CHANTS D'AMOUR ET D'AUTOMNE
PLAINTE DE l' AMANTE
mon ami, je ne sais quel feu me brûle. Mabou-
ET Lies CASTES. . 3i9
che est desséchée. Mon cœur est inquiet. Quel est donc ce mal auquel je ne connais pas de remède? La vue de cet astre accroît mon secret tourment. Il n'est pas encore levé pour moi, cet autre astre dont les aimables rayons doivent rafraîchir mon cœur, cet astre que je n'ai pas encore vu et que je ne connais que par les discours. Hélas I je sens que je succombe. Malheureuses femmes que nous sommesl Je tremble, car il ne vient pas, comme tu me l'as annoncé, celui que mon cœur désire, le m'étais dit : Je vais parcourir une route semée de lotus ! Infortunée que je suis I j'y ai trouvé le serpent d'amour et sa morsure cruelle. Seraient-ee donc les rayons de la lune, si froids de leur nature, si doux pour les mortels, qui allumeraient en moi ce feu qui me dévore ? La brise du soir, fraîche et chargée du parfum des fleurs, est aujourd'hui telle qu'une flamme qui me brûle. C'est lui, lui seul, qui occupe ma pensée, il est comme le maître de ma volonté. Toute remplie de son image, mon àme est sans force, sans énergie. Interdite, éperdue,je frémis, ma vue se trouble, je sens que je meurs.