend . Phil., cap. X). Ce passage a permis b M. V. Le Clerc de corriger une erreur b propos de la vie de cet écrivain. (Hist. lût. de la France, t. XXI, p. 309.)
(*) Papias, d’après Ducangc, vivait vers 1063, et est l'auleur d’un Glossaire imprimé b Venise en 1406. (Gloss., 1678, p xxxvi.) Fabricius l’accuse d’incplie (llibl. lat., nov. suppl , 1712); Hugucio, auteur d’un autre Glossaire dont Ducange cite la préface, mourut vers 1212, et, s’il faut en juger par ce fragment, il méritnil bien les reproches de Bacon. Quant b Brito, Ducange le cite aussi comme auteur de divers ouvrages de grammaire; Pits a eu en main un de ses livres ; de Elymologiis vocabulorum sacrœ scripturœ, ce qui s’accorde avec l’assertion de Bacon ; Cave lui attribue des Synonymes, imprimés b Paris en 1508. Enfin, il ne serait peut-être pas impossible d’établir que les glossaires manuscrits analysés dans I ’Hisl. litt. de la France (t. XXII, p. 20) sont de cét auteur. Wadding le fait mourir en 1356 ; l 'Hist. litt. le fait vivre au xtv* siècle (t. XVI, p. 356); le témoignage de Bacon oblige b corriger ces dates.
(3) Yocabularius compendiosus exsummâjanuensi, Buiguicione, et Papia excerptus. Venetiis, 1490. — Cf. Ducange, Gloss., p. xl.
(4) « Ils ne pouvaient guères faire de pièces bien polies et limées, ne prenant leurs règles que dans le Grecismus et le Barbarismus, et ne choisissant leurs molsqu’ès dictionnaires de Papias, d’Hugutio, de Janutnsis et de Mamotrectum. » (Naudé, Addition à l'Uist. de Louis XI, cliap. VI, dans l’édition de Domines. Bruxelles, 1723, t. III, p. 67,)
donne de quelques-uns de ces glossaires confirme le jugement de Bacon (*).
Les mathématiciens connus de .Bacon sont assez nombreux; l’antiquité lui a laissé des ouvrages d’Archimède, d’Hipparque, de Ptolémée, d’Euclide; il connaît le premier par une traduction latine; le second par les travaux arabes, comme l’indique le nom d’Abraxis sous lequel il le désigne, et aussi par des textes d’une autre origine, puisqu'il lui donne ailleurs son nom grec (2). De Ptolémée, il avait l’ Almageste, traduite par Gérard de Crémone; Y Optique, dont il cite plusieurs livres, et qui depuis a presque entièrement disparu. Les Eléments d’Euclide avaient été traduits par son compatriote Adélard, dont il cite l’ouvrage, et commentés par Campano de’Novarre; Y Optique du même auteur et son traité De speculis sont souvent invoqués (3); il y faut joindre Théodosius, De sphœris (4) ; Boèce avec ses traités de Géométrie, à' Arithmétique, de Ifhisique ; Bède, le vénérable; Jordanus, qui est sans doute ce Jordanus Nemorarius qui, vers P230, compose un Traité de la sphère et dix livres à' Arithmétique, et enfin un ouvrage de géométrie qu’il appelle Liber trium fratrum. Les Arabes viennent ensuite en grand nombre; sans parler d’Avicenne et d’Averroès, il y a Alpharabius, dont le nom esl parfois écrit Alfaragius, et son livre de Motu cœlorurn ; Albategni, Alphraganus, Messahalac et son traité de Causis orbis ; Thébeth le Sabéen, que Delambre appelle le Ronsard de l’astronomie et que Bacon nomme le plus grand des philosophes chrétiens, et son traité Introduction à V Almageste ; Arzachel, l’auteur des tables de Tolède, et le chrétien converti Alpétragius (5) ; Albumazar et ses livres Liber conjunclionum, Liber de floribus et le Majus introductorium, qui, paraît-il, ne se
(*) Hist. litt. de la France, I. XXII, p. 9, ait. de M. Littré.
(*) M. de Humboldt suppose b tort que Uacon ne connaît que le nom arabe Abraxis. Dans le Comput se trouve plusieurs fois le nom .d’Hipparque.
