‹ Rois, prêtres et castesChapitre 27 sur 29 · LA GENÈSE DE MANOU · texte numérisé non relu

LA GENÈSE DE MANOU

Manou se reposait dans le silence et s'absorbait dans la contemplation de la pure essence ; les maharchis, l'ayant abordé respectueusement, lui parlèrent ainsi :

Seigneur, fais-nous connaître exactement, d'après la règle divine, les lois que doivent observer les quatre castes et les classes mêlées.

Toi seul, ô divin fils de Swayambhouva, fus instruit dès l'origine des choses et peux nous dire ce qu'est cette grande cause universelle qui existe par elle-même et que la raison humaine ne peut comprendre.

Ainsi interpellé par les sages, Manou sortit de sa contemplation, et les ayant salués, il leur dit : Ecoutez et recueillez ceci :

Le monde était dissous dans le non-être imperceptible, sans propriété distincte, ne pouvant tomber sous les sens, ni être imaginé par la pensée ; c'était le sommeil de la nature.

Quand vint l'heure du réveil, celui qui existe par

lui-même, qui n'est pas à la portée des sens extérieurs, développant la nature avec les cinq éléments et les principes subtils, parut brillant de lumière et sa présence chassa la nuit.

Celui que l'intelligence seule conçoit, qui échappe aux sens, qui est sans partie visible, éternel, âme universelle, que nul ne peut définir ni comprendre, développa sa puissance.

Il résolut dans sa pensée, de tirer de sa propre substance tous les êtres, et il déposa dans les eaux qu'il créa premièrement le germe de la vie universelle.

Ce germe était contenu dans un œuf d'or aussi brillant que l'astre éclatant du jour et dans lequel Brahma, le seigneur de tous les êtres, déposa une parcelle de la pensée immortelle fécondée par sa volonté.

Les eaux ont reçu le nom de Haras, parce qu'elles étaient une émanation de l'esprit divin — Nara — et les eaux ayant été le premier lieu de mouvement — ayara — de Nara, de là Tesprit divin créateur a été appelé Narayana, ou celui qui se meut sur les eaux.

De celui qui est, de cette cause immortelle qui

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Et o^-î i^:;! ti------ ;'.r:=.-i:;i: 1= .'isl e; I.v terre, et

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11 tirade ;a çr:-.-r T^-ti.'r :■? =outEe immortel qui ne pcrïî pi; ci-s r-.'.r:, et à cette ;Une i.îe l'être il donna r.Vhi^Mr.i, àire:tet;r souveraîu.

Puis il donna à c^ette ànne de l'èlre l'iutelleot aux trois qualités et les ciuq organes de pereoptioa extérieure.

Et, ayant uni l'Ahancara aux cinq orgnuos .subliU capables de toutes les modifient ions les plu» diviTSi'-j, il forma les principes matériels de la vif iii';,;iiiii-"W et alors créa tous les êtres.

De ce moi, uni aux six principos iinpiiv.i'[iUl'l'i'i,

dont le grand être forma aou uxintuiiou m i'hBtAii

de laquelle il allait tirer l'uuivcru, i;Ht vniiii ItJ tiinnil* Sarira — composé .de aix inoVioulo» - ''"nl' tu»

sages désignent la forme visible du générateur céleste.

C'est dans cette source immense que se transforment les principes matériels de la vie et le souffle immortel qui ne périt pas dans Têtre, et où tout ce qui est animé reçoit ses facultés et ses attributs.

Par ces particules subtiles, douées de force d'agrégation et de transformation, unies au principe de volonté, ont été formés tous les êtres de ce monde périssable émané de l'impérissable.

Chacun de ces êtres acquiert la qualité de celui qui le précède, de sorte que plus un être est éloigné dans la série et plus il ^ de qualités.

Le souverain maître, dès le début, assigna à tous les êtres vivants une existence particulière, des fonctions spéciales et un nom, ainsi qu'il est établi par le Véda.

Il produisit d'abord la troupe des Dévas, mandataires sans cesse agissants de sa pensée ; puis la foule des génies invisibles et enfin la prière et le sacrifice, souvenir du commencement de toutes choses.

Du feu, du soleil et de Tair, il tira comme règle

suprême du sacrifice les trois livres de Véda. le Rig, — riadjous, — le Sama, émanation de sa pensée révélée.

