SCIENCE ET RELIGION
Deux immenses' courants d'attraction dont vous retrouvez les traces à toutes les époques et dans toutes les civilisations, se partagent le monde. Ils coulent parallèlement comme deux fleuves qui ne doivent jamais se rencontrer, leurs sources se perdent dans la nuit des âges antéhistoriques, et les monceaux de cadavres, qui les séparent, indiquent que de terribles luttes se sont livrées sur leurs rives .
Au-dessus de ces deux courants peuvent s'inscrire ces deux mots : science et religion.
Science I c'est-à-dire : étude de tous les faits exacts, recherche de la vérité, dans ses diverses manifestations, libre examen de toutes les croyances, rejet de tout ce qui n'est pas basé sur un axiome positif et indiscutable , soumission absolue aux lois de la raison.
Religion ! c'est-à-dire : croyances imposées, domination par la superstition , le charlatanisme et le mensonge, culte du merveilleux, proscription de la raison.
Si la science a marché chaque siècle , ajoutant son apport aux progrès déjà conquis... la religion, au contraire, s'est cantonnée dans son immobilité, refusant énergiquement d'élargir l'espace dans lequel elle a renfermé l'esprit humain.
La science a eu beau fouiller l'univers, découvrir les lois auxquelles la nature soumet tous ses phénomènes, démontrer l'impossibilité matérielle de tels ou tels faits, de telles ou telles croyances, la religionn'en a que plus fortement accentué son défi à la liberté humaine ; et l'on doit reconnaître que toutes les formules religieuses , anciennes ou modernes , ne se sont jamais inquiétées de respecter la raison dans rélaboration de leurs mystères et de leurs dogmes.
De tout temps, la science a fait œuvre de désintéressement, son but a été le progrès de l'humanité.
La religion n'a fait qu'œuvre de despotisme , son but a toujours été d'asservir l'humanité.
La science ne vit que de lumière et de vérité.
La religion que d'obscurité, de superstition et d'erreurs.
Deux hommes, depuis des centaines de siècles, se
sont étroitement unis pour proscrire la science et éterniser Tesclavage intellectuel.
Ces deux hommes sont le prêtre et le roi I ... Ils se sont prétendus les dépositaires de toute vérité et de toute science.
Au nom de la divinité, ils ont mis leurs passions, leur égoïsme, leurs vices à l'abri de la. révélation... Ils ont forcé les peuples à s'agenouiller devant le bois, la pierre ou le marbre, et noyé toutes le's résistances dans le sang...
Lorsque, jetant un regard en arrière, on compte les nombreuses victimes qui marquent la trace néfaste de leurs pas, on se prend à espérer que Theure est prochaine où disparaîtront pour toujours ces deux représentants de Tintolérance, de la corruption et de la force brutale dans Thumanité...
Nous venons de voir ce que la science enseigne à l'homme sur lui-même, sur le globe qu'il habite et sur les êtres inférieurs qui en sont à gravir les premiers échelons de la vie... Il ne sera pas sans intérêt, à l'heure où les réactions cléricales tentent de relever la légende du trône et de l'autel, à l'heure où les universités ultramontaines vont faire sanctionner la science par la Bible, de placer en regard de la science indépendante, la science issue de la révélation.
On pourra discuter les hypothèses de l'école scien-
tifique, à laquelle nous nous faisons gloire d'appartenir, qui ne confond pas l'esprit et la matière, et assigne à ces deux principes des rôles différents dans l'Univers... Nous n'avons pas la prétention de les imposer, et c'est en glanant quelques vérités dans l'apport de chacun que la science véritable, la science indépendante se constitue.
Il faut souvent des siècles pour dégager une seule idée...
La science de la révélation, elle, n'a rien à faire avec le temps, l'étude, l'examen, l'expérience... elle s'est constituée tout d'un coup... elle est sortie toute armée du cerveau de Jupiter, et, comme son nom l'indique, elle est le produit d'un enseignement divin qui arrive aux hommes par la bouche du prêtre I C'est la valeur de cet enseignement que nous allons examiner, en indiquant surtout qu'il a ses sources originelles dans les phénomènes de la nature, divinisés par les hommes primitifs.
Et en nous occupant plus spécialement des vieux mythes sur lesquels repose la science du prêtre à notre époque, nous lui aurons démontré que les insanités qu'il met sur le compte de la révélation divine, traînent dans les pagodes de l'Inde depuis des milliers d'années.