(3) l’optique ne paraît pas l’œuvre du savant géomètre. (Voy. Montucla, t. 1er, p. 226.)
(*) Malhémalicien qui, selon Montucla, serait du temps de César. Son traité a été imprimé b Venise, en 1759.
(5) Voy. Jourdain, Hecherches, etc., p. 132.
retrouve plus aujourd’hui; Alcabitius, nommé ailleurs Alcabius, et Altavicus et son Liber de scientia ; Haly, plus souvent cité comme médecin; Avenzoar, Aben Ragel, Abuena, Johannicius (*), et enfin les tables d’Alfonse, celles de Tolède, celles de Pise, de Londres, de Marseille. Les opticiens proprement dits sont : Alkindi, Alhazen , Constantin l’Africain, Autolicus, Mileus et Tideus (2) ; les médecins, Hippocrate et Galien, et un grand nombre d’Arabes : Isaac avec son livre Des fièvres et du régime ; le prince Abohaly, qui n’est autre qu’Avicenne, avec son grand ouvrage De arte medicinœ; Rasy, qui fut longtemps classique; Haly, De regimine senum. 11 faut encore y ajouter Dioscoride et deux Salernitains, Constantin, du xic siècle, et Platearius, du xnc. Dans la géographie, il allègue, outre ses autorités ordinaires, Salluste, Pline l’ancien, le commentaire de Macrobe sur le Songe de Scipion, Flavius Josèphe, très-mal traduit, assure-t-il; Hégésippe, De subversions Jérusalem (3) ; saint Jérôme, Paul Orose, Martianus Capella, De mundi descriplione ; Isidore et ses Etymologies, la Cosmographie d’Ethicus, les Prophéties de Merlin, les récits de Jean de Piano Carpini et de G. de Rubruquis.
A côté de ces ouvrages, il y en a quelques autres d’origine suspecte et dont Bacon ne nous a conservé que les titres; c’est ainsi qu’il cite souvent Artephius, qui a trouvé le moyen de vivre plusieurs siècles et a composé un traité De speculis (4) ; Hernès Mer-
(*) Avenzoar est parfois écrit Abenvezer; on trouve Àbenlina au lieu d’Abuena; mais le texte prouve bien qu’il s’agit de l’astronome d’Alfonsc : Johannirius esl déjà cité par Vincent de Beauvais. Dans le manuscrit du Computus se trouvent aussi les noms de Mezslaniæ et de Melella(?).
(2) Ces trois derniers noms sont bien obscurs. Un manuscrit de la Bibliothèque impériale, Suppl, lat., 49, contient vingt-un ouvrages fort peu connus, et qui tous sont cités par Bacon, comme si lui-même les avait rassemblés. Au folio 19, on trouve : Liber Autolici de sphœra mota ; plus loin, liber Milcy de figuris spericis , et enfin, sermo de speculis, cditus a Tideo, filio Thcodori. Ces trois ouvrages sont bien ceux que Bacon cite dans sa Perspective.
(3) Cet Hégésippe aurait vécu du temps de Constantin, et ne serait pas le même que le juif converti dont on lit des fragments dans Eusèbe.
(*) Artephius, de Arte occulta. Paris, 1612. — V. aussi le Théâtre chimique.
cure avec son livre De divina naturel ; Trismegistus, De divinitate ad Asclepium, et différents ouvrages touchant sans doute à l’astrologie et à d’autres sciences défendues : Liber novem judiciorum, Liber pulchrorum judiciorum, Liber de o/ficiis spirituum, Liber de morte animœ, Liber de arte notoria. Enfin ses livres sont parsemés de citations d’un personnage auquel il ajoute grande confiance, et qu’il appelle Ethicus ou Eutichus. D’après les passages que Bacon nous en fait connaître, sous ce nom étaient répandues des œuvres diverses traitant de sciences différentes, et se faisant toutes remarquer par le mélange mystique des idées chrétiennes et du platonisme ; leur auteur est successivement nommé par Bacon Ethicus Astronomus, Ethicus Alchimus, Ethicus Cosmographus, et plus souvent Ethicus Philosophas. C’est un de ces anciens, prétend Bacon, qui ont été illuminés par une révélation anticipée, et qui, avant Jésus-Christ, ont connu le christianisme; il y a des prophéties merveilleuses sur l’Antéchrist et les Tartares dans ses oeuvres; saint Jérôme n'a pas dédaigné de le traduire du grec eu latin; un de ses ouvrages était écrit dans un langage formé du mélange des trois langues, grecque, hébraïque et latine. Il est triste de penser que cet Ethicus semble placé dans l’estime de Bacon a peu près au niveau d’Aristote ou d’Avicenne, et aussi souvent nommé (').
