L’ŒUVRE
’ oeuvre d’un artiste — cet œuvre qui contient sa vie — est, seul, toute une biographie ; il faut pour en avoir la compréhension exacte ne pas considérer chacun des ouvrages qui concourent à sa formation comme un fait isolé à disséquer à part, mais bien plutôt rechercher l’ensemble dont il dépend, et qui l’explique. Choisissant donc pour en analyser les détails l’ordre même qui a procédé à son édification, nous verrons peu à peu grandir l’ensemble de l’édifice, et nous comprendrons mieux le développement logique et continu de son évolution C
C’est de 189b que datent les premières compositions de Roger-Ducasse dont l’existence appartienne au public, car nous savons qu’il existe, de cette époque, deux mélodies : Hymne blanc (189b. — Pour Chant et Orgue, sur des paroles de Ducasse d’après le « Souvenez-vous » de saint Bernard) et Bernadette (189b. — Pour Chant et Piano, suides paroles de Pouvillon), toutes deux éditées en 189b chez Quinzard, mais probablement aujourd’hui introuvables,
1. L’ordre chronologiqueadopté en conséquence comme base de cette énumération critique est celui des dates de composition des œuvres et non celui de leur édition. A 1 heure actuelle on ne peut avoir la prétention d’esquisser encore qu’un catalogue raisonné; l’avenir fera le reste.
cetle maison ayant cessé d’exister. Il n’en est pas tout à fait de même d’une autre mélodie : Les Cloches de Noël (1896 .
— Pour Chant et Piano ; paroles de Roger-Ducasse), parue dans le Monde illustré (n° du 21 décembre 1896) L II est à regretter que cet essai original, écrit avant la venue de Roger-Ducasse près de Gabriel Fauré, semble devoir prendre aussi le chemin de l’oubli. Dans cette courte page en Fa Majeur, où les cloches en quintes et quartes sur une basse de douces sixtes soutiennent une ligne onduleuse qui décèle déjà le Roger-Ducasse prochain, le « Très gai » indiqué semble une gaieté sereine reflétant une quiétude mystique qui, jointe autour même de certains passages d’accompagnement, n’est pas sans faire penser aux premières mélodies de Franck.
Il ne me faut malheureusement citer maintenantque pour mémoire cette Sonate pour Piano et Violon (1896) dont j’ai parlé plus haut, qui est l’origine des relations de Roger- Ducasse avec Fauré et sur laquelle celui-ci avait émis une appréciation si flatteuse. Le manuscrit en a disparu, et il est douteux que de quelques esquisses qui — peut-être — subsistent encore, puisse renaître un jour cette œuvre importante d’un genredans lequel l’auteur ne nous a rien donné depuis.
L’année 1897 témoigne du stimulant qu’a donné à Roger Ducasse sa réception par le Maître et son admission à la classe de Composition. Coup sur coup, presque simultanément même, il écrit les pièces suivantes:
Petite Suite ( 1897 — Astrucigo/i, puis Durand 1911.
— Première Audition le 5 mars 1898 à la Société Nationale par M1Ic Marthe Dron et M. Ricardo Vinès). Ecrite origina-