CHAPITRE ni
LA TERRE, LES ANIMAUX ET l'hOMME
Le globe terrestre est-il un fragment détaché de l'autre globe? Le soleil, ou création isolée, a-t-il été formé par la rapprochement des molécules, répandues dans l'espace?
A-t-il commencé par un point, un germe qui, par sa vertu attractive, s'est accru de couches successives? Ou bien ces diverses causes ont-elles contribué à sa formation? c'est-à-dire un corps échappé d'un autre astre est-il devenu le centre et la charpente de la masse qui s'est ensuite augmenté de nouveaux débris?
Dans Tune ou l'autre hypothèse, leglohe terrestre est-il aujourd'hui au terme de sa création, de son évolution, ou seulement à une époque de son développement et de sa croissance?
Telles sont les questions que se pose la science,
et pour la solution desquelles nous allons suivre presque textuellement le système de l'illustre Boucher de Perthes, qui a su rester spiritualiste en maniant la matière.
Nous découvrons des constellations où jamais on n'en avait aperçu. Sans doute, la lumière qui s'étend nous permet de distinguer ce que nous ne voyions pas la veille. Peut-être aussi sont-ee des astres qui ont changé de place, ou des masses qui s'embrasent, ou qui brillent de la réverbération d'un autre astre, ou enfin des globes nouvellement posés.
Dans ce cas comment l' ont-ils été?
Si nous jugeons par l'expérience, et par ce qui frappe journellement les yeux, toute œuvre est née d'une action lente, d'une gradation insensible. Rien de subit dans la nature. Tout se compose de parties qui s'assemblent et s'unissent à la longue. Chaque chose, comme chaque créature, y est soumise à un développement mesuré, et n'y acquiert sa taille ou le terme de sa croissance qu'après un passage plus ou moins prompt du petit au grand; transition qui se termine par un état de stagnation que suit la décroissance, puis la crise, que nous appelons la mort pour les végétaux comme pour les animaux; criso annoncée par l'affaiblissement des organes, par la vieillesse et la décrépitude.
Nous ne voyons de spontané dans l'univers que les convulsions des éléments, les secousses de la matière. Mais ces catastrophes, si on veut les nommer ainsi, sont, sans contredit, une suite du plan naturel, une dérivation de la combinaison première et ils contribuent à la confection de Tœuvre qu'elles semblent interrompre ou détruire. S'il n'en résulte aucune amélioration visible ou immédiate c'est que ce mode, comme tous les autres, est progressif ou n'est qu'un degré d'une série de moyens qlii se succèdent.
Aucun globe n'aurait donc acquis son volume présent que par sa durée ; tous auraient commencé par un point imperceptible, doué seulement d'une puissance de concentration, et ce point continuerait à attirer à lui la matière extérieure.
Ainsi un globe pourrait grossir jusqu'à ce que parvenu à un certain état de refroidissement et d'immobilité il ait perdu sa force d'attraction.
Après un temps de stagnation, il arriverait à la décroissance, et enfin à la décomposition.
Peut-être la sphère terrestre, telle qu'elle existe aujourd'hui, n'est que le point central d'une nébuleuse qui condense encore. Les vapeurs qui nous environnent sont la matière qui se solidifie, et qui continue la formation de la terre et sa croissance par la même action que celle qui l'a commencée.
Si la terre, au lieu d'être une portion détachée du soleil, s'était formée ainsi, dès qu'elle ne pourrait plus s'alimenter, c'est-à-dire dès qu'elle aurait attiré à elle toutes les parties fluides qui l'entourent, alors, dépourvue d'humidité et d'atmosphère, elle cesserait d'être habitable. De ce moment commençant à décroître, elle tomberait bientôt en poussière, par la dessication.
Après, la terre végétale, le roc lui-même, mis à nu, arriverait à son tour en efflorescence, et se dilaterait indéfiniment dans l'espace.
La lumière, ou ce qui est la même chose, la chaleur, porte avec elle une substance impalpable pour nos organes, mais pourtant susceptible de. se solidifier, et qui à la longue forme des corps ou contribue à les augmenter.
