‹ Roger Bacon, sa vie, ses ouvrages, ses doctrines, d'après des textes inéditsChapitre 18 sur 53 · DES OUVRAGES DE BACON C · texte numérisé non relu

DES OUVRAGES DE BACON C

g I. Des difficultés relatives aux ouvrages de Bacon; de ses ouvrages imprimés; de VOpus majus édité par Jebb. — g II. Des manuscrits français. Bibliothèque Impériale, Maiarine, Amiens, Douai. — g III. Manuscrits anglais, manuscrits de Londres et d'Oxford. — g lY. De la série complète des œuvres de Roger Bacon. Computus 1268. Opus majus, Opus minus, Opus tertium 1266 à 1268. Compendium philosophiœ 1271, Compmdium theologiœ 1292. — • g Y. Des erreurs des bibliographes.

Bacon avait beaucoup écrit et ne le cède pas en fécondité à ses grands rivaux du xiii^ et du xiv® siècle, dont les immenses travaux nous étonnent. La condamnation qui Ta frappé, le dédain ou peut-être la haine de ses confrères dans Tordre de Saint-François, les attaques qu^il avait prodiguées aux docteurs les plus autorisés, ont contribué à rendre ses ouvrages très-rares ; le plus petit nombre a été imprimé, et les autres n'ont guère laissé que des débris dispersés dans les bibliothèques de France et d'Angleterre, sans que jusqu'à présent aucune main pieuse ait pris le soin de les rassembler. Léland, au xvi® siècle, se plaint de leur rareté, et prétend qu'il serait plus facile de réunir les feuilles où la Sybille écrivait ses oracles, que les noms seuls des livres qu'il a composés. Luimême n'en cite guère qu'une trentaine. Balée (*), d'abord très-

(*) On trouvera daas la cinquième partie de cet oavrage des extraits des œuvres inédites de Bacon, qui couflrmeronl les résultats Indiqués dans ce ctiapitre. Nous y renvoyons une fois pour toutes.

(*) nitutrium majorii Britanniœ icripiorum, etc., 1548 (absque loco), p. 114. Bacon y est appelé pmstigiator, magui, neeromaniieus, accusé de rapports avec les mauvais esprits. Baiée lui attribue vingt-trois ouvrages (Se édit., 1557).

incomplet, arrive dans une seconde édition jusqu'au chiflâ^ de 80. Pits (*) s'en éloigne peu, sous le rapport du nombre et des titres, et Wadding (*) se contente de copier Pits. Oudin ('}, dans sa Bibliothèque ecclésiastique y et Tanner, dans sa Bibliothèque bri" tannieo hibemica (^), énumèrent plus exactement les manuscrits anglais. Pendant ce temps, quelques ouvrages d'alchimie et d'optique sont livrés à l'impression, quelques savants méditent une édition et reculent devant la difficulté, et enfin S. Jebb entreprend cette œuvre. Il avait déjà recensé plusieurs manuscrits, et ne savait en quel ordre placer ces fragments épars, lorsque son frère l'instruisit que, dans la bibliothèque du collège de Dublin, il y avait un manuscrit contenant beaucoup d'écrits attribués à Bacon, et paraissant se suivre comme des parties d'un même tout. Le titre manquait. Jebb crut y retrouver VOpus majus^ et le publia sous ce nom (*). Il plaça en tête de cette belle édition, reproduite à Venise en 1750, une savante préface où il esquissait la vie de son auteur et tâchait d'éclaircir la question si obscure de ses ouvrages. Depuis, quelques écrivains éminents, surtout en France, ont consacré des travaux à Roger Bacon ; maison ne trouve de renseignements bibliographiques que dans la notice de V Histoire littéraire^ due à M. V. Leclerc. Les manuscrits de Bacon, à part celui de Douai, dont M. Cousin a cité quelques fragments, sont restés inconnus; et l'on peut même assurer que les historiens de la philosophie qui ont parlé de ce grand homme, à l'exception des écrivains que je viens de nommer et de Jourdain dans ses Recherches sur les traductions d'Àristote, ont pour la plupart mal connu l'Optis majus, devenu très-rare en France. Les recherches auxquelles nous nous sommes livré dans les bibliothèques de France et d'Angleterre (^) nous permettent de

