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Celte mélodie a paru ensuite dans la Famille française

La date décomposition figurant sur les partitions (1899) est une erreur : la date même de la première audition le prouve.

lement pour piano à quatre mains, cette Suite toute petite et menue, et qui fleure parfois le Fauré, est formée de trois piécettes indépendantes et d’une simplicité qui étonne. Les idées claires y sont exposées simplement et ne reçoivent dans leur badinage charmant presque aucun développement. À la fraîcheur d’une romance sans paroles intitulée « Souvenance », où il passe comme un écho de la musique du Maître, succède une « Berceuse » de sonorités délicates, — bluette de 19 mesures dont la basse contient une curieuse mutation d’un rythme se déplaçant d’un temps à chaque demi-mesure ; enlinune « Claironnerie » juvénile et allègre où l’auteur s’amuse à imiter avec l’humour d’un Chabrier la sonorité aigre et la justesse douteuse d’un clairon, et où pointe déjà la verve franche et toute nationale de la Suite française. Orchestrée de façon heureuse et subtile au début de 1911, la première audition en a été donnée sous cette forme nouvelle le 26 mars 1911 aux Concerts Larnoureux sous la direction de M.C. Chevillard. Précédée déjà des Variations plaisantes, de la Suite française, et delà Sarabande, cette audition n’apportait pas de révélation nouvelle et la critique ne fit qu’enregistrer le succès de ces trois pièces ; « les rythmes du final n’ont rien perdu de leur saveur », écrit M. Samazeuilh (la République française) j ; de fait c’est la troisième pièce qui semble avoir gagné le plus à l’orchestration, avec ses jeux de timbres amusants et sa rythmique franche.

1 . Je ne me ferai point faute de donner au cours de ce chapitre quelques citations extraites de la presse musicale au lendemain de la parution ou de la première audition des pièces analysées ici. Outre l'intérêt qui s’attache à savoir l’accueil qui leur fut fait, il m’a semblé que le lecteur gagnerait à étayer son jugement sur des opinions émanant de personnalités différentes — et cela d’autant plus que nous avons souvent pu suspecter de quelque complaisance aimable le seul jugement de l’auteur consacrant un volume à une biographie.

Les biens dont vous estes la dame (1897. — Chant et Piano. Durand, 1902) et Adieu vous dy la larme à l'œil (1897. — Chant et Piano. Durand, 1907) sont deux Rondels (paroles de François Villon) dont la première audition a été donnée le 21 janvier 1899, à la « Société nationale », par Mme Lovano. Le modernisme délicat de cette musique aristocratique 11’est nullement déplacé sous la vieille poésie ; il s’échappe de ces Rondels un doux parfum ancien comme « rajeuni par la personnalité troublante et raffinée du plus moderne des compositeurs », a-t-il été écrit, et un seul trait suffit à unir étroitement dans une même pensée ces deux auteurs de race française séparés par plus de quatre siècles : et cette communauté est la fraîcheur. C’est le premier de ces Rondels qui fut présenté l’année suivante au Concours du Figaro, et qui y fut couronné (le Figaro l’a publié alors en supplément — 1898) ; la grâce séduisante et distinguée qui s’en dégage l’apparente directement, outre sa forme, à la Pavane de Fauré, — ainsi qu’il devait en être un peu plus tard de la Pavane pour une infante défunte d’un autre élève de la même école, M. Maurice Ravel.

Je passe sous silence un Trio qui devrait trouver ici sa place (1897) mais dont le manuscrit de jeunesse ne saurait satisfaire l’auteur ; — il n’est pas publié.

Les Pièces d'eau (1897. — Chant et Piano. Durand, 1908. Première Audition le 23 janvier iqo4 à la « Société nationale » par Mmo Rose Féart), tel est le titre du deuxième des poèmes qui composent le Cœur de l'eau de Georges Rodenbach. L’auteur a inscrit à l’accompagnement cette indication : u Comme un menuet lent », et celle-ci, de fait, s’applique de point en point à cette pièce dont la forme même satisfait à ce plan : un premier temps, une partie centrale qui tient lieu de trio, et un retour, pour finir, au temps du début. Les Je ts d eau (1897. — Chant et Piano. Durand

1 9 1 4) sur le troisième des poèmes de Rodenbacli, et dont l’auteur n’a pas été pleinement satisfait, n’ont été publiés que beaucoup plus tard. Inséparables de l’autre mélodie qui complète le Cœur de i eau (igoi), nous retrouverons celleslà en reparlant de celle-ci.