Et il créa le temps et ses divisions, les constellations, les planètes, les mers, les fleuves et les terrains accidentés par les montagnes et les plaine?.

II créa auijsi, car tout devait émaner de lui, la parole, la dévotion austère, les vertus et les vice.^^, et il créa la volonté.

Par la volonté il permit à l'âme humaine de distinguer, parmi les actions, le juste de l'injuste, et toute créature fut soumise à la souffrance et ;ï la joie, qui sont les deux choses ■

C'est avec les particules périssables, émanées des cinq éléments qui composent la forme manife-^lée du grand tout, que tout a été formé.

Tout être qui a reçu dès la création une fonction du maître souverain, l'accomplit fatalement m chaque renaissance successive.

Les qualités qui lui ont été spécialement di^parties, la bonté ou la cruauté, la douceur ou Ki barbarie, le culte de la vérité ou l'hypocrisie, vertus ou

vices, d'elles-mômes s'emparent de lui chaque fois.

Ainsi que les saisons reviennent périodiquement prendre leur cours, de mume les êtres animés exercent toujours lea fonctions qui sont de leur nature.

La suprôme essence manifestée, pour perpéiuer l'espèce humaine, tira de sa bouche le brahme, de son bras le xchrtrya, de sa cuisse le vaysia, et de son pied le soudra.

Or ayant divisé son corps en deux parties, Nara, l'esprit divin, devint moitié mâle et moitié femelle, et en s'unissant à cette partie femelle, — l'immortelle déesse Nari, — il engendra Viradj.

Et sachez, illustres brahmes, que ce code de lois a été produit au milieu des dévotions austères par le divin mâle Viradj.

Au milieu des sacrifices, Viradj produisit d'abord les dix pradjapatis, seigneurs des créatures, qui sont: — Maritchi, — Atri, — Angiras, — Paulastya, — Poulaha, — Cratou, — Pratchetas, — Vasichta, — Brighou, — Narada.

A leur tour, ces personnages puissants engendré-

rent les sept viohis primitifs, les génies li'i r-iei d'Iodra et les puissants maharchis.

Puis ils créèreut les yakchas, les ràkchasus, les pisâtchàs, les gaudharbas , les apsaras, lesasoura^, les nagas, les sarpassoupamas, et les pitris, ancHres du genre humain,

La foudre, les éclairs, les nuages, l'arc d Indra, avec mille couleurs, les météores, les bruits; surnaturels des cieux, les comètes et les diverses i;loile^.

Les kiraaras, les singes, les poissons, les ui^enux de toute espèce, les animaux sauvages et ilninestiques et les fauves àla dent double,

Les vers, les sauterelles, les mouches, les punniies, les poux, les moustiques, et tous les corps inanimés.

C'est ainsi que ces sages magnanimes dévi^lnppùrent par la prière et les sacrifices tous les êtr/ ■; ludbiles et immobiles dont Viradj avait crée lis es-

Suchez maintenant quelles sont les fonctions assignées à tous les êtres différents et oomtooiit ils naissent et se reproduisent.

Les animaux domestiques et sauvages, les fauves aux dents doubles, les demi-dieux et les héros sont conçus dans une matrice.

Les oiseaux, les poissons, les crocodiles, les tortues, les serpents et tous les animaux de terre et de mer qui se rattachent à ces espèces naissent d'un œuf.

Le moustique au dard acéré, les mouches, les punaises, les poux et tous les insectes de môme nature sont les produits de l'air et de l'eau échauffés par la chaleur.

Toutes les plantes, herbes, arbrisseaux, arbres qui produisent des graines, des fleurs ou des fruits, soit qu'ils meurent chaque année en donnant leurs produits, soit que leur vie soit plus longue et se régénère périodiquement par la sève, viennent du germe d'une graine.

Les différents genres d'arbres, d'arbrisseaux, de buissons, qu'ils portent des fleurs et des fruits ou seulement des fleurs, se reproduisent également par rameaux.

Placés aux échelons inférieurs de la vie par leur conduite dans des existences antérieures, tous ces

ET LES CASTES bS

sdeose rciinïeiitaire et resseatec: U 3eaîa;;o2 do plaisir et des peines.