Le froid, non plus que Tobscurité ne colore rien. Les nuances diverses sont toutes produites par la lumière et le feu intérieur ou extérieur des corps, et elles sont plus ou moins durables, selon leur nature et les parties sur lesquelles elles s'appliquent, mais cependant toutes sont passagères, et susceptibles d'être modifiées ou déplacées. Par cela môme, il est sensible qu'il y a quelque chose de substantiel en elle, et si cette substance vient du dehors, on en induira que des portions d'éléments pouvant être
ET î;ES castes. 31
ainsi transportées d'un globe à Tautre, ou être simplement retirées de l'espace, apportées et déposées sur la masse solide.
C'est de cette manière, en écartant même les autres modes d'accroissement, que la terre, comme toutes les planètes qu'éclaire le soleil, pourrait augmenter de volume par le seul contact de la lumière jointe à rhumidité, ou même par celui de la chaleur qui ne hâte la végétation , et n'amèntfla fructification et la génération que parce que cette chaleur est elle-même une matière fertilisante.
Ce serait jcette substance dont la présence neutralisée, ou la quantité trop faible, ou l'absence totale si elle était possible, causerait les divers degrés de froid et de congellation, et qu'en coagulant tout élément, qu'en empêchant le mélange des corps et des émanations chaudes, ou l'introduction de la substance incandescente dans la masse opaque, la rendrait inepte à produire et frapperait de stérilité la terre et les êtres.
La surabondance de cette même essence calorique faisant reffet d'un dissolvant, amollirait les corps et les rendrait liquides en les fondant. Ou bien, comme on vient de llndiqaer, les dessécherait, mais sans les rendre à Tespace, parce qu'ils resteraient con-
tenus par leur atmosphère et retenus par rattraction centrale.
Dans ce cas cette dessication comme cette liquéfaction n'en pourrait diminuer la masse, qui, au contraire se trouverait accrue de tout le poids de la substance chaude ou dissolvante, laquelle neutralisée, affaiblie, mêlée à l'ensemble finirait par s'unir à la partie sur laquelle elle aurait cessé d'agir.
Si l'on cherche les preuves de cette addition des matières aériennes ou extra-terrestres, on trouve que la nature végétale ne semble pas tirer du sol toute sa partie solide.
11 est facile de faire croître des arbres sans communication directe avec la terre. On voit, dans les Alpes, des sapins enracinés dans les fentes des rocs presque vifs. On cite également que d'un gland posé dans la mousse est né un chêne, qui est arrivé à rage de dix-huit ans sans avoir touché le sol.
On peut s'assurer que la portion d'humus contenue dans le vase ou une graine aura produit un fruit très-lourd, très-compact, un melon, une courge ayant plus de volume que la terre d'où il sort, n'a pas diminué de son poids. Bien plus elle augmentera de celui des débris de la plante décomposée.
Admettons que cet arbre, cette plante, ce fruit tire ses émanations d'un sol éloigné, et dans un rayon trop étendu pour que la diminution que ce
sol éprouve, répartie sur Tensemble, reste visible, il n'en est pas moins probable que cette substance du corps végétal ne vient pas seulement du terrain, et que ses feuilles, ses branches Tout aspiré du ciel autant que ses racines l'ont pu faire de la terre; enfin que c'est de cette union de la matière terrestre à la matière aérienne, que se composent son tronc, ses fleurs et ses fruits.
De ceci on doit conclure d'abord que le germe ou ràrae des végétaux, ou même celle des animaux possède la faculté d'attirer à elle et de s'incorporer une substance qui est moins locale et terrestre qu'atmosphérique ou plutôt qu'extra-atmosphérique, c'est-à-dire prise en dehors de l'atmosphère de laterre, et successivement remplacée dans cette atmosphère ; par conséquent substance étrangère à notre planète, et fraction de ce fluide impalpable qui remplit Timmensité et qui, peut-être, seul corps simple, seul élément véritable, mais susceptible de les contenir tous, est la base, le ciment de tout ce qui est, et ont en communion constante tous les mondes et tous les êtres animés.
Que des masses compactes puissent se former dans l'air sans aucun principe visible , nous en avons journellement des exemples dans les effets de l'électricité, dans la grêle et aussi dans les pierres qui
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tombent de l'espace, et dans ces vapeurs aériennes ou aqueuiîes,ou ignées, qui de transparentes qu'elles étaient deviennent des corps opaques.