(^) Pitsei angli relatiamm hiitoriearum, ete., t. I, p. 360. Paris, 1619. (*) Àtmalei minonm, t. Il, p. 293. Lyoo, 1628. — Soriptores, art. Baeo, (') Commintarivê de Seriptoribua ecelenastieis, t. III, colon n. 193, 197. Lipsiae, (*) Tbomas Tanner; Biblioth, Brit. hibêt, Loodini, 1748. {>) OpMf majui ad CUmmOmn papam, Londres^ 1733; io-folio, (*) Qn'il nous soit permis de payer on tribat de reconnaissance ï la mémoire de

présenter sur le nombre et rîmportanoe des ouvrages du docteur admirable des conclusions incomplètes encore, mais qui, pour la première fois, reposent sur Tétude des textes inédits.

Il y- a peu de choses à dire des œuvres imprimées de Roger Baqon après Texcellente notice que M. V. Leclerc a insérée dans VHistoire littéraire. Nous renvoyons à cet article pour les indications bibliographiques, et nous nous bornons à examiner Tauthenticité de ces œuvres. Ce sont :

1^ Spéculum alckimiœ, souvent réimprimé de 1541 à 1702 dans les bibliothèques et répertoires d'alchimie, sans mériter tant d'honneurs; traduit en anglais par un anonyme, en français par un gentilhomme du Dauphiné, et souvent sous le faux titre : âiiroir de maistre Jean de Mehun (*). Il y a sept chapitres qui traitent de la définition de Talchimie, de la nature des métaux, de leur constitution, de la manière de composer Tétixir qui les purifie, et comment et quand on doit opérer la projection sur les métaux. Rien ne prouve que cet opuscule appartienne à notre docteur. On en trouve très-peu de manuscrits ; les idées et la méthode ne sont pas celles qu'il indique ailleurs; pourtant, il n'y a pas de raison positive de le lai enlever.

'^ De miraàili potestate artis et naturœ, ^n de philosophorum lapide, etc., publié par Oronce Finée, à Paris, en 1542; édition très-défectueuse et souvent inintelligible, réimprimée dans le Thea^ trum chemicum, et traduite en français par Jacques Gérard de Tournus d'une façon tout aussi peu claire (<); l'édition d'Oxford 1594 et celle de Hambourg 1613 sont infiniment préférables. Le titre de cette dernière est plus exact : Epistolœ fratris Rogerii

M. PortoDl, qai voulut bien aatorlser de son patronage et rendre plus ftcfles tiar ses recommandations nos recherches dans les bibliothëqaes anglaises.

(^) The mWor of Alchymy eompoHd by thê thrieê famoui and leamed fryw

A. Bacon aUo a mo9t excellent and Uamed diMcoune of the admirable forcé

and effUaeiê of art, etc. London, 1507; ln-4<>.

(*) Souvent réimprimée, entre autres fois en 1618, avec le Miroir dé maUtrcJéham de Hétrun,

