‹ Roland & Marie PhliponChapitre 15 sur 68 · CHAPITRE III Les Préludes (janvier-avril · texte numérisé non relu

CHAPITRE III Les Préludes (janvier-avril

21. — Marie Phlipon à Roland, 3 janvier 1779 (ms. 6238, fol. 7-8).

Adresse : A Monsieur Roland de la Platière, chez Madame Malortie, à Rouen, en Normandie.

C'est là que se trouvait Roland, après un court séjour à Dieppe chez Cousin-Despréaux. M"»» Malortie était la mère de ces vaillantes filles avec lesquelles Roland avait noué, pendant les années de sa jeunesse passées à Rouen (1752-1764), une si étroite amitié (1).

Paris, 3 janvier 1779.

Il s'en est fallu de peu, Monsieur, que je n'aie été fâchée de recevoir une lettre de vous, le premier jour de l'année, en même temps que plusieurs autres épîtres qui ne ressemblaient guère à la vôtre. A quoi bon se mêler dans une foule dont on diffère autant, si ce n'est pour faire pièce à ceux qui la composent ? et vous m'avouerez que ce tour est bien fripon pour un Thaïes (2). Il est donc vrai qu'avec le dessein de m'écrire depuis longtemps vous n'en avez rien pu faire que ces derniers jours. Je le crois, puisque vous le dites : car il me coûterait toujours beaucoup moins de supposer une chose difficile que d'affaiblir en moi l'opinion de votre parfaite sincérité. Je puis, en me plaignant tout bas pour mon compte, vous louer cependant de bon cœur de n'avoir rien dérobé, à mon profit, d'un

(1) Voir, sur les demoiselles Malortie, l'appendice D, § 5, de mon édition des Lettres. Voir surtout la notice, plus complète, que vient de leur consacrer M. Armand Le Gorbeiller, dans le Bulletin de la Société des amis des monuments Rouennais.

(2) Thaïes était le surnom de Roland, dans sa petite société des « Grecs ».

temps que vous remplissez par des occupations utiles : mais si vous cherchiez à faire naître ma persuasion sur la moindre chose qui ne fût pas exacte à vos yeux, je crois que je vous haïrais dès rinstant où j'apercevrais la fraude ; ou plutôt, j'imaginerais qu'un méchant esprit aurait emprunté votre nom et vos traits. Alors, dans l'extrême embarras d'allier des idées contraires et dans le désespoir de joindre jamais l'évidence, je trouverais, peut-être, un peu moins pitoyable le système du pauvre Berkeley.

Il faut avouer qu'avec la manie de cette noble franchise on est réduit aujourd'hui à resserrer souvent son estime, ou bien à sortir de son siècle, à se transporter chez ces Grecs qui s'avisaient d'être de bonnes gens, qui se piquaient de constance en vertu, en amitié, et qui montraient qu'on pouvait être à la fois simple et grand, éloquent et sage, modeste et savant. C'est au milieu de ces chers compatriotes que vous respirez actuellement une aura vitale si propre à vous restaurer des travaux dont l'assiduité m'effraye pour votre santé. A la joie que me fait votre bonheur, je vérifie de nouveau combien le mien est dépendant de celui des personnes que je distingue. Je sens mon cœur sur un oreiller, lorsque je sais mes amis contents.

J'ai été véritablement fort occupée des suites de mon déplacement (1) ; j'en ai fait mes saturnales, afin de ne rien laisser d'inutile ou d'indifférent. Je savais que, sans avoir à descendre de bien haut, on pouvait gagner à le faire, n'eûton à franchir qu'un degré.

Je pense que les sages se dérobent souvent aux regards du public afin de vivre paisiblement, comme se dérobent certains monarques pour s'attirer plus de respects, en cachant mieux ce qu'ils sont, et dans ce sens ils ont tous également raison ; mais il me semble aussi que la ville d'Amiens ne vaut guère, puisque ses habitants ont pu vous faire trouver bon l'usage de ces rois d'Orient. Gardez-vous bien de le suivre ici ; ceux qui vous y connaissent ne jugent pas leur monde à la manière des Asiatiques.

(1) Son changement de logis, en décembre 1778, V. plus haut, n* 19.

Vedo bene che V. S. mi crede via più dotta che no sono

realmente ; non è vero tiitto ciô che fù detto a Lei, délia mia

scienza nel' italiano. Son inferiore di gran lunga a quel grado

ove m'inalza la sua lusinghevole opinione. Amo molto questa

dolce favella, la scrivo un poco, ma non potrei bene parlarla,

ne comprendere abbastanza la poesia per sentirnc la bellezza.