Ajoutons que les métaux en fusion, comme ils le seraient tous si l'action du soleil était centuplée et comme ils l'ont été vraisemblablement, prouvent que les matières liquides peuvent devenir solides.
Les météores, vulgairement nommés étoiles filantes, ne sont que des masses pierreuses qui s'enflamment en traversant l'atmosphère.
On ne saurait douter qu'il n'existe dans Tespa^^e une quantité innombrable de petits corps qui proviennent de fragments détachés des grands astres ou d'une concentration de substances dont la dilatation cesse et que la terre ne soit entourée d'une zone de ces corpuscules, premiers fondements de globes divers et matériaux de roches primitives, de granits nés de leur choc, de leurs éclats et de la pression qui jr a succédé.
Que la composition de ces granits soit différente de celle des aérolithes, et qu'on ne rencontre ceci qu'à la surface de la terre, cela est possible; mais est-ce une preuve que ces fragments et autres substances terrestres ne sont pas des corps atmosphériques? Et parce que l'analyse de quelques-uns des bolides trouvés à la superficie et les seuls
qu'on ait pu examiner n'offre que peu ou point de rapprochements avec les roches composées, base de notre globe, faut- il en induire qu'il n'y en a jamais eu d'autres? Non, non ; il est présumableque les formations aériennes ont varié de nature selon les temps et les régions du ciel où elles ont eu lieu, ou encore selon l'astre dont elles faisaient partie et d'où elles ont été Jancées dans notre attraction.
Ne serait-il pas possible que soumise *\ une nou* velle action dans l'intérieur de notre planète leur fusion, leur brisement, leur décomposition, leur absorption en d'autres matières et leur recomposition ne les aient entièrement dénaturées?
Si tout est mélange, si, sauf le fluide dont nous avons parlé, nous n'avons pas encore découvert un seul élément réel ou corps simple, combien ne doiton pas hésiter à prononcer la négative sur de semblables questions ?
Quoi qu'il en soit, si l'on admet que le noyau de la terre a été constitué, non par un seul aérolithe mais par une multitude de ces corps emport^'S par le tourbillon, à peu près comme la poussière par U trombe, on comprend que ces masses dnv-^ ^x U dimensions différentes, s'entre choquant, .^^ sont broyées et ont formé ensuite par U ^omnr^^^tjnn .^t
parune addition de matières plus molles, ces roches composées et ces agglomérations qui constituent en partie la charpente de la terre.
Mais que nous considérions sa base comme le fragment isolé d'un autre globe, ou la réunion de corps divers qui se sont rencontrés dans l'espace ; ou bien que sa masse entière soit la concentration d'une matière fluide qui s'est condensée et se condense encore, on peut, dans chacune de ces suppositions, croire également que si toute planète n'est pas un soleil qui s'éteint, la nôtre a été pendant des siècles dans l'obscurité, par conséquent qu'elle était glacée et stérile.
Nous avons dit comment elle s'est enflammée ensuite par un frottement ou par une fermentation intérieure; ou par le contact de quelque autre corps qui a pu l'entraîner ou la jeter par son impulsion dans la partie éclairée de l'univers. C'est alors seulement qu'elle est devenue habitable ou propre à recevoir la végétation et la génération.
Peut-être aussi la lumière ou la chaleur est-elle par son poids ou par la nature attractive de la matière terrestre parvenue dans la région où cette terre se trouvait.
Le refroidissement même ou la congélation de l'air en épurant les vapeurs mélangées qui entourent
la planète aurait contribué et contribuerait encore à ce résultat, c'est-à-dire à éclairer la terre, et ce qui paraîtra plus étrange à réchauffer, voici comment :
Le froid qu'on éprouve en s'élevant dans l'atmosphère, annonce qu'il existe à une certaine hauteur une zone glacée.
Cette zone translucide pourrait faire l'effet du cristal et d'une nappe d'eau qui concentrent et réfléchissent les rayons. Elle ne serait pas, d'ailleurs, tellement compacte ou impénétrable, qu'elle ne permît, non-seulement à la substance lumineuse, mais à toutes les autres matières de l'espace, de parvenir jusqu'à nous.
