‹ Rois, prêtres et castesChapitre 11 sur 29 · TV · texte numérisé non relu

TV

tions de la yie, et que l'esprit, dégagé de l'entrave des premiers besoins, s'élevât à l'art compliqué de comparer des idées, d'asseoir des raisonnements et d'imaginer des abstractions.

Ce ne fut qu'après avoir franchi ces obstacles et parcouru déjà une longue carrière dans la nuit antéhistorique, que l'homme arriva à développer chez lui la notion d'une force supérieure à la sienne, indépendante de sa volonté et distincte de la matière.

Dans les différentes périodes qu'il a traversées, la plus longue fut celle du mythe caractérisé par la personnification des puissances physiques de la nature. A la période du mythe succéda la période sacerdotale, pendant laquelle les mythes furent détournés de leur symbolique, dans l'intérêt des castes religieuses.

Puis vint la période sacerdotale et royale, qui fut celle de la domination par la superstition et la force brutale.

Ces trois étapes de Thumanité représentent le passé et l'asservissement de l'individu par les groupes.

Une cinquième époque qui aura au contraire pour devise le développement de l'individu, et la ruine du groupe qui n'engendre que le règne des castes, commence à poindre, déjà son aurore rayonne sur

les plaines et les forêts de la libre Amérique, et sa devise sera : Individualisme, science et liberté I

Nous avons dit dans la première partie de cet ouvrage, ce que la science nous permet d'entrevoir sur la constitution de notre globe, et des êtres qui l'habitent.

Gomme contraste à ces développements de la science, nous suivrons maintenant les développements de cette superstition religieuse que les prêtres de tous les pays ont appelée la science révélée, et à laquelle ils ont fait un piédçstal de ruines et de cadavres.

Nous ne pouvons accorder à cette étude tous les développements qu'elle pourrait comporter, car l'histoire philosophique et religieuse de Thumanité ne saurait s'écrire en quelques chapitres. Nous allons cependant en caractériser l'esprit le plus complétementpossible, àl'aidede documents originaux empruntés à chacune des époques que nous venons d'indiquer.

Nous venons de le dire : l'époque du mythe est peut-être la plus longue que l'humanité ait eu à traverser.

Lorsque les hommes commencèrent à se réunir en société, ils étaient déjà en possession de l'art de cultiver la terre ; or, l'agriculture, pour être exercée, exigea l'observation et la connaissance de certains

phénomènes naturels. Il fallut connaître le retour périodique des mêmes opérations de la nature, des mêmes phénomènes de la voûte des cieux ; en un mot, il fallut régler la durée, la succession des saisons et des mois de Tannée. Ce fut donc un besoin de connaître d'abord la marche du soleil, qui dans sa révolution zodiacale se montrait le premier et suprême agent de toute création ; puis de la lune, qui par ses phases et ses retours réglait et distribuait le temps ; enfin, des étoiles et môme des planètes, qui par leurs apparitions et disparitions sur l'horizon et l'hémisphère nocturne, formaient d'autres divisions.

Quelque rudimentaire que fût ce premier travail astronomique, il est certain qu'il conduisit à l'idée de forces supérieures, gouvernant et dirigeant avec intelligence et volonté.

Observant que les productions terrestres étaient dans des rapports réguliers et constants avec les corps célestes, que la naissance, l'accroissement, le dépérissement de chaque plante étaient liés à l'apparition, à l'exaltation, au déclin d'un môme astre, d'un même groupe de corps célestes, les hommes en durent naturellement conclure une idée d'action, de puissance, de ces êtres célestes sur les corps terrestres, et les astres dispensateurs d'abondance ou

de disette devinrent des puissances, des génies, des divinités, auteurs du bien et du mal.

Une fois cette idée admise, il en résulta peu à peu et naturellement un système compliqué d'hiérarchies divines, dans lequel le soleil paraît chez tous les peuples en enfance jouer le premier rôle : c'est Timmortel Agni des Védas, la lune devient sa compagne, les planètes des mandataires et des messagers, les milliers d'étoiles c^es demi-dieux, des héros, des génies, chargés de veiller incessamment sur le inonde. Et chacun de ces êtres reçut un nom, un sexe, des attributs tirés de ses rapports et des influences qu'on lui attribuait..

Le peuple le plus ancien chez lequel on puisse étudier cette mythique éclosion, et les développements de ce naturalisme logique par lesquels a passé la notion de l'Être suprême pour arriver à une conception philosophique, est sans contredit le peuple indou.

La plus vieille mythologie du monde (cela ne saurait se discuter en science) est la mythologie des Védas, dont la découverte a été aux mythologies égyptienne, grecque, latine, finnoise, druidique et germanique , ce que la découverte du sanscrit a été à. la grammaire comparée des langues indo-euro^ péennes.

« En nous rendant compte* du panthéon védique d'après la lecture des hymnes, nous avons d'abord constaté une simplicité et une clarté tout en l'honneur des conceptions primitives et de l'esprit net et sobre de nos premiers ancêtres. Indépendamment de l'Asoura, ce principe générateur de la pensée religieuse et de ses symboles, nous trouvons trois grands dieux auxquels l'Arya indou s'adresse le plus souvent, ce sont Agni, le feu; Iijdra.l'éther, etSourya, le soleil. Quanta Adété.la nature indivise; Varouna, le ciel étoile ; Vayou, l'air; Roudra, le vent; les Marouts, les brises; les Asuries, les crépuscules; Ouska, l'aurore ; Prisni, la terre, ils n'apparaissent que comme dieux secondaires, puissauts dans leur cercle d'activité, mais plutôt auxiliaires des trois dieux supérieurs, que souverains par eux-mêmes de toutes les choses et de tous les êtres. Quant à Sourya, il est aussi clair dans sa course et aussi incontestable dans ses effets que l'astre immense et bienfaisant qu'il représente.

Ce qui donne à Sourya, le soleil , une valeur toute poétique, c'est qu'il apparaît à chacun comme le plus distinct, le plus évident, le plus actif de tous les dieux. Rien n'est douteux dans sa puissance, rien n'est équivoque dans ses diverses manifestations.

Page 1