Bacoms de secretis operibus' ertis et naturœ et de nuilitate magiœ opéra J. Dee, Londiaensis, pluribus eXemplarihm eïistigata olim, et ad sensum integrum restitutce^ etc., in-S^. Cet onvrage a été aussi tradait en anglais en 1597, m-4<>, à Londres, sous le nom de R. Bachin, puis, en 1659, sous ce titre : Frier Bacon his diseovery of the miracle of art, nature and magiek, faithffUly translated ont ofD^ Dee's mon Copy, by.T. M. and never before in english. C'est ua recueil de plosieais \sikxesL.sa. dtfiEéteatft sujets. On croit qu'elles forent écrites à Guillaume d'Auvergne (*); ce qui les reporterait à l'extrême jeunesse de l'auteur, ou plus probablement à Jean de Londres, c'est-à-dire, suivant nous, Jean Basingestokes; peut-être aussi furent-elles adressées, comme les trois lettres dont nous parlerons plus loin, à Jean de Paris, son disciple bien-aimé. On y trouve dix chapitres, dont les cinq derniers sont énigmatiqucs, et plusieurs dates qu'il n'est pas facile d'expliquer. Au chapitre Vil (^), on lit : « Je réponds à votre. demande la 601* année des Arabes, > et au chapitre X (^) ; < Vous m'avez interrogé au sujet de certains secrets Tan 608 des Arabes. » Ce qui fait, pour notre manière de compter, l'an 1306 et l'an 1213; or. Bacon n'était pas encore né à cette époque. Il y a corruption dans le texte, ou bien ces chapitres ne sont pas de lui. Quant aux premiers, ils dénoncent à première vue leur auteur; on y voit la plus grande confiance dans les ressources et la portée du génie humain, le dédain pour les opérations magiques, et la foi dans un avenir où des prodiges seront réalisés par l'industrie. C'est un des opuscules les plus connus de Bacon. Nous nous bornons à cette mention (*).

S"" Libellus Rogerii Baconi Angli, doctissimi mathemaiioi et

(') Jebb ; Op. maj. ad pïaef.

(*) Édit. de 1642, fol. 49.

- (») Idem, fol. 33.

(*) La tradoction française est pleine d'inepties. L'aoteor troQYe le texte obscur — CD le Toit de reste, — et se plaint qu'il ne soit pas enrichi de 'm nnmérenses locations latines. • L'avertissement paile de cette composition écrite par c Monsieur B. Bacon, pliilosopbe et grand personnage de son temps. » Paris, 1629.

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medid de retardandis seneetutis aceidêniibus et de smiBiims eonservandù (^) oxooi». Anno 1590. — Ce livre est très-rare, et nous ne l'ayons rencontré qa*en Angleterre. La bibliothèque impériale ne possède que la traduction anglaise : The cure af old âge, and preeervaiûm of yauih. By the great mathemaiician and phyù-^ dan Roger Bacon, a franciscan frier, tranelaied, etc., bj Ri* chard Brown. London, 1683. Un manuscrit d'Oxford (') contient ce traité avec une longue dédicace à un pape, qui nous parait avoir été Nicolas III. L'auteur y donne lui-même le sommaire de son œuvre : < Il y traite : 1® des causes de la vieillesse et des moyens d'y résister; 2^ des accidents de la vieillesse, des signes des lésions des sens, des causes qui peuvent servir ou blesser les sens, Pimagination et la mémoire; 3^ des aliments et des boissons qui peuvent restaura les humeurs chaque jour évapcHrées ; 4® des moyens d'empêcher eelte évapotatioa ; 5* des alimenta qui hâtent les progrès de la vieillesse; 6*^ des moyens d'absorber les humeurs qui causent les accidents de la vieillesse ; 7<> des moyens de réconforter la chaleur naturelle ; 8® des moyens de réconforter les facultés et les sens et de ramener les forces ; 9"* des moyens de fortifier le corps et de faciliter les mouvements ; 10^ des moyens de conserver à la peau sa beauté juvénile, sa propreté et sa couleur, et d'éviter les rides; 11^ de l'utilité de cette lettre, du régime des vieillards, de la composition des médecines (*). L'ouvrage publié renferme seize chapitres. >

4^ SaniùHs medicinœ magistri D. Rogeti Bacoms angli de arte chymiœ serifia^ eui aecesserunt opuscula alia ejusdem au^ thoris 1608, in-19, réimprimé en 1630, sous ce titre : Saniùris medicinœ, etc. Thésaurus chemicus. — Sous ce titre, sont rassemblés six petits traités qui ont été souvent jugés apocryphes. Il y a pourtant à distinguer, et peut-être le plus grand itombre de ces fragments revient-il à notre docteur. D'abord, les deux extraits qui

(^) Ce titre est le véritable, et diffère oo pen de celai qne transerit l'Jftftottv Uué' rairê»

(S) CaBonlel eodicei, 884; Id-18.