La lumière et la chaleur seraient ainsi conduites sur la terre comme par le foyer d'un verre ardent, ou d'une lentille, qui aussi, selon sa position et la manière dont elle reçoit le jour, produirait l'action d'un prisme, d'un diamant, d'une loupe à facette, d'une lunette, qui semblent éloigner ou rapprocher les objets et par divers jeux d'optique les colorer, les grossir, les rapetisser ou les multiplier.
Mais sans prétendre déterminer précisément le mode de transmission du feu et de la lumière, nous pensons qu'un rayon, un éclair, une étincelle électrique, traversant l'espace, a d'abord frappé sur un
point culminant de la terre, qui en s' embrasant, ou en renvoyant Tétincelle à des matières plus inflammables, a échauffé et éclairé ce qui l'entourait.
Successivement la masse entière du globe est entrée en combustion.
Il a dû résulter de cette conflagration des exhalaisons humides qui sont retombées en eau dans les cavités que laissait la portion refroidie.
A mesure que les. matières terrestres se liquéfiaient par la chaleur ou par Thumidité, les corps les plus lourds ont dû naturellement s'enfoncer par leur propre poids, ou par l'attraction du centre ; et aujourd'hui encore, c'est par cette force attractive d'une part; et la pression de l'atmosphère de l'autre, que les parties terreuses se serrent et se durcissent.
Si la terre ne recevait pas d'additions extérieures, si elle n'attirait pas à elle les éléments qui l'entourent, il est certain qu'elle diminuerait de volume ; car à mesure que les corps se compriment et deviennent plus compacts, ils ont moins d'étendue et tiennent moins de place.
De ce que nous venons de dire, on pourrait cependant tirer une objection contre la plénitude de l'espace. Cette objection est celle-ci : si la terre était dilatée dans le principe, et si ses éléments répandus
dans l'immensité se sont rapprochés par un resserrement subit, il s'est fait un vide autour d'elle ; ce qui d'une part admettrait le.vide, et de l'autre contredirait le*système d'accroissement du globe. On sent que si la masse terrestre n'avait rien à portée de son atmosphère, si dans sa révolution elle était séparée de tout ce qui est, par un abîme de vide, un néant que rien ne pourrait traverser, elle ne devrait rien recevoir du dehors et pas davantaore y envoyer quelque chose. Mais la lumière seule nous prouve que la terre n'est pas isolée du reste de l'univers, et qu'elle communique avec plusieurs globes, qui ont action sur elle comme elle sur eux.
Nous avons raisonné dans la suppositon que la matière terrestre s'était condensée et solidifiée subitement; si au contraire, ce qui est plus probable, ses parties se sont resserrées peu à peu, soit parleur propre poids, soit par la pression extérieure, il a pu encore s'ouvrir un vide, suite du déplacement des matières superposées. Mais ce vide n'a dû être que momentané, et un élément en a remplacé un autre par un mouvement successif selon sa pesanteur ou sa ductilité, ou l'attraction auquel il était soumis, et c'est ce qui arrive encore aujourd'hui.
Ainsi, dès qu'un vide s'opère, ce qui y pénètre d'abord, c'est la lumière, ensuite l'air, puis l'eau, enfin la terre.
On peut croire aussi que chacun de ces éléments ' plus ou moins mélangé de substances étrangères, doit éprouver à la longue, non une transformation effective, car il ne peut y en avoir dans l'essétice des choses ou dans les corps simples, mais une épuration et une séparation des parties.
Il s'ensuivrait que sans changement dans la mesure de l'ensemble, des variations s'opéreraient dans le poids comparatif des fractions, dont Tune obtiendrait ce que l'autre perdrait.
Il est d'ailleurs concevable que les éléments extérieurs ou ceux qui ont leur source hors de notre atmosphère, restent toujours en quantités égales autour de la terre, malgré ce qu'ils lui fournissent.
L'oxygène ou air vital qui est absorbé, modifié et rendu par les corps vivants, fait partie de l'ensemble terrestre comme les autres éléments; ou bien est une émanation de la terre qui incessamment le produit; ou enfin est attiré par cette terre autour de laquelle il circule. Mais comment pourrait-il s'y arrêter î Dans quoi serait-il contenu ? Si la force attractive de la planète ne l'y maintenait pas, il se perdrait dans l'espace.
i. Ce que nous nommons éléments, ne Poublions pas, est réellement la réunion de plusieurs substances : l'air, l'eau, le feu, la terre ne sont pas des corps simples.