A cette liste déjà longue, nous joindrons, pour être exacts, les œuvres des historiens et des poètes et de différents écrivains purement littéraires. Pour l’histoire, Bacon possède Salluste, Tite-Live;
(') On a pru de renseignements sur ic personnage. Des ouvrages cités pnr Bacon, il ne reste sans doute que la Cosmographie : Ælhiei Cosmographia, publiée entre autres fois par Gronovius. après Pomponius Mêla, p 705. I.ugduni Balavorum, 1722. — V. aussi Vossius, de llist. lat , lib. I, p 64. — Gesner, Ep., p. 49. Gesncr cite comme existant encore des livres d'histoire, mais sans rien préciser. Quant au Jérôme qui aurait traduit ces rêveries, il n’a avec le saint que la ressemblance du nom. — Voici un passage de Bacon : « Et Ethicus philosophus in libro de Divinis et humanis et naluralibus quem bebræo sermone, græco et laliuo, propter sccretorum magniludincm composuil ponil in Deo Patrem et verbum Pa tris etSpirilum Eanctum. » (Morale, la Pars, cap. III.) Les auteurs rontemporains ne citent pas cet Ethicus. (Cf. Fobricius, Bibl. lut., nov. suppl. Hambourg, 1712, p. 175. C’est ce qu'il y a de plus complet sur cet écrivain.)
Trogue Pompée, dont il parle du moins comme s’il l’avait sous la main; Justin, Aulu Gelle et Les Nuits attiques; Apulée, Du Dieu de Socrate et de V opinion de Platon ; Censorinus, De die natali ; Solinus, De mirabilibus ; Cassiodore et ses Lettres; Flavius Josèphe; pois viennent Marianus Scotus et sa Chronique qui va jusqu’en 1083, Paul Orose et son traité De ormesta mundi (*), les Chroniques d’Eusèbe traduites par saint Jérôme, les œuvres de Bède, la Chronique de Cluny, les Gestes des Bretons, Gerlandus, les pères de l’Eglise, comme saint Jérôme, saint Augustin, saint Ambroise, saint Cyprien, Jean Damascène, Origène, le plus grand des docteurs chrétiens, dit Bacon. Parmi les poètes, il connaît Homère, Virgile, Térence, Ovide, dont il cite souvent un poème apocryphe, De vetula seu de mutatione vitce suœ (2). Dans sa grammaire grecque, on trouve cette curieuse nomenclature : « Je veux suivre surtout Bède, Priscien, Donat, Servius, Lucain, Juvénal, Stace, Horace, Perse, Juvencus, Arator (3), Prudence, Paulin, Prosper, Sedulius, Isidore et Pline, parce qu’ils sont les plus anciens et les plus sûrs, et qu’ils ont su plus de grec et par suite plus de latin (*). »
(*) Il cile aussi Orosius, ad Augustinum.
(2) Ce poème singulier et assez rare a fourni des citations aux auteurs d’astrologie. La naissance du Christ y est prédite. Fabricius soupçonne qu’il est de I.con, prolonotaire du palais de Byzance, au xite siècle; et M. J.-V. Le Clerc, au témoignage de M. Libri, donne h celte conjecture l’autorité de son érudition.
(3) Arator a mis en vers les Actes des Apôtres (Diblioth. Palrum ); Sedulius est l’auteur de quelques hymnes conservées par l’Église, et d’un poème en cinq chants sur les cinq ouvrages merveilleux de Dieu.
(4) Grammat. grœca, mss. du collège de l’Université d'Oxford, distinct. II, cap. 111.