Cest ainsi q'je Brahnia a établi, du Të^rviAl 1 l'homme et de l'homme à l'essen?? prirav»rdi.-iît>, la série des traasmigraiioas. C-? monde p-^rissabU' s* renonvclle et se transforme sans cesse par U destruction .

Après avoir créé l'aDivers et donné i-e Ovvi:" dt.^ lois poar la direction des êtres auimé^, U» Hi^dtn» souverain, qui s'est manifesté dans l'œuf d'or, retourne s'absorber dans l'àme universelle ior^i^/.u' 1;» fia des transformations créatrices est arrivée.

Dès que ce dieu créateur sort de son repos, lunivers recommence son évolution; dès qu'il se ri>n.!i»rt, l'univers tombe dans la dissolution.

Tant que dure ce sommeil du germe des j.'onn\.\t qui s'absorbe dans l'àme supr^'me, les priniiip -^ iii> sensation et d'intelligence, les particules inatri';''lloîi et celles qui composent l'immatériel, se désagii"::('nt et se dissolvent dans l'essence universelle.

Tous les êtres perdent leurs forces d'Attr;n lion. leurs formes, leurs fonctions, et les organes dos ir'iis sont comme s'ils n'existaient pas.

Lorsque le créateur souverain de nouveau se manifeste, tous les types, toutes les formes qui existent de toute éternité en lui, reprennent la forme visible, et la semence universelle de nouveau reprend partout la vie universelle.

Ainsi, en s*absorbant dans sa pure essence et en se manifestant alternativement, le souverain maître révèle à la vie ou rejette dans le repos de la dissolution tous les êtres animés ou inanimés de cet univers.

C'est lui qui, dès le commencement des choses, a exprimé de sa sagesse ce code immortel de lois, et il me l'enseigna pour que j'instruise les richis et les saints personnages.

Je renseignai moi-même à Brighou ; écoutez ses paroles, il vous le fera connaître tout entier.

Ainsi appelé par Manou, le maharchi Brighou s* approcha avec respect, et le souverain maître ayant disparu, il regarda les richis, sourit avec bonté et leur dit : Écoutez.

De Swayambhouva, à la double nature mâle et femelle, est issu Viradj, le mâle divin.

De Viradj, le mâle divin, sont issus les dix pradjapatis, seigneurs des créatures.

Des dix pradjapatis, ses ancêtres, est issu Manou, celui qui a recueilli ce code de lois émané de la sagesse éternelle.

De ce Manou sont issus six autres Manous, qui, chacun, donnèrent naissance à une race d'hommes supérieurs en noblesse et en courage.

Ces hommes illustres, descendants de Manou, furent : Swârotchica, — Oûitami, — Tamassa, — Raivata, — l'intrépide Echâkchoucha et le fils de Vivaswat.

Ces sept Manous, dont le' premier, le plus éminent, est issu de Swayambhouva, ont pendant plusieurs cycles gouverné le monde, par eux et leur descendance, maîtres absolus de toutes les créatures animales ou inanimées.

En ce monde, le soleil divise le temps par le jour et la nuit ; les demi-dieux et les hommes sont soumis à ce partage : le jour est pour le travail, la nuit est pour le repos.

Le jour et la nuit se composant de trente mouhourtas. Un mouhourta contient trente calas. Un cala, trente càchthâs ; un càchthâ, dix- huit niméchas; un nimécha est la durée d'un clin d'œil.

Un mois de la terre forme un jour des pitris, et ce jour, pour les ancêtres de l'humanité, est également divisé en deux parts. Tune pour Taction et l'autre pour le repos.

Les quinze jours terrestres qui forment le jour des pitris sont dits quinzaine d'obscurité ; les quinze jours qui forment la nuit des pitris sont dits quinzaine de lumière.

Une année de la terre forme un jour des demidieux, et la division de ce jour est faite par le soleil. Le jour correspond à la marche du soleil vers le Nord ; la nuit à son retour vers le Sud.

Sachez maintenant, d'après ce qui est écrit de tout temps, quelle est la durée d'un jour et d'une nuit de Brahma et de chacun des âges.

Le crita-youga se compose de quatre mille années des demi-dieux ; il est précédé et suivi d'un crépuscule d'une durée de quatre cents années.

Le tréta-youga se compose de trois mille années des demi-dieux; il est précédé et suivi d'un crépuscule d'une durée de trois cents années.

