V. ci-dessous, p
2. Cf. d'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, IV, 1865, p. 696 suiv. et H. Sée, Etude sur les classes serviles en Champagne du XI^ au XIV^ siècle, Revue histor., LVI (1894) et LVII (1895).
3. 11 semble d'ailleurs que l'attribution au bailliage de Vitry d'un collecteur particulier ne fut pas absolument constante. Oudart .Maquart de .Mareuil, nommé le 10 février 1318 collecteur dans les comtés de Champagne et de Brie, opérait le l<^r mai 1319 dans le bailliage de Vitrj' (App. 11, § 2, c. 21). Une commission de Pierre le Jumeau, bailli de Vitrj-, en date de la Saint Martin 1318, lui donne même le titre de collecteur des mains mortes et des mains mariages (sic) en la baillie de Vitry et es ressers (JJ 64, fol. 59 v°, datée par erreur de 1319).
Par leurs comptes d'abord. Agents financiers, ils soumettaient, à des dales d'ailleurs mal déterminées, les résultats de leur gestion à l'administration centrale. Lorsque, au début du règne de Philippe de Valois, le clerc Robert Mignon dressa un inventaire des comptes royaux, il composa tout un chapitre avec les « écrits des mainmortes et formariages » ; ce simple catalogue, malgré sa sécheresse, nous livre aujourd'hui bien des indications utiles. Mais il y a mieux. A une époque qui nous est inconnue, une liasse de documents remis par les collecteurs de Sentis et Vermandois £ut dérobée au dépôt de la Chambre des Comptes ; heureux larcin, qui a permis à ce dossier d'échapper au désastre où périrent les archives de la Compagnie. Les pièces éparses s'en retrouvent maintenant dans diverses collections du Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque nationale. Elles vont, avec de fortes lacunes, de l'année 1282 jusqu'à la Toussaint 1293. Certaines d'entre elles ont beaucoup souiïert des injures du temps. Elles sont disparates et les renseignements qu'elles fournissent sont inégalement précis. Telles cjuelles, elles éclairent d'un jour très vif le chapitre d'histoire qui nous occupe ici ^.
Nous ne possédons de comptes, comme on vient de le voir, que pour Sentis et le Vermandois. Par un hasard contraire, toutes les lettres de commission portant nomination de collecteurs qui nous ont été conservées concernent la Champagne. Ces comptes, ces lettres, les registres du Parlement ou même les archives municipales fourniront les traits du tableau que je vais tenter.
Les premiers collecteurs des mainmortes apparurent au temps de Philippe le Hardi. Cette institution, qui surgit ainsi soudainement, fut-elle alors inventée de toutes pièces ? Rien ne serait moins conforme à ce que nous savons des habitudes de la monarchie capétienne. Il faut rechercher comment elle est née, et comment elle se rattache aux institutions antérieures. Nous
1. Pour l'énuniération de ces comi)les, voir ci-dessous, App. II, § 1 ; pour l'étude technique de la comptabilité des collecteurs, ibid., § 3. Je désignerai désormais, dans les références, les comptes par les numéros de la liste contenue dans.l'App. II. Les collecteurs se servaient de la monnaie parisis ; toutes les indications données sur leurs recettes ou leurs dépenses devront être considérées comme établies selon ce système monétaire.
consulterons sur ce point les lettres de commission. Il est vrai qu'elles renseignent sur la Champagne seulement. Mais la même évolution que nous allons voir se marquer dans les bailliages champenois s'était vraisemblablement déroulée, quelques années plus tôt, à Sentis et dans le Vermandois.
On sait l'importance nouvelle et le caractère propre que prirent sous les successeurs de saint Louis les enquêteurs envoyés par le roi dans les provinces. Chargés désormais moins de réprimer les abus de pouvoir commis par les ofTiciers royaux que d'assurer la perception la plus rigoureuse des revenus du souverain, ils s'attachaient spécialement à rechercher les droits « usurpés et concelés ». Ils s'efforçaient de découvrir dans l'enchevêtrement confus des coutumes locales les redevances dues au roi dont l'avaient frustré soit la négligence de ses représentants, soit les fraudes des particuliers : travaillant ainsi à raviver pour le plus grand profit du Trésor d'anciennes sources depuis longtemps taries. Or, quels droits pouvaient être usurpés ou concelés plus aisément que la mainmorte ou le formariage ? charges exceptionnelles qui dormaient pendant des générations et que réveillaient seuls des événements rares, un mariage hors du groupe servile ou l'extinction d'une lignée de paysans. Prenons un exemple. En 1297 deux enquêteurs, Raoul de Breuilli et Pierre de Latilli furent envoyés dans le Toulousain, pour récupérer ainsi toutes les vieilles créances du fisc. Sur quelles catégories de recettes portèrent-ils de préférence leur attention ? sur celles que le roi tirait de ses serfs ^. En Languedoc les missions de cet ordre n'ont jamais été que temporaires ; des délégués, munis sans doute d'instructions très générales qui leur prescrivaient de poursuivre partout les droits usurpés, ont cru devoir se préoccuper plus particulièrement des redevances ser'iles ; mais ils ne se sont jamais transformés en fonctionnaires permanents, chargés de percevoir mainmorte et formariage. En Champagne l'évolution s'est accomplie.
Le plus ancien des « écrits des mainmortes et formariages » qu'ait pour la Champagne inventorié Robert Mignon émane de