CHANT D'AUTOMNE
O ma charmaate amie, la luae, dont le disque est si brillant, et dont ton visage me représente tout
l'éclat, est maintenant voilée par les nuages, et ne se montre que par intervalles, comme ta face quand elle est ombragée par les tresses de tes cheveux. L'éclair se dessine en arc dans le ciel et ressemble à l'or éblouissant de ta parure. L'eau jaillit de la nuée retentissante en filets aussi délicats que tes membres. Sur le sombre fond du nuage apparaît une ligne de grues, pareille pour sa blancheur à la rangée de tes dents. Les feuilles sont tombées sur les étangs dont elles couvrent l'onde autrefois brillante et limpide et maintenant troublée par les torrents. Ces nuages poussés par le vent, et sur lesquels les troupes de grues forment une espèce de dentelure, se heurtent dans l'air, comme les éléphants, avec leurs défenses éblouissantes de blancheur, s'attaquent dans les forêts. Vois cet arc aux trois couleurs qui ressemble au signe sacré qui décore ton front. Les nuages sont l'ornement du ciel et la joie du monde.
Cependant, à la vue de ce ciel orageux, les paons font éclater leur joie ; ils poussent des cris, ils se rassemblent, relèvent leur queue pesante et déformée et, près de leurs compagnes, par leurs trépignements imitent les mouvements du danseur. Les uns, à l'abri sur les terrasses du palais doré par la lune, se promènent fièrement et déploient avec orgueil les couleurs variées de leur brillant plu-
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Kn ce moment, ie mr-itr; du monde, le grand Oiiprendra, don étendu sur le ?v:pfnt qui lui sert de couche; à ses côtés est la beileLakchmi, Lesommiil s'approche avec respect et berce mollemout les deux époux. Cependant la lune, obsourcio par lesnuaj;.'-;,
ressemble à la fleur du lotus noir, ou plutôt à la fa du crichna. Les saisons, placées autour du dieu e briguant ses faveurs, lui présentent des guirlande de fleurs et les branches du cadombay de nipii d'ardjouna^ de ketaca. Le serpent se traîne auprès de lui, et sa bouche, qui distille le poison, touche les fleurs que pressent les pieds de Crichna : il se plaît avec l'abeille à s'enivrer de leur doux nectar. Tous les êtres animés ont le respect dont l'homme est pénétré pour le maître de la nature.
Vois, ô ma charmante amie, ce ciel chargé de nuages, pareil à un lac profond suspendu sur nos têtes et dont les eaux menaceraient à chaque instant de rompre leurs digues. Vois ces nuages entourés d'une belle ceinture de grues voyageuses, et destinés à féconder* la terre. Tel qu'un prince, armé de son tchacra, pousse ses éléphants privés contre les éléphants sauvages et orgueilleux de leur force, tel le vent furieux, chassant devant lui cesmasseshumides. pousse et heurte les nuages avec d'autres nuages. De leur sein déchiré jaillit une onde céleste et pure, que saluent de leurs cris joyeux les Tchâtacas, les paons et les autres oiseaux. La grenouille, dont les flancs sont comme sillonnés par les seize côtes, placée au milieu de ses compagnes, fait retentir le marais de ses croassements, comme le sage et vertueux
brahmane, entouré de ses disciples, murmure les paroles du Ror-Véda.
Oh ! que j'aime cette saison, lorsque, amenant i sa suite l'orage et le tonnerre, elle réveille deur t'^poux endormis, et les force à chercher dans les bra^ l'un de l'autre ua asile contre la terreur, en doublant les transports de leur amour t Mais, ô mon amie. Moi qui espour mon ame ce que le nuage est pour la terre altérée, cette saison a un défaut, c'est que d'un voile humide etsombre elle cache i\ nosrt'iriirds cette lune brillante comme ton beau visage. Qu,iud oet astre, doux flambeau du monde, apparaît oiilrc deux nuages, l'homme enchanté semble voir un ami revenu de la terre étrangère. La lune est le ti^inoln des gémissements de l'amante séparée de son ;inii ; elle «st sa consolatrice quand elle se couvre di^ images et que la bien-aimée peut se dire ; Il revit'ut. Si la lune est le charme du rendez-vous pour cellt; qui jouit de la présence de son ami, elle est Komniti un fiiu dévorant pour celle qui vit loin de l'objet de sa tendresse, réunissant ainsi en elle h's ili'ux extrt'mes, la peine et le plaisir.