ET LES CASTES. il
On peut sur ceci fonder divers systèmes pins ou moins en rapport avec ceux qai existent, mais je me réfère à l'opinion que je viens d'émettre.
Âinsiy que la terre ait été dans son origine le fragment détaché d'un autre globe, ou qu'eue ait commencé par un point qui s'est ensuite a??ra par des couches successives, à peu près comme nous îe voyons dans les schistes et les rognons de grê^; eu que, soleil éteint, elle se soit recouverte d'uccroûte de scorie ou d'écume, qui en «e refr:ii:?sant a enveloppé et concentré le feu, je penre -jue cette action progressive existe encore, C'-e le p::iî attractif, si c'est là l'origine de la terre, s'-^iiTel':: -•* journellement de nouvelles couches, et que !a rrntière extérieure qui primitivement alim-r^ta:! le iri s'arrête aujourd'hui sur la croûte qui le re?.ouvr^: qu'ainsi notre planète continue à croître, et qu'er*augmente en même temps de poids et de vol-jn.*-
Sa création, loin d'être terminée, terril d^r." dans sa jeunesse ou dans sa pério-îe a^^er-'îa'-te: et avant qu'elle s'arrête ou ne déTroi^^e, ei.e '1\.\ s'étendre encore pendant des milliers de siéJe?.
Cette croissance, toute lente qu'elle peut 4tre, e*t visible ; examinez les terrains qui n'ont pas 4té :-. .rmentes par la main des hommes ou parles re-» 'Citions locales, vous y verrez de« traces de ces exLauv
sements qui s'offrent par nappes fines, par sédiments, qui peu à peu se posent, se recouvrent et s'élèvent.
Cet accroissement s'opère, soit par une addition de matières extérieures que la terre attire directement à elle, soit par les détritus des êtres végétaux et animaux, qui par la force absorbante de l'àme, amènent aussi de l'espace une portion de substance.
Sans doute, la décomposition ou l'efflorescence des roches primitives, ossements du globe, qui en soutiennent les parties molles et ont des ramifications jusqu'à la superficie, contribue à la formation de ces dépôts d'essences diverses ; mais il est facile de voir que ces débris pierreux ne sont pas la base de la terre végétale, et qu'ils n'entrent que pour une fraction dans la composition du sol que nous foulons. D'où émaneront alors les autres fractions? Si rien ne vient ni de l'intérieur, ni du dehors, qui produira le terreau des collines et les dépôts des vallées î
Partout vous voyez les excavations se combler; et s'il s'en ouvre de nouvelles elles se comblent encore.
On dira que ce qui remplit les creux ne sont que des décombres, que des résidus déplacés et enlevés à d'autres points; que c'est la poussière des plaines,
les dégradations des montagnes qui tombent dans les lieux bas; que la mer, que les fleuves, que les torrents en rongeant les rivages, en détachent les portions qu'ils déposent ailleurs.
Ces causes, toutes réelles qu'elles sont, ne me paraissent pas ici suffisantes, et la masse déplacée semble peu en rapport avec l'accroissement qui frappe nos yeux. Nous apercevons partout le fond des mers s'exhausser, des îles se former, les rivières laisser à découvert de vastes terrains ; on croirait que l'eau se change en terre, car le sol s'élève même dans les plaines les plus éloignées des montagnesi et, en y creusant, on a trouvé à cinq ou six cents pieds de profondeur et plus bas encore des arbres sur leurs racines, des forêts entières et les traces des animaux qui y ont vécu. D'ailleurs cette épaisseur de l'humus peut varier beaucoup par suite de la pente.
' On a dit que, dans le principe, la surface du globe était unie, et que toutes les chaînes de montagnes s'étaient formées par soulèvement et par la dilatation ou la boursouflure du sol.
Si cela était, il n'y aurait là encore qu'un déplacement de matière, et nous en avons des exemples : on voit des îles sortir de l'Océan, des pics, de^ mamelons se montrer ou tout était plaine. Mais quand
une de ces éminences s'élève, un lac se creuse à côté ou un abîme s'ouvre au-dessous.