(*) Gaioaieif«odei, 884, fil. 8, Oi eomerpûtionê «anifolif «I /hmmImIm pneervaUom.

sont en tète du livre soDt évidemmont de lui, et Pun est emprunté à VOpus tertium, Tautre à an ouTrage désigné sous le nom de U" vre des six sciences, et qui pourrait bien être le Compendium phi' lasaphiœ. Le premier traité est nà abrégé du livre d'Avicenne, de Anima, et ne renferme que des énigmes alckÎHÛqoea. Bacon reconnait en maint passage avoir traduit oette œuvre d'Avicenne (^). Le second. Brève breviarium fratris Rogeri Baooni de Dono Dei, se divise en deux parties : Tune spéculative, Tautre théorique* Chaque fois que Bacon parle de Talchimie, il la divise ainsi, et le sommaire qu*il donne de ses travaux à ce sujet se rapporte parfais tement à Tordre suivi dans cet opuscule. C'est son style, ce sont les mots qu'il emploie, ce sont parfois des passages entiei*s qui se retrouvent ailleurs; puis de très-vieux manuscrits de Londres et d'Oxford, et même un de Paris, renferment ce même ouvrage, formellementattribuéàBacon. Enfin, les doctrines sont celles que Bacon professe partout ('). Le troisième est attribué à Raymond Gaufredi, qui Taurait reçu de la bouche même de Bacon prisonnier, et une note rejetée à la fin nous apprend que Bacon révéla ses secrets à Raymond, général des Mineurs, en échange de la liberté que celuici lui rendit. Dans le reste du livre, il faut encore restituer à notre auteur le Tractatus trium verborum, dont nous avons lu beaucoup de manuscrits, qui est composé de trois lettres à Jean de Paris, probablement Télève du philosophe, et qui, à part tout témoignage, porte à chaque ligne Tempreinte de son origine. Bref, s^il fallait apprécier les doctrines de Bacon en alchimie, il vaudrait mieux les puiser dans ces trois traités que dans le Miroir d*alchimie, dont Porigine moins contestée est plus suspecte, et qui est un abrégé insignifiant.

5® Bogerii Baconis Angli, viri eminenUssiini Perspeeiiva, nunc primum in luœm édita, opéra et studio Jobannis Combachii pMlosophiœ professoris in academia marpurgensi. Francofurti 1 614, in-4^. — Ce livre n'est pas antre chose que la cinquième

(^) COMimiitfaïuiliiraltimi^ cap. II. Manose. de Paris. - Op. tert., cap. XII. Inlrod. (*) Voy. rartont les pages 100 11 108.

partie de VOpm majus, édité par Jebb ; le commencement seul offre une variante.

6^ Spécula Mathematica in quitus de specierum multiplica' tiane earumdemque in inferioribus virtute agitur. Liber omnium seientiarum studiasi$ appritne utilis, Gombachii studio et opéra Erancofurti 1614. — C^est la quatrième partie de rOpi^ma/t/^^ sans un seul changement, telle qu'elle se trouve dans Tédition de Jebb. Combach a omis les derniers chapitres, qui traitent de Tastrologie, de la géographie et de la chronologie, et qui, dans l'édition de Jebb, vont du folio 108 au 255. M. Cousin se trompe donc quand il avance que ce traité était tout à fait différent de celui de YOpus majus, et qu'il le rapporte à VOpus tertium. Une simple confrontation des deux ouvrages aurait pu lui éviter cette erreur (*). C'est encore à tort que cet illustre philosophe conseille de rechercher dans ce livre des détails plus complets sur l'optique; c'est, à proprement parler, un traité de mathématiques, et le mot spécula a seul pu causer cette confusion. A l'ouvrage publié par Combach est joint un opuscule intitulé : De speculis; l'auteur y traite de la fabrication des miroirs ardents et de la manière de faire converger en un même point tous les rayons qui tombent sur une surface réfringente.