Le dwapara-youga se compose de deux mille an-

nées des demi-dieux; il est précédé et suivi d'un crépuscule de deux cents années.

Le cali-youga se compose de mille années des demi-dieux; il est précédé et suivi d'un crépuscule de cent années.

Ces quatre âges, qui réunissent entre eux douze mille années des demi-dieux, sont dits Tâge des demi-dieux.

Or apprenez, vous qui m'écoutez, que mille âges des demi-dieux forment un jour de Brahma, et que la nuit de l'Être suprême est de pareille durée.

C'est à la fin de cette nuit que Brahma sort de son repos, et que Nara, l'esprit divin, émane de sa propre substance et se manifeste pour la création.

De sa propre substance il tire l'éther, qui est une matérialisation de sa volonté et possède, d'après les sages, le pouvoir de transmettre le son et la lumière.

Une modification de l'éther produit l'air, qui a la faculté de transporter le son et la lumière, jointe à celle de la tangibilité et de la transmissibilité des odeurs.

La lumière, qui n'est qu'une augmentation ou une

diminution d'obscurité, naît d'une transformation de l'air et a pour qualité de rendre sensibles les formes.

L'eau naît à son tour d'une transformation de la lumière et a pour qualité la saveur.

De Veau transformée et modifiée naît la terre, qui a pour qualité la solidité et toutes les qualités qui précèdent.

De l'eau, de la chaleur et de la terre naissent toutes les créatures animées et inanimées, grâce au germe que VEsprit divin produisit de sa propre substance.

C'est ce germe qui ne périt pas dans l'être, car il devient l'àme de l'ôtre, et retourne, à l'époque du palaya, s'absorber dans l'Esprit divin, qui lui-même se repose dans Swayambhouva. Telle est la création.

L*àge des demi-dieux, ou douze mille années des demi-dieux, multiplié par soixante et onze, forme une période de création et reçoit le nom de manwantara.

Les créations ou périodes de Manou et les dissolutions sont innombrables. Le Maître souverain les

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fait, comme en -e ; i-'.!. =i- ^i-r !-- u..:- -iux autres.

Le crita-Toozti est Ir tv-^ ie li jurtiie: le taureau qui se tient fercie sir ?:? -: iitre [.iei- e-ît son imaore: l'homme i.TiXlz'i'i !a Tér::4. et le mil ne dirige pas ses actions.

Dans les âges suivint-?, li ^ ^::::e. y.'ir i';i:crois-ernent des richesses et T-^j'O.-Lie, -jst oMî^^e de lutter avec le vol, le mer:^ jr.g-i et la fraule; le bien diminue d'un quart sur la t-rre.

Dans le premi-r àje, li milaiie, la souffrance n'ont pas encore fait leur apparition; les hommes vivent quatre siècles. Dans les âges suivants, la vie humaine perd un quart, un tiers et une moitié de sa durée.

D'après le Véda, la vie, le bonheur, la souffrance, les vertus et les vices sont dans ce monde proportionnés à la durée des acres.

Le premier âge se distingue par le culte général de rÊtre suprême ; le second, par l'accomplissement des sacrifices; le troisième, par l'acquisition des richesses; le quatrième, parTégoïsme et la dissipation.

Pour la conservation de cet univers, le souverain maître donna des fonctions différentes aux quatre castes sorties de sa bouche, de ses bras, de ses cuisses et de ses pieds.

Les brahmes eurent pour privilège d'étudier et d'enseigner, de présider aux sacrifices, soit qu'ils les offrissent eux-mêmes, soit qu'ils soient offerts par d'autres, et le droit de faire l'aumône et de la recevoir.

Les xchatrias reçurent la mission de protéger le peuple, de gouverner avec équité, d'offrir les sacrifices, de méditer les Védas; il leur fut recommandé de ne pas s'adonner à leurs passions.

Élever les bestiaux et autres animaux domestiques, pratiquer l'aumône, fournir les victimes des sacrifices, en étudier les parties du Védaquileur sont consacrées, faire le commerce, faire fructifier l'argent par rintérêt et cultiver la terre, furent les fonctions du vaysia.

Le soudra ne reçut du souverain maître qu'une fonction qui n'est pas dépourvue de mérite, celle de servir les autres castes.

