‹ Rois, prêtres et castesChapitre 26 sur 29 · CHANT D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

CHANT D'AUTOMNE

Voici Taimable automne avec ses gazons doux et vigoureux, avec l'eau féconde de ses nuages. La foret est, ici, blanche sous les fleurs du priyaca ; là, noire sous les feuilles de l'arbre dont on fait le^ arcs ; partout hérissée des pointes du gazon. L'écho résonne des cris des paons. Les nuages blancs, épuisés d'eau, sans force, sans éclair, se balancent dans le ciel, et ressemblent à des éléphants privés de leurs défenses. Au bruit sourd de la nue qui se charge d'une onde nouvelle, les arbres semblent respirer, et leurs feuilles s'empressent de naître. Le ciel est comme un roi qu'on vient de sacrer et qui paraît entouré des attributs do sa dignité. Le nuage blanc est son diadème : les ailes des cvcrnes lui s.jrvent de tchamara^ la lune pleine et brillante de parasol. Les nuages dans cette saison semblent prendre un corps : les cygnes sont leur sourire, les grues sont leur voix. Les rivières s'en vont vers l'océan leur époux : leurs rives bordées de canards sauvages, voilà leurs seins ; leurs îles, voilà leurs reins arrondis avec grâce. L'onde remplie de lotus épanouis et le ciel brillant d'étoiles, paraissent pendant la nuit se sourire l'un à l'autre, étonnés de leur ressemblance mutuelle.

L'oeil aime à parcourir ces plaines rafraîchies par la pluie, couvertes de hérons ivres de plaisir; et jaunies de moissons de riz qui mûrissent. Les lacs, les étangs, les pièces d'eau rerapliesde fleurs écloses, les champs, les fleuves et torrents, tout dans la nature étale sa brillante richesse. Les lotus rouges, blancs et bleus, se distinguent parmi les plans aquatiques. Les paons témoignent leur joiy, la violence des vents s'apaise : l'air est sans nuage et la mer est tranquille. Quand ces paons, réveillés de l'engourdissement où les a jetés la chaleur, élèvent, en dansant, leurs plumes éblouissantes, il semble que la terre se couvre d'yeux étineelants. L'Yamouna étale avec orgueil ses rives largement humectées, brillantes de gazons, de fleurs et de rameaux verdoyants, couvertes de cygnes et de grues. Dans les champs coupés de rizières, dans les bois, les oiseaux poussent des cris de joie à la vue de la pâture que leur présente la terre et l'eau. Les moissons qui, jeunes encore à l'arrivée des pluies, ont été arrosées de l'onde céleste, ont pris plus de force et de consistance. Quittant son vêtement de nuages, et parée des beautés de l'automne, la luii!: apparaît au ciel pure et brillante. Les vaches fournissent deux fois plus de lait, les taureaux sont deux fois plus ardents, les forêts sont deux fois plus belle:i, la terre se charge de fruits. Les étoiles brillent de

tout leur éclat; les eaux sont remplies de lotus et le cœur des mortels est ouvert à la joie.

Avec rétablissement d'un culte régulier commença la domination sacerdotale et royale, basée sur la révélation et le droit divin.

La révélation eut pour but de satisfaire, en la bornant, la cufiosité humaine ; le droit divin fut destiné à mettre le prôtre et le roi au-dessus du commun des hommes. A ces questions si logiquement humaines : — Qui nous a faits ce que nous sommes ? — Que sommes-nous ? — D'oii venons-nous ? — Où allons-nous ?

Le prêtre a répondu : Ecoutez, voici la parole que Dieu lui-môme m'a révélée : C'est la science divine et humaine, et j'en ai reçu le dépôt, car je suis l'oint du Seigneur.

Et alors les brahmes ont inventé la genèse de Manon, qui plus tard a servi de modèle à toutes les castes sacerdotales.

Voici cette genèse, d'après notre traduction du vieux législateur hiératique * :

1. Les fragments que nous avons donnés dans V Histoire des Vierges appartiennent au Manou du nord de Tlndoustan ; ceUe-ci est extraite des manuscrits du sud les moins altérés.

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