7® Rogeri Bacon Opus majus ad Clementem Papam. Publié par Samuel Jebb en 1733, et réimprimé à Venise en 1750, avec un Prologus galeatus, par les Franciscains délia Vigna. C'est le monument le plus important que la presse nous ait livré du génie de Bacon. Tout en rendant justice au savoir et au travail de sir Jebb, il importe pourtant d'établir que son édition n'est pas sans défaut, et qu'elle renferme une partie importante qui jamais n'a pu entrer dans le cadre de cet ouvrage, et qu'elle a omis d'autres parties que Bacon lui-môme y avait insérées ; ces deux points sont hors de doute.

Il y a d'abord dans YOpus majus tout un long traité (pages 358- 445) intitulé : Tractatus magisM Rogeri Bacon de multiplica-

(^) Jowmal dei Swanti, p. S36. 1848.

tione spederum, qui. vient après la Per^^pecUve, et qui, au premier coup d'œil d*up lecteur attentif, y parait déplacé. En effet, ce sujet a déjii été étudié dans la quatrième partie (pages 65-88) ; et dans la Perspective qui précède, Bacon a soin de nous dire que^ pour comprendre cette science, il faut toujours avoir en main son livre sur la muliiplicaiion des images (' j, qui, dans Tordre adopté par Jebb, ne vient qu'après la Perspective elle-même. La Perspective cite souvent ce traité ; donc, il n'est pas à sa place. 11 y a plus : on Ut dans ce traité douteux, page 368, cette simple mention : c Ut tactum est > in communibus naturalium. » Or, ce livre ainsi cité, Jebb le savait, fait partie d'un ouvrage postérieur, VOpus minus suivant l'éditeur, VOpm tertium suivant nous (^), et il est vraiment étrange que cette phrase ne l'ait pas. arrêté. Un autre témoignage se retrouve à la page 358. L'auteur dit : c J'ai démontré, dans la troisième partie de cet ouvrage, que ces mots essence, st^stanee, » nature, puissance, etc., sont synonymes. » Or, rien de pareil dans la troisième partie de YOpus majus; mais cette preuve se trouve au long aussi dans le traité de communibus naturalium^ qui, en réalité, est la troisième partie de VOpu^ tertium. Enfin, Bacon lui-même nous donne, dans l'Introduction de ÏOpus tertium, le sommaire de VOpus majus. Il y parle de la multiplication des images, telle qu'elle se trouve expliquée dans la quatrième partie; de ce long traité, il ne dit pas un mot. Donc, cet ouvrage, qui rompt l'unité déjà peu sensible de l'œuvre de Bacon, qui fait dou-* ble emploi avec la quatrième partie, qui cite des ouvrages postérieurs à \Opus majus, des passages qui ne s'y retrouvent pas, n'a jamais fait partie de ce recueil. Sa place est dans. VOpus tertium, comme on le verra bientôt.

En second lieu, l'édition de Jebb pèche aussi par défaut. D'abord, la seconde partie, qui traite de la grammaire, est tout à fait incomplète. C'est Bacon encore qui nous l'apprend. Il fait ailleurs (') le sommaire de cette partie, et rappelle qu'il y a traité de

(^) Opuêmaju», 5* pars., p. 356.

C) Jebb. pnef. ad Opu» majus.

(') OpiM ierH^j <»P- ^^Vl.

