‹ Rois et serfsChapitre 6 sur 87 · Ibid., II, p. 703, n» cxxxiv (septembre · texte numérisé non relu

Ibid., II, p. 703, n» cxxxiv (septembre

2. Ibid., II, p. 711, n» cxxxvii (1265 a. s. vendredi après Letare, — 1266 n. s. 12 mars). Les habitants de Germignonville furent affranchis peu à peu, par familles ou petits groupes.

3. Jai raconté ces faits dans mon travail sur Blanche de Castille el les serfs du chapitre de Paris,

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quand ([iiol([ues-uns d'ouliv eux, après une sorte de révolte, tentèrent une réconciliation, ils prirent pour intermédiaires des bourgeois de Paris. Combien les raisons d'union ne devaient-elles pas être plus fortes encore, quand gens de la ville et gens du plat pays étaient également serfs, et du même seigneur, le roi ? Les bourgeois, propriétaires fonciers presque autant que commerçants, avaient souvent des intérêts à la campagne ; ils y faisaient des placements. Si la franchise accordée par Louis VII a dû être payée, sans doute l'argent a-t-il été prêté, sous une forme ou sous une autre, par les alîranchis de la ville aux afïranchis des villages.

J\lais a-t-elle été payée ? Et d'une façon générale, les manumissions ou les exemptions de droits servîtes accordées par les rois ont-elles été des faveurs gratuites, ou bien ont-elles été vendues ?

Les diplômes de Philippe Auguste pour Pierrefonds et la Ferté-^lilon ne souiïrent point d'éciuivoque. On y trouve expressément mentionné le prix de la liberté, conçu d'ailleurs chaque fois sous une forme différente. Pour Pierrefonds, c'est une rente : vingt livres parisis par an. Pour la Ferté-Milon, la combinaison adoptée est moins simple : les bourgeois devaient anciennement au roi une redevance annuelle (censa) de quarante livres ; la coutume les autorisait à payer en monnaie noire, c'est-à-dire en mauvaise monnaie ne renfermant pas le poids légal d'argent ; désormais ils verseront quarante livres en bonnes espèces parisis. Les droits servîtes, toujours fort aléatoires, faisaient ainsi place à un revenu assuré et fixe. Vraisemblablement les deux parties en cause, Trésor et contribuables, trouvaient également leur profit à cette transformation ^.

Quant aux autres actes ils se présentent à les interpréter littéralement comme des privilèges purement gracieux, comme des témoignages d'une bonté toute désintéressée 2. Nul paiement

1. L'ensemble des privilè.^es accordés aux gens de Crcpy i)ar leur charte conununalc — parmi lesquels figurait rexem])tion de la mainmorte et du formariage — valut au roi une rente de 370 livres en monnaie noire.

2. Les formules de piété sont d'ailleurs extrêmement simples dans les diplômes de Louis VIL Quant aux afTranehissements émanés de Philippe-Auguste, ils se donnent tout uniment pour ce qu'ils sont : des rachats de droits, par les serfs, et non des actes de i)iété royale ; seul celui de PieiTefonds renferme, non pas une pensée pieuse, mais une allusion à un des inconvénients i)raliques de la condition

Li:S AI FH ANCHISSEMENTS ROYAUX 9^

n'y est iiuliqué. Mais peul-ou tirer de celle omission une conclusion quelconc[ue ? Je ne le pense pas. Voici pourquoi.

La piété commandai l au seigneur de donner à ses serfs la liberté : l'intérèl bien entendu lui conseillait de la leur vendre. Tel est le dilemme qui, comme je le montrerai plus loin avec plus de détails, pesa sur la pensée du Moyen-Age. Il conduisit les hommes de ce temps à une conception médiocrement sincère de l'acte de manumission. Même accordé contre uue forte indemnité, cet acte parut longtemps devoir présenter extérieurement la forme d'une donation ; il ne semblait pas décent d'y indiquer le prix versé. Ce n'est guère qu'au xiii^ siècle qu'on commença à rompre avec cette coutume : avec quelles hésitations, quels retours en arrière, quiconcjue a feuilleté des recueils de chartes peut aisément s'en rendre compte. L'ofTicialité de Pari«, jusque vers 1275, ne consentit qu'exceptionnellement à faire mention des sommes versées ou dues par les nouveaux affranchis. On mettait une sorte de pudeur à avouer la nature réelle d'une opération pourtant courante : le rachat par un serf ou un groupe de serfs des charges propres à leur condition.

Ainsi un nombre considérable de manumissions se donnaient pour gratuites. L'étaient-elles vraiment ? Dans bien des cas particuliers, le problème demeure insoluble. Du moins une chose est sûre : c'est qu'il ne faut pas croire ces textes sur parole ; car il arrive c[ue nous puissions les confronter avec d'autres documents, qui les contredisent. Du mois d'août 1253 au mois de janvier 1255, les chanoines de Notre-Dame de Paris accordèrent onze affranchissements, par pure générosité, semble-t-il au premier abord. Ouvrons le Uvre de comptes du chapitre ; nous V trouverons les noms de tous les alîrancliis, avec les sommes payées par eux ^. L'abbaye de Sainte-Geneviève, enl248, rendit à la liberté presque tous ses serfs de l'Ile-de-France ^ ; elle rédigea de belles lettres de franchise, où il n'était point question d'argent, et à côté d'elles fit établir des lettres de créance (obliga-

servile : la difTiculté que les serfs éiirouvaicnt à se marier : « X'os igitur utilitatem castri nostri et- ipsoruni hoininuin attendentes quia idem homines paucos inveniebant qui eorum maritagia pro])ter dictam angariam alïectarcnt ».

1. Guérard, Cartulairc de X.-D. de Paris, III, p. 467-468, n° cxci. Je ne puis citer ici toutes les cotes d'archives des affranchissements visés.

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