Puis ces mouvements de terrain s'efiFectuent par une convulsion locale, et non par un effet successif et général. 11 n'est donc pas croyable, sauf des cas assez rares, que l'encombrement des vallées vienne d'une action intérieure et souterraine, ou d'un noiouvement qui du centre porterait à l'extérieur; et je persiste dans l'opinion de l'accroissement réel de notre globe, dans sa dimension comme dans son poids.
Nous venons de dire qu'on voyait naître des îles nouvelles. Ces îles sont de trois espèces, et il ne faut pas confondre celles qui sont d'origine volcanique et qui se montrent tout à coup à la surface pour disparaître quelquefois aussi subitement, avec les terres d'alluvions qui s'accumulent à l'entrée des fleuves; ni celles-ci avec les récifs de coraux qui croissent dans toutes les mers, mais surtout dans l'Océan du sud.
La première formation, celle des îles volcaniques, provient d'une simple rejection de matière, et d'une fermentation souterraine qui chasse au dehors les substances déplacées.
Les îles d'alluvions résultent d'une cause identique, quoique moins spontanée, et sont visiblement
Tefifet du charriage des fleuves, et de l'agglomération des parties arrachées à la rive : ce n'est encore ici qu'un déplacement de terrain.
Il n'y a donc de création réelle et de croissance effective du sol, que dans les îles de coraux, qui sont le résultat d'une action génératrice, véritable végétation dont la dissolution, de même que celle de tous les autres débris végétaux .et animaux, contribue à augmenter la masse de notre planète.
Ces îles se montrent à des distances considérables de toute terre ; on ne peut donc croire qu'elles aient appartenu précédemment à des continents dont elles seraient un démembrement.
Leur formation, comme nous l'apprennent les voyageurs, quoique progressive, est si prompte, qu'il n'est pas douteux qu'en peu de siècles, de vastes portions de mer ne deviennent de grands territoires dont la base ou plutôt la masse entière sera Tœuvre d'un polypier, d'un faible vermisseau.
Ces animalcules jettent les fondements de leur œuvre sur une roche, sur moins encore, sur une huître, ou un galet. D'autres se joignent à eux; la famille augmente, et en quelques années, cet édifice dont la base est dans les profondeurs de l'abîme s'élève jusqu'à la surface.
La Nouvelle-Hollande tout entière, où des collines de quatre cents pieds de hauteur; ont pour cime
une branche de corail peu ancienne, toutes les îles adjacentes, d'autres encore, et les plus grandes du monde, Bornéo, Madagascar, Saint-Domingue, n'ont p^;S d'autre origine.
Voici d'ailleurs comment les naturalistes expliquent ces créations. Cette citation n'est pas un hors-d'œuvre, puisqu'elle contribuera à éclaircir notre système d'accroissement du globe, et à faire distinguer la substance venue du dehors, de celle qui est purement locale et terrestre.
Lorsque les polypiers élaborent le corail au fond de la mer, leurs constructions adhèrent les unes aux autres, soit par un mécanisme inconnu, soit par l'effet de l'eau salée ou d'un sel glutineux. Les interstices sont graduellement remplis de sable, de fragments divers^ et forment avec le temps une masse de rocher. D'autres générations posent leurs ruches sur les premières, et leur mur immense croît toujours perpendiculairement et avec une régularité qui annonce une combinaison et un instinct étonnants.
L'édifice étant placé ordinairement dans des lieux où les vents sont constants, la digue établie, les nouvelles races peuvent construire en sûreté à l'abri des courants. On voit de ces murs qui s'élèvent du fond de la mer de plus de deux cents bras-
ses ou de mille à douze cents pieds. Ils ne dépassent jamais la surface de l'eau à marée haute ; mais à mer basse les substances que le flux transporte s*y arrêtent et produisent sur le récif ce qu'on nomme une caye.
Bientôt des herbes marines commencent à prendre [racine sur le nouveau banc; chaque coup de vent, chaque marée y ajoute quelque chose. Des débris d'animaux, de coquillages, des morceaux de ))ois poussés par les courants, viennent s'échmier ►sur cet obstacle qui, d'un écuuil caclié, devient ua îlot qui apparaît à la surface et domine l'océaji.
Les oiseaux de mer qui l'ont apen;u y an ivent en grand nombre, ils y déposent leurs œuis, ils se hasardent à y couver et ils y restent pour élever leurs petits.