Tatilité des langues pour le commerce, les relations avec les autres pays, de la composition du langage, des signes, de Téquivoque de Tanalogie, de Torigine du langage, de la langue naturelle, etc., tous sujets absents de Tédition de Jebb. Sans doute, Féditeur n'a rien trouvé de plus dans ses manuscrits; encore aurait-il dà nous prévenir de tout ce qui lui manquait. 11 s'excuserait plus difficilement d'une seconde lacune qui nous prive de toute une partie importante àeVOpm mcffus, la septième, qui renfermait la morale, la fin suprême de la science et la théologie profane, comme Bacon le déclare dès le début. Si Ton en croit le Catalogue de la bibliothèque de ûublin^ ce traité se trouvait joint à ceux que Jebb a publiés. On y lit, en effet, rénumération des diverses parties du livre, et le n"* 9 contient cette mention : De philosophia morali, lib. VI. (^). Bacon lui-même, dans le cours de son ouvrage, renvoie à la Morale en maint passage : c Ut in morali pbilosophisB ex- » planabo (*) ut in moralibus exponitur (*) sed in morali pfailoso- » phia hoc ex propriis erit planum {*) ; sed in tertia parte moralis » philosophiœ de bac confirmatione abundantior fiet sermo {*), » Mais on pourraittcncore douter qu'il ait mis son dessein à exécution, et croire que la septième partie de YOpus majus ne fut pas écrite ; qu'on interroge alors VOpus tertium, si fécond en renseignements, on y trouvwa le plan de VOpus majus et la citation répétée de la sep^tième partie, avec le sommaire des questions qui y étaient traitées, ce qui rend toute insistance inutile (*). Enfin, nous avons retrouvé à Londres une grande partie de cette Morale, et le début, rappelant ce qui précède, montre d'une manière indubitable qu'elle constituai!) la septième partie de VOpus majus C).

(*) Catalogi eodieum manutcripUmim Angliœ et Hibemiœ in unum oolleeti, no2Sl. OiODi», IS97.

(*) opui ma^w, fol. 86.

(S) Idm, fol. 88.

(*) Idem, fol. 135.

(>) Idem, fol. 119.

(') Voy. sartottt le chapitre XIV do Manuscrit de Doaai.

Ç) Royal library. 8 F. Il, fol. 167. De morali Philoeophia, -— Depvls que ces ilgnes sont écrites, on a pabUé b Dublin ie texte do manascrit négiifé par Jebb.

SA VUS ET ses OUVRAGES. 68

Ainsi, quelques traités d'alchimie, de médediie, d^optiqne, et un grand recueil, VOpm mqfus, voilà les seub mmiuments qm ont pu servir à apprisder un dés plus célèbres docteurs du xiii* siède, et encore la plupart de ces livres sont d'une rareté extrême. Pourtant, au témoignage des bibliographes. Bacon avait composé des œuvres considénd)les, et les catalogues des manuscrits français et anglais rapportent les titres d'un grand nombre d'ouvrages manuscrits; titres trop souvent décevants, et presque toiqours erronés. Ces catalogues donnent dos noms divers au même ouvrage, à des parties d'un même livre, ou bien le même nom à des ouvrages différents ; et, sous ce rapport, les renseignements qu^on peut^mîser à Londres et k Oxford n'offrent aucune autorité. C'est donc à l'examen des manuscrits inédits de Bacon que nous avons dû recourir, et nous exposons brièvement les résultats de notre enquête. Nous avons examiné environ quatre-vingts manuscrits, et les limites et la nature de cet essai ne nous permettant pas de donner une description détaillée de chacun d'eux, nous nous bornons à signaler les plus importants.