De 1897 à igoS nous ne voyons paraître que deux pièces — deux mélodies. Si ces années semblent peu productives tant par ce petit nombre d’œuvres que par leur peu d’importance, il ne faut pas oublier que ce sont avant tout des années de travail : les années de la classe de composition et de la préparation aux examens qu’elle comporte. Dans ce silence apparent nous serons étonnés au contraire de voir, au milieu de ces travaux et des concours de Rome, les projets de grande envergure que nourrit le cerveau d’un étudiant compositeur : en 1899, cesf 1 esquisse déjà jetée du Quatuor pour piano et cordes (dont le Scherzo, sous une forme première au reste peu différente de la version actuelle, remonte à cette date ainsi qu’une esquisse de l’Andante contenant un second thème depuis entièrement abandonné ; l’œuvre portait, primitivement, une dédicace à Ziloti). Puis, en 1900, c’est l’entreprise du Quatuor à cordes qui, sur plusieurs points, est ébauché. En 1901, enfin, Roger-Ducasse, que l’idée d’une œuvre de vastes dimensions hantait depuis quelque temps déjà — et qui se sent parfaitement armé pour construire un ouvrage dans lequel il pourra donner librement et pleinement sa mesure — conçoit le poème de Aujardinde Marguerite, œuvre de grande proportion dont les esquisses sont tout de suite tracées, et dont l’achèvement réclamera les quatre années suivantes.

En meme temps qu’il s’y donne, Roger-Ducasse écrit sur le premier des poèmes de Rodenbacli (dont il a déjà mis le second et le troisième en musique) la mélodie te Cœur de l'eau (1901. — Chant et Piano. Durand, 1908). La cons-

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Vu concours de Rome

tance des neuf croches de l’accompagnement, rythmées 8/8 -f- i/8, sert de façon heureuse la « nonchalance attristée » qui est la note « dominante du talent de l’auteur de Bruges la morte ». Le centre de la pièce esta quatre temps. La première audition que Mme Rose Féart donna du Cœur de l'eau le 23 janvier 1904, à la « Société nationale », comprenait les deux premières pièces du recueil. « La continuité et les caractères de l’accompagnement, le tour même de la phrase mélodique, apparentent nettement ces mélodies à cellesde Fauré », écrit Luc Marvy lors de leur parution (le Monde musical ) ; « la parfaite distinction qui caractérise toujours la musique de M. Roger-Ducasse règne encore ici de façon souveraine », ajoutait-il. Ceci confirmait d’ailleurs l’impression rapportée dans ce même journal après la première audition : « On n’est pas impunément l’un des meilleurs élèves d’un maître comme Fauré sans porter en soi le reflet de sa musique. Les deux mélodies de Roger-Ducasse sur le poème le Cœur de l'eau sont dans ce cas. C’est de l’exquise musique impressionniste, produite par une savante parure harmonique. » (Mangeot.) Une seule réserve, dans la critique, visait la ligne du chant « incertaine et peu caractéristique ».

En iqo3 alors, ainsi qu’un charmant délassement entre des pensées sérieuses, paraît, seule, l’illustration musicale du Noid des Boses « écrit spécialement pour le Figaro ». (Décembre hjo3. — Chant et Piano, sur une poésie de J. L. Croze ; publié dans le Figaro du 19 décembre 1903, puis édité en 1904 chez Enoch). Cette fraîche mélodie — délicat exemple encore d’un archaïsme subtilement rajeuni — est dédiée à Mme Gabriel Fauré. Au début de 1904 enfin, Roger-Ducasse, qui aime à se reposer au milieu d’un gros travail et d’un gros effort par la pensée d’une œuvre particulièrement douce, crayonne au dos d’une feuille volante

un thème exquis — un canon — qui attendra jusqu’en 1909 sa réalisation : c’est la première page de la Pastorale pour orgue.

L’année 1906 ne voit encore l’éclosion que d’une seule œuvre... mais cette fois de quelle importance !... C’est Au jardin de Marguerite (1901-1905. — Poème symphonique avec Soli, Chœurs et Orchestre. Durand, 1912. Première Audition intégrale le 18 avril 1910 à la « Société nationale » : Elle, Mlle S. Bouguet ; Lui, M. Paulet ; Soprano solo, Mlle Rose Féart ; Contralto solo, Mme Chadeigne ; Ténor solo, M. Paulet ; Basse, M. Krummacher. Orchestre et Chœurs sous la direction de M. Rhené Bâton). Cet ouvrage. essentiellement choral et dont l’argument semble bien imaginé par un poète et conçu par un musicien, est divisé en deux parties séparées par un Interlude symphonique. Le thème poétique en est original et touchant ; M. Roger-Ducasse a choisi comme point de départ de son poème le point où justement s’étaient arretés les ébats de Faust et de Marguerite. Mais « son entreprise, purement imaginative, n’a rien qui l’apparente à Goethe » ; elle ne fait que lui prendre « deux noms qui ne sont plus à lui ». (Vuillemin, Comœdia.)

I. — Faust, triste et vieilli, veut revoir une fois encore le jardin de Marguerite, où se sont déroulés pour lui tant de charmants épisodes d’amour. Il y revient un soir d’été, à la nuit tombante L.. Alors l’âme du Jardin doucement s’éveilleau mystérieux enchantement de la nuit qui vient. Tout prend , une voix autour du vieillard, et le jardin lui-même semble s’animer... ; les voix de la nuit s’élèvent, errent dans l’espace, parlent, chantent, évoquant le parfum doux des choses mortes: le souvenir descend de tout ce qui n’est

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