Leur fiente activant l'ajtion végétative, les plan. tes de toute nature croissent.
Alors les arbres se montrrut; le cocotier est ordinairement lepreiiiier, et cela s't-xpli^jue pir la force de son écaille qui le fait résist^-r au choc.
Attirées et retenues par ces grau Js végétaux, des vapeurs aqueuses s'amon.'rUéiil surlile ; l'eau douce s'y concentre et Ihumidiié du d^ljors api"-iaul cellt: du dedans, une fîllralion s'élabiil et des èouroe» jaillissent.
Les oiseaux terrestres arrivent dès qu'il y a une branche où ils puissent se poser, une mare, un ruisseau 011 se désaltérer; et avec eux paraissent les mouches, les papillons, les coléoptères, les insectes de toutes les formes, de toutes les espèces qui servent à leur nourriture.
Dans le même temps, des myriades d'êtres marins amphibies, poissons, crustacés, s'établissent autour de la nouvelle terre, et la base d'une colonie, d'un peuple inconnu, est constituée.
Maintenant distinguons quelles sont dans cette formation, les matières simplement déplacées ou celles qui sont produites? On nous répondra que rien n'est produit ; que tirant d'ailleurs ce qui sert à leur construction, les animalcules du corail ne font que le mettre en œuvre, à peu près comme un architecte emploie le bois, le fer, la pierre qu'il tire de la carrière, de la mine ou de la forêt, et qui en déplaçant les matériaux n'en accroît point la masse.
Assurément, la totalité de la matière ne peut pas plus augmenter qu'elle ne peut décroître, mais à mes veux, il n'existe aucune barrière insurmontable entre les diverses parties d'un tout. Une fraction d'élément, quelleque soit la distance, peutse joindre à une autre fraction, un globe se constitue et s'ac-
croît aux dépens d'un autre globe, et tous à ceux de la masse ou de la matière universelle.
Or, ces fractions de l'ensemble dont s'enrichit un globe, lui arrive par suite de son attraction, d'une part, et de l'autre, par celle de l'attraction des êtres qui l'habitent. Observez bien par qufels procédés grandissent et se développent les corps marins ou leurs écailles, les testacés, les huîtres, vous y verrez en miniature le mécanisme de la croissance de la terre; et des sédiments superposés, des lames qui ressemblent aux schistes vous rappelleront aussi les assises des marbres et d'autres calcaires.
Si dans son intégralité, cette substance coquillière qui joue un si grand râle dans les masses secondaires et tertiaires du globe, n'émane pas des lieux mêmes où on la trouve ; si ce n'est pas une conquête de la vie sur la matière locale qui*n*aurait fait que changer de forme, les animaux comme les végétaux attirent donc à eux, jusqu'au plus profond des mers, des particules de la substance extérieure. Il y a donc dans l'essence ds êtres, de même que dans celle des globes, une sorte d'aimant ou d'action envahissante qui tant qu'elle subsiste en eux, tend aies faire croître en volume.
Cette attraction est si réelle, qu'on trouve dans presque tous les êtres nés ou constitués, des frac-
âO LES ROIS« LES PRÊTRES
tions métalliques qui n'étaient pas dans le germe, ni même dans Tembryon. D'un œuf, où il n'existe rien de ferrugineux, il va naître un poulet dans la nourriture duquel il n'y aura eu aucune parcelle de fer, et pourtant vous en trouverez dans le sang de cet oiseau, comme dans celui detous les autres, de tous les mammifères, de l'homme; et ce fer, portion du sang, est nécessaire à la vie de tous *.
Toutes les formes animées de notre planète, en outre de la substance de l'âme que nous ne comptons pas ici, parce qu'elle est individuelle et indivisible, seraient donc composées des quatre éléments terrestres, et de plus, d'un élément de l'espace ou extraterrestre.
Ainsi, l'accroissement du globe par le moyen des corps vivants serait établi, non sur ces quatre premiers éléments doût les parties emprimtées de la terre lui sont constamment restituées, mais sur la substance atmosphérique qui, prise ^ui dehors; resterait après la dissolution des corps lusquise à la localité.