Swayambhouva a déclaré la plus pure la partie

du corps iîfcZLALL ^IL U^SiLy^i: lit ^ 1 .± iO. liICELirl

et dans OETlf- za^r^ii jjl i«:»i^'jLLr i. f'-t iit-ji^LTi^r a. :■ lt pore.

En qnaliiié f* zr»^-'*r-iH- fr !"«ii.:i'- *:r^ f? La partie la fliu r.::''r £i L"^.l ? :•:.'•:•: o^l 'r rrij-n* est le gariir^ i- li Î-t :- 5*" izl Ti'^z\iL.:z, fl l! est le maître & .'ri ^z-T^ri.

Cest lui, en e5ri, zzfr It Lt-ji ?: -r: -lLi a rr:duit le premier, ms. :iJl rz i^ i.~r*rr.:fs !r> plu-^ méritoires, po:ir La x-^rrt'L:- ir la :réai:::i entière, pour la prier». le ^aitit >* e* Ir rjLl:e ies ancêtres.

Quel pourrait don 2 étr? le sap-r rieur de celui qui offre les sacrifices aux dit: ,ix par ra2[irita et le beurre clarifié, et préside aux repis funèbres des màuesl

De même que rintellect donne la matière, que les êtres doués de raison sont supérieurs aux autres, et que l'homme est le premier entre les animaux, le brahme est le premier entre les hommes.

Entre les brahmes, les plus méritants sont ceux qui savent; parmi ceux qui savent, ceux qui remplissent leurs devoirs; parmi ceux qui remplissent leurs devoirs, ceux qui s'absorbent dans le Véda et méditent sans cesse sur la béatitude finale.

Le brabme est fils de réternelle vérité, c'est sur lui que repose l'équilibre de toute ohose et le règne du juste ; il doit s'absorber dans Brahma.

Dès sa naissance, le brahme a été placé à la tête de tout ce qui existe*; il est le pivot de la société et le législateur souverain.

Tout ce que contient cet univers est dit propriété du brahme ; c'est apanage de son droit d'aînesse.

Un brahme a beau recevoir de la nourriture et des vêtements, c'est sa nourriture et ses vêtements qu'on lui donne ; s'il fait Taumêne avec la chose d'autrui, c'est sa propre chose qu'il donne, car les autres hommes^ne possèdent et ne vivent que par sa générosité.

C'est pour régler les fonctions du brahme et celles des autres castes, suivant qu'elles ont été établies, que le divin Manou, émané de Swayambhouva, a composé ce livre de la loi. J

Ce livre ne peut être étudié et expliqué aux fidèles que par le seul Brahma.

Que le brahme, quand il veut lire ce livre, accomplisse les dévotions préalables, et ne soit souillé d'aucun péché par pensée, parole ou action.

Bt LES CASTES. 355

Quand il le lit dans cet état, il purifie l'assemblée qui l'écoute et sept de ses parents dans les lignes ascendante et descendante.

L'étude de ce livre prouve toutes les satisfactions, augmente l'intelligence, rend les hommes vertueux, prolonge leur existence et leur fait acquérir la récompense céleste.

La loi est là et non ailleurs. Là vous apprendrez à connaître le bien et le mal et les devoirs des quatre castes.

Ce livre est approuvé par la révélation et la tradition ; que celui qui désire la béatitude finale y conforme sa conduite.

Le brahme qui oublie les enseignements ne se conduit pas selon le Véda, et il perd le fruit de sa naissance illustre ; en cas contraire, il obtient la récompense promise.

Depuis les temps les plus anciens, les saints Moûnis ont pris ce code de lois pour règle de leurs dévotions austères.

L#a création, les sanscaras, les devoirs du brahmatchari et les règles importantes des oblations ;

306 LES ROiS, LES PRÊTRES

Le choix d'une femme, les différents genres de mariages, le mode des sacrifices, la direction des repas funéraires ;

Les devoirs des pères de famille et les différents genres d'existence, les aliments purs et ceux qui sont impurs, ainsi que la purification des vases et instruments des repas et des sacrifices;

Les lois qui concernent les femmes, les devoirs qui conduisent au mokcha, les règles que doivent suivre les anachorètes, les devoirs des rois et des juges ;

Les lois sur le témoignage, les règles de conduite entre le mari et l'épouse, le partage des successions, les prohibitions du jeu et du pari, le châtiment des criminels ;

Les devoirs des vaysi^s et des soudras, l'origine des tchandalas, la conduite que doivent tenir les gens des diverses castes dans le malheur, les sacrifices d'expiation ;

La série des transfigurations suivant les actions bonnes ou mauvaises, la récompense ou le châtiment qui en résultent, l'indication de ce qui est bien et de ce qui est mal ;

Les règlements en vigueur dans les différentes provinces et pour les différentes castes, les lois qui concernent les marchands et les étrangers, tout cela a été établi et imposé par ce livre de la loi.