La France ne possède qu'un petit nombre de manuscrits de notre docteur; mais quelques*uns ont une grande importance et ne se retrouvent qu'imparfaitement en Angleterre. La bibUothèque impériale nous a offert quatre manuscrits. Dans le vieux fonds latin, on trouve sous le n® 3598 ('), au folio 31, un fragment : c Incipit » tractatus fratris Rogeri de generatUme speciemm, et multipli-

> catime et aetione et eorruptiane earum. Postquam habitum est » de principiis rerum naturalibus communibus quse sunt materia » et forma et privatio, potentia activa et passiva (*), etc., nunc

> dicendum est de his quœ ordinem naturalem sequuntur. » Le

(*) Caiolo^ manuMeHfMrum, t. Ht, p. SOS.

(*) VHùtùirt littéraire rapporte ce fragment k l*OpUÊ

sujet de ce fragment assez long, jusqu'au folio 57, est donc la multiplication des images, comme dans le traité inséré à tort par Jebb dans la cinquième partie de VOpus majus. Seulement, tout le début est différent; mais à partir du second chapitre, nous retrouvons le texte de Jebb (page 318). Le préambule rattache simplement ces chapitres à d'autres qui ne sont pas de VOjpus majus, on te voit de reste. Il y a aussi vers la fin quelques différences entre le texte et celui de Jebb. On assignera plus tard sa véritable place à ce fragment.

Au folio 57 commence un autre fragment sans titre : c Hic aliqua sunt dicenda de perspectiva. » C'est la cinquième partie de VOpus mqjtis, mais elle est incomplète. Au folio 138, un fragment sans titre relatif à Talchimie, et à la fin duquel on lit : c Explicit de sttbjecto transmutationis secundum Rogerum Bachonis fsicj. > Le n° 7440 du même fonds (^] contient, au milieu d'autres ouvrages étrangers à notre sujet, un fragment curieux ; on lit au folio 38 : c Incipit metaphysica Rogeri Baconis de ordine praedicatorum. • Ce titre de Frère prêcheur avait porté M. V. Leclerc à supposer que cet ouvrage pouvait bien être de Robert Bacon le Dominicain. Cette ingénieuse conjecture est démentie par l'étude du texte et par un manuscrit de la bibliothèque Bodléienne, n° 1791 , folio 92; on y lit : c Incipit metaphysica fratris Rogeri ordinis fratrum minorum de vicîis contractis in studio theologia). » C'est le même début des deux côtés : c Quum intentio principalis est vobis in- » nuere vicia studii theologiae, quse contracta sunt de curiositate > philosophiae, cum remediis istorum, etc. » Seulement, le manuscrit d'Oxford ne contient que les dix premières lignes. Celui de Paris s'arrête au folio 40 ; mais au folio 25 on en retrouve la suite, qui s'interrompt définitivement au folio 32 sans être terminée.

Deux autres manuscrits : l'un de l'ancien fonds latin n^7455 ('), l'autre du nouveau fonds n° 1153 ('), ne renferment rien d'inédit ou d'important. Le. premier reproduit quelques pages de VOpus

(>] Catalofftif, tu., t. IV, p. 389.

(*) Catalogua, ete,, t. IV, p. 86.

(") Montfawon, t. H, p. 1115.

HMQué, page 57; lé second est un manuscrit légué en 1782 à Saint-Gérmain par le duc de Coislin, évèque de Metz; il est trèsr ancien, et on y lit ce titre : c D. fratris Rogeri Bachonis, De naturis » metallorum in ratûme alkimica et ariifidali tramfarmatione. — » Ârs alkifflica duo prindpaliter considérât. > C^est Vakhimie iiur primée à Francfort sous ce titre : Brève Bremarium. On lit aussi ce second titre : Rogeri Baeon, Cœlestis alehymia.