Ce que nous disons des organes des êtres s'appli-
1. Voici une autre expérience à l'appui de Pattraction végétale ou animale : faites germer une graine sur du ootom en l'arrosant avec de Teau distillée; transformez en terreau par la décomposition ordinaire la plante qui en résultera; dans ce terreau se trouvera de la silice qui n'était ni dants la graine, ni dans le coton, ni dans Peau.
querait fractionnellement aux tests, op-;r ; ' paces et autres enveloppes dans lesqur-I:*-* !- nations de la vie, ou les substances anin:-:."^- pour quelque chose.
Dans les ouvrages des vennis^^a::! ôi* ' •«* venons de parler, lasubstan'^e étrar.r-r*- <• . simplement déplacée, consisterait '!?:'.'« .- • tiens sablonneuses et saline», d^r.* î— ' toutes sortes, fragmeal-? ériJ-::.': - 1* - — entraînés par la vague, et nrii «-- t-*-.-sont jetés sur un autre. EV.e ^:i-. - -— - -:: . un résidu de la va^e n:-^T.e ^ - > r . qui concourt probables: -^^ t .z : -r... . comme elle a CGnco:ira a r-^-r :- - ^. .
marins.
La portion eitra-terr^iT* ^^-l* • . .
glutineuse servant i ;oin:.-~^ -r » — • très matières. Elle ^:r\r -n-r-- :.^r • maux, entrant dac.^ la :'i r-r.r- :.. • naissent, qui se dével.:r:n^nr -r -i^ «^--.m- ..^ les lieux.
Ce n'est pasqae ^es ^lu-^. v^: ^ .,: .. , décomposition, donntiat m -n^r-.^^^î •.- .icomme ceux qui nous ent< rirent. .< - r î^-t..- • parties d'eaa, d'air, de :Vri. v *>r-a -t ...*..^, partiesmêmesneprovit-n-; r.r .>a > -.t. ..*-.
avons déjà fait observer, que biea qu'aucun être ne constituât son corps avec les seuls éléments de ce globe, cependant ces éléments comptaient pour beaucoup dans sa composition, et que la substance atmosphérique ou l'élément extra-terrestre , n'y figurait que pour iin cinquième au plus. Or, c'est approximativement ce cinquième qui restant acquis au globe dans lequel l'être a vécu et où son corps meurt, contribue ainsi à en augmenter le volume et le poids.
On doit sentir d'ailleurs que cette proportion de matière extérieure, ajoutée à celle de la terre, dans la formation sous-marine des îles, n'est pas assez considérable pour élever d'une manière visible le niveau des eaux océaniques, qui d'un autre côté diminuent de toutes les parties d'elles-mêmes qui se condensent et qu'elles rejettent sur la rive, et aussi de l'évaporation incessante des vapeurs salines autres qui ne retournent plus à leur source.
Cette propriété de la forme, cette puissance d'appeler à elle des substances qui s'unissent à l'astre sur lequel elle se dissout, sera, je n'en doute pas, vivement contestée. Ceux qui ne voudront voir dans l'organisation des corps animés, qu'un simple emprunt à la matière locale et sa transformation, demanderont des preuves de cette puissance absor-
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Mais pour offrir une démonstration tenant à l'ensemble du globe, nous dirons que si les formes des êtres et leur nombre s'accroissaient au détriment de la matière présente, on verrait cette matière dinainuer dans une mesure égale à l'accroissement de ces formes végétales ou animales. Or, cette diminution a-t-elle lieu? Et dans les contrées couvertes de forêts, de plantes, ou d'innombrables peuplades d'hommes, d'animaux, d'êtres de quelque classa que ce soit, a-t-on remarqué que le sol s'énerve, se creuse et se consume? Certainement non, et si l'oa trouve de.s îles, des continents entiers ouvrages de ' l'être, on en rencontre aussi qui ne sont, pour ainsi dire, composés que des débris des êtres mêmes , de leurs os, de leurs cadavres.
Les tourbières et les houillères sont, chacun le sait, le résidu et l'entassement d'arbres, de plantes, dont les feuilles amassées, les troncs décomposés ou les tiges chariées, comblant le lit des torrents et les profondeurs des vallées, offrent maintenant des prairies où étaient des abîmes.
Les craies, les marbres, toutes les pierres calcaires qui constituent en partie l'enveloppe secondaire du globe, sont des amas de mollusques, de madrépores, d'infusoires, de coquillages de toute nature mélangés d'eau.
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