Après des au.stérités sans nombre, Manou a daigné me le révéler, de même aujourd'hui vous allez l'apprendre par ma bouche.

La science religieuse était née I les castes créées, et le brahme prêtre proclamé seigneur de toutes les créatures et gardien de la révélation... Et pendant sept, huit, dix, quinze mille ans et plus, l'humanité va marcher avec ces niaiseries, adorant ce que le prêtre, né de la bouche'de Brahma, lui ordonnera d'adorer, et obéissant au roi sorti du bras du créateur, tandis que le peuple, le servum pecus, n'est que le produit des jambes et des pieds.

Et tous les pasteurs d'hommes copieront à Tenvi cette genèse, en la modifiant suivant les temps et les lieux, depuis le rédacteur du livre de la Sagesse, les prêtres de Chaldée et d'Egypte, jusqu'aux lévites de Moïse et les prêtres chrétiens. En vain la raison et la science démontrerontl'absurdité de toutes ces fables, l'impossibilité des créations brahmaniques et bibliques, on avait trouvé un instrument trop merveilleux d'abrutissement et de despotisme pour qu'on

pût Tabandonner..^ L'instrument surrirra en changeant de main, aux nations» aux empires, à tous les bouleversements sociaux, parce qu'il favorise, en les couvrant des grands noms d'ordre social et de moralité religieuse, tout ce qu'il y a d'hypocrisie, d'égoïsme et de lâcheté dans l'humanité, ces trois vertus essentielles des classes dirigeantes. Partout où il y a le prêtre et le roi, naissent les castes et la servitude.

Nous ne nous sommes pas proposé d'étudier dans cet ouvrage les différentes castes de l'antiquité, mais bien de montrer, à Taide des vieux documents de rinde Védique et de l'Inde Brahmanique, comment à la période naturaliste pure succéda la période sacerdotale et royale, comment ces grands Mythes de l'unité, de la trinité et de la création, tout le bagage enfin de la révélation, nés de l'étude des phénomènes naturels, ne sont que des œuvres de mensonges, destinées à garantir, à éterniser un état social basé sur les castes des prêtres, des rois et du peuple.

Non, il n'existe pas de révélation au début de l'humanité I

L'humanité a commencé par adorer la force créatrice, dans le soleil, dans l'aurore, dans Indra la force fécondante, dans Agni la force lumineuse, et elle est arrivée à la conception divine graduellement et par

la marche progressive de la raison sans le secours d'aucune communication céleste.

Nous avons voulu prendre les idées dans leur berceau, les signaler aux méditations des penseurs, tracer un sillon à travers les âges du Mythe et les âges sacerdotaux ; noua n'avons pas a en suivre les développements historiques. Nous nous bornons & dire : le prêtre et les castes sont nés de là, et par la transformation de telles et telles conceptions.

Mais il est un enseignement à tirer entre les deux parties si distinctes de notre œuvre, l'une scientifique pure et l'autre mythologique et religieuse: c'est que c'est le peuple, c'est la victime, c'est la classe vouée aux durs labeurs, à l'esclavage, aux supplices et aux Bûchers, qui a fait marcher la science, c'est-àdire la vérité ; taudis que c'est le prêtre et le roi qui ont soutenu, protégé, défendu par le fer et le feu, les mystères, les superstitions, les jongleries rehgieuses.

Nous nous sommes débarrassés des formules monarchiques... Quand nous débarrasserons-nous des formules sacerdotales 7

Platon va se charger de répondre pour nous (Introduction de Phèdre) :

phAdre Vois-tu cet arbre élevé et touffu ?

SOORATE

Je le vois.

PHÂDRE

Le lieu est ombragé, la brise y est légère, et le gazon permet de s'y coucher ou de s'y asseoir.

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