La bibliothèque Mazarine possède deux manuscrits de notre auteur : Tun est sans importance et ne renferme qu'une copie du De Multiplicaiione et de la Perspective; Fautre, inscrit au n® 137, est un magnifique in-folio sur parchemin, à deuX colonnes, d'une écriture gothique du xiv^ siècle. La destinée de ce manuscrit est curieuse : il a d'abord appartenu à John Dee, cet alchimiste admirateur de Roger; puis à Kenelm Digbj, dont il porte les armes et la devise : « Yindica te tibi; > puis enfin à Richard O'Eden, dont la signature se lit à la fin. Par quelle fortune est-il arrivé dans une bibliothèque française? C'est à coup sûr un des plus précieux débris de l'œuvre de Bacon. Il porte en titre : < Incipit liber primus Com^ > munium naturalium frdins Rogeri Bacon, habens quatuor partes » principales. > C'est un long ouvrage dont on dira plus tard l'objet, et qui ne contient pas moins de 90 folios; après quoi vient un second traité bien moins considérable, que Yincipit indique faussement comme le second livre, et qui se trouve désigné dans un autre manuscrit anglais sous ce nom : De Cœlestibus. Le Communia renferme la physique générale, et est intact dans ses quatre parties; on le retrouve au musée britannique, à la Bodléienne et dans un collège d'Oxford; mais aucune de ces trois copies n'est à beaucoup près aussi complète que celle de la Mazarine.

La bibliothèque d'Amiens contient sous le n^ 406 (^), dans un énorme manuscrit in-folio sur parchemin, à deux colonnes, d'une écriture fine et difficile à lire, qui parait remonter au xiv*' siècle, divers ouvrages de Bacon, qui ont cela de commun qu'ils sont tous des commentaires. Ce sont d'abord des questions sur les livres

(^) Catalogue dei Livret manmcrUs de la Bibliothèque d'Amiens, par Garnier. 1843, p. 320.

de physique d'Aristote, qui vont du feoillet 1^' au %®; pois une seconde glose sur le même ouvrage, qui, diaprés M. Cousin, serait plutôt la rédaction d'un élève que Tœuvre du maître, mais qui, en réalité, est plus complète que la première : Quœstianes super librum physkorum a magistro dicto Bacon (^), qui s'étend jusqu'au folio 73. On y trouve intercalée tout une glose sur le livre De vegetabilibusy alors attribué à Aristote. Au folio 74 commence une glose sur to métaphysique d' Aristote, et qui comprend le livre XI^; le !•', le 11% le V% le VI% le Vn% le VI1I% le IX* et le X« dans cet ordre. Tout cela est mélangé d'un commentaire sur le livre De Camis, et d'un traité de logique dont l'auteur n'est nommé que par des initiales, S. H. — M. Cousin a donné une description de ce manuscrit (*); nous en avons fait un rapide examen; il est facile de se convaincre que l'auteur n'a d'autre but que d'éclaircir le texte du maître sans le commenter ou l'interpréter. C'est une simple glose qui peut avoir son mérite, mais qui, en somme, est d'une grande sécheresse. Les mots de la traduction latine sont d'abord cités et ensuite expliqués. Nous avons profité de quelques passages de ce curieux manuscrit, en regrettant de ne pouvoir en faire une étude plus approfondie (').

Enfin, la bibliothèque de Douai conserve une copie de YOpus tertium qui se retrouve plus complet au Muséô britannique et surtout à la Bodléienne. M. Cousin a donné des extraits de ce précieux manuscrit (*] ; nous l'avons collationné avec ceux d'Angleterre, et il nous a été possible d'en tirer encore des renseignements utiles pour la vie et la doctrine de notre auteur. Le même manuscrit contient une Grammaire grecque qui est la copie de celle du collège du Corps-du-Christ à Oxford, et un Compuius qui est un fragment incomplet d'un autre manuscrit du Musée britannique.

(^) M. Coosin écrit : $ magistro,

(*) Journal dn SavanU. AoAt 1848.

(>) L'administration de la Bibliolbèque d'Amiens, pins sévère que beaacoop d'autres, noas a refusé les conditions d*une étude complète et sériease de ce manuscrit. M. Cousin l'a eo entre les mains plusieurs années.

(*) Journal det Savanti. Mars-Joln 1848.

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