Compte
lement \ les coUecleiirs oui bataillé contre une foule de seigneurs, de serfs ou d'héritiers de serfs : luttes dangereuses, dont le vainqueur même risquait de sortir accablé de lourdes charges. Outre la procédure, outre les déplacements, c'étaient tantôt les salaires des avocats ^ ou bien des tabellions 3, tantôt pour les grandes enquêtes par tourbe l'entretien des témoins amenés devant les juges instructeurs en troupes imposantes *. Une bonne partie des recettes s'en allait ainsi en fumée.
Vraisemblablement, les critiques de l'ordonnance de 1302 n'étaient pas sans fondement. Que l'amour de la chicane ait souvent entraîné les collecteurs à des dépenses inutiles, on n'en peut guère douter. Ce travers ne leur était point particulier : qui ne l'avait parmi les fonctionnaires, leurs collègues ? qui ne l'avait parmi leurs contemporains ? Le Moyen-Age a beaucoup plaidé. A vrai dire, il eut pour cela quelques bonnes raisons. L'enchevêtrement des droits multiples dont chaque individu, dont chaque lopin de terre était l'objet, la prépondérance de la tradition orale, l'infinie variété des usages locaux, le rôle de la coutume et de la prescription, ont développé cet esprit procédurier qui a été une nécessité sociale avant de devenir un trait de caractère. Plus qu'aucune autre peut-être, les redevances serviles, nous l'avons vu, appelaient les contestations. Comment s'étonner que les collecteurs des mainmortes n'aient pas fui les procès ?
Bien des causes, auxquelles les collecteurs ne pouvaient rien, grevaient la perception des mainmortes et formariages, telle qu'elle avait été organisée, de charges très lourdes.
D'abord l'entretien de la machine à percevoir elle-même. Certaines des dépenses engagées par les collecteurs étaient peutêtre excessives ; mais même réduites par la plus stricte honnê-
1. Voir leurs compU-s. On remarc|uora dans le compte 4, pour désigner le Parlement, TexpressioD : « eundo apud Paiisius ad dics baronum ».
2. Compte 11 : « Pro consilio et auxilio habendo pro jure régis sustinendo racione ipsius mortue manus... • et au v» (tlétail des dépenses pour la mainmorte de Raoul Symoneej : >• Item cuidam advocato eonsiliario in predictis xvj 1. »
3. Compte 11, au v° : a Item duobus tabellionibus de Vcrduno... »
4. Compte 5, dans les dépenses d'un procès contre le chapitre de Soissons : > Item pro ^J testibus productis coram auditoribus predictis prodomino rege ad probandum quandam consuetudinem in castellania Petrefontis existentem et contra capitulum predictum per ""^ dies x lib. v d. »
Lr:S COLLECTEURS DES MAINMORTES Jet
teté, elles eusseiil subsisté et fussenl demeurées assez iortes : Irais de bureau, irais de déplacement, comment les éviter '? Ajoutons les salaires des collecteurs — fixés semble-t-il uniformément à soixante livres par an et par tête \ — et les salaires des sergents, qui paraissent avoir été variables. On avait créé tout un personnel administratif. II. fallait le payer.
Surtout chaque somme à recueillir entraînait fatalement une dépense : s'il s'agissait d'un formariage, enquête sur la fortune du serf qu'il convenait de taxer, s'il s'agissait d'une mainmorte frais d'inventaire des biens et frais de mise en vente. Tout cela, s' ajoutant aux déplacements de collecteurs, quelquefois aux frais de justice, formait un total qui n'était point négligeable. Reprenons le compte de Nicolas de la Sogne, le seul, comme l'on sait, qui nous donne un bilan complet ^ ; et cherchons c[uelques articles qui, ne comportant point de « plet », présentent seulement les charges ordinaires de la perception. Les deux mainmortes les plus faibles sont de 10 sous (produit brut) ; dépenses : respectivement 2 et 4 sous : le cinquième ou plus du tiers de la recette. La mainmorte la plus forte — 34 livres — coûte 8 livres, — -'un peu moins du quart. Le plus rémunérateur des formariages atteint 74 sous ; il faut en retrancher 12 sous, un peu moins du sixième. Le plus bas, de 12 sous, doit être de la même façon diminué de 4 sous, le tiers. On voit de quelles sommes, variables mais toujours proportionnellement fortes, ou même très fortes, étaient grevées les recettes, même lorsqu'on n'allait pas en justice.
On dira peut-être cjue Nicolas de la Sogne, fonctionnaire sans doute infidèle, est un témoin suspect. Ne le calomnions pas. Une pièce auxiliaire de comptabilité, remise aux gens du roi par un collecteur inconnu, nous a été conservée. C'est un état des dépenses fort détaillé mais sans l'état des perceptions correspondant ^. Les chiffres qu'elle fournit sont de tout point comparables à ceux que portait, dans la colonne El pensa,
1. Compte 2 : « Doniinus Richardus et niagister Galterus pro salarie suo de terminis preteritis usque ad Omnes Sanctos LXXXV» : ^^x j. „ ; 5 ; <, Magister Galterus et dominiis Richardus pro salario suo pro toto ariiio equalitcr ^x i ,> j 8 : « Pro aagiis collectons Ix 1. »