ACTE III, SCÈNE II
Monter des mots brûlants qui voulaient me trahir... Mais tous, ils sont restés muets, pour t'obéir.
ANNE-MARIE
Avais-tu donc si peur que je te les reproche?
ANNE-MARIE
C*était le dernier espoir oij je m'accroche!... Je devais te défendre et je t'ai défendu . De parler. Mais ton cœur n'a donc pas entendu?... Le mien te criait : « Va, tu sais que je suis tienne, Et tu n'as qu'un devoir, c'est que je t'appartienne. » Tu t'es battu pour moi contre les ennemis... Je ne te croyais pas, tout à coup, si soumis!...
TOINET.
Contre les ennemis, il suffit d'être brave!... Mais tuer un bonheur, d'un mot, comme c'est grave! On hésite à frapper, dans ces combats du cœur. Quand c'est d'un vieil ami qu'il faut être vainqueur! Il est très bon, il fut très doux à notre enfance... En taisant notre amour, j'ai compris ta défense...
ANNE-MARIE
Sans doute... oui... Mais depuis que tu m'es apparu.
J'ai pensé... moi!... S'il m'aimait moins que je n'ai cru?
TOINET.
Qui? Lui?
ANNE-MARIE
C'est moi, vois-tu, je dois le reconnaître, S'il ressent quelque amour pour moi, qui l'ai fait naître! J'étais trop seule ici, lorsque tu m'as manqué. Et je me rends compte... oui... que je l'ai provoqué... J'ai mis imprudemment je ne sais quelle adresse A mêler à notre amitié de la tendresse, Et c'est beaucoup par moi que se sont enhardis. Ce matin plus qu'hier, tous les mots qu'il m'a dits!...
Si c'était vrai !
ANNE-MARIE
C'est vrai !
TOINET.
Je n'ose pas te croire.
ANNE-MARIE
Je t'assure... Plus je cherche... oui... dans ma mémoire,
Il n'était que l'ami le plus délicieux...
Et je suis demeurée une enfant à ses yeux...
Il m'épouse moins en amoureux qu'en poète.