Quando voglio servirmidi quel agradevole linguagio, balbetto,

bisbiglio lentamente com'un bambino ; (questo che, lo sapete,

senza ciô sovente m'avveniva). Ho gran paura che siate sem-

pre '1 maestro. V. S. mi domanda quel che fo addesso. Divido

il mio tempo fra lo studio e la cura délie vicende di cui sono

caricata ; quell'ultime non mi lasciano grande ozio, ma pure

so trovarne. Rinchiusa spesse volte nella cara solitudine

del mio gabinetto, accompagnata dalla tenera rimembranza

dei miei amici, neU'aver in mano Tamabile Telemaco, overro 'I

(1) Je vois bien. Monsieur, que vous me croyez plus forte que je ne le suis en réalité. Tout ce qu'on vous a dit de mon savoir en italien n'est pas exact. Je suis très au-dessous du degré où m'élève votre flatteuse opinion. J'aime beaucoup ce doux parler, je l'écris un peu, mais je ne pourrais le bien parler ni comprendre assez la poésie pour en sentir la beauté. Quand je veux me servir de cet agréable langage, je balbutie, j'épelle avec la lenteur d'un enfant (ce qui m'arrivait déjà sans cela, comme vous le savez). J'ai grand peur que vous ne soyez toujours le maître.

Vous me demandez ce que je fais maintenant. Je partage mon temps entre l'étude et le soin des affaires dont je suis accablée, affaires qui ne me laissent pas grand loisir, bien que j'en trouve pourtant. Renfermée souvent dans la chère solitude de mon cabinet, accompagnée du tendre souvenir de mes amis, ayant en mains l'aimable Télémaque ou le bon Jean- Jacques, j'entretiens le goût du bien, le courage de l'accomplir et le talent d'être heureux par lui seul. Le charme de la musique et celui d'une douce mélancolie embellissent tout à tour chacune de mes journées : et ainsi elles s'écoulent toutes sans chagrin. Je suis grave, mais non pas triste : je conserve en mon cœur l'assurance de n'être jamais entièrement malheureuse, parce que je ne crains ni les malheurs ni encore moins la mort. Déjà je pourrais dire : « Non ignaramali, miseris succurrere disco .), et, quand finira ma vie, elle aura été bien employée. Je ne me plains pas de ma santé, elle est passable : comment va la vôtre ? Ce retour de froid me fait trembler pour vous. Oh ! combien vous auriez besoin du climat de l'Italie!

Je suis affligée du triste état de mon amie: je vois avec peine que sa sensibilité s'exaspère et peut-être creuse sa tombe. Le frère ne pense plus rien. Je l'ai vu récemment, il m'a parlé de vous avec grande estime. Il m'a demandé adroitement de vos nouvelles. Je ne lui en ai pas donné d'autres que celles que j'avais par sa sœur cadette, qui m'avait écrit que vous étiez à la veille de votre départ.

La Chapelle, tout seul, pourrait avoir tort ; mais vous lui feriez avoir raison, et les épines de la géométrie seront émoussées par l'aimable attention, l'application gracieuse de l'amitié.

J'aurais grand plaisir à voir les notes sur la Sicile. N'oubliez pas le raanusorit ni l'Eloge, tout ce qui vous touche m'intéresse.

Adieu ; je vous attends avec joie.

buon Giovani-Giacomo, nutrisco il gusto del bene, il coraggio d'eseguirlo, e'I talento d'essere felice per lui solo. L'incanto délia melodia, e quello d'una dolce malinconia abellono scambievolmente ognuno de'i miei giorni : cosi tutti passano senza cordoglio. Sono grave, ma non mesta : conservo nel mio petto la sicurezza di non essere giammai affatto sventurata, perche non temo ne le sciagure, ne la morte, ancora meno ; già, potrei dire : « Non ignara mali, m [iseris] s [uccurrere] d [isco] », e quando finira la mia vita, sarà stata impiegata. Non mi dolgo délia mia salute, ella è toUerabile : come va di V. S. la sua? n nuovo freddo mi fa tremolare per Essa. O quanto ella avrebbe bisogno del clima d* Italia 1

Son afflitta dal mesto stato délia mia amica : vedo dolorosamente la sua sensibilità inacerbarsi, e forse scavare la sua fossa. Il fratello non pense più niente. L'ho veduto da poco tempo, parlô con gran stima di V. S. ; mi dômando destramente délie sue nuove : non dettigliene d'altre che quelle ch'aveva dair sua più giovane sorella, la quale mi scrivette ch'era V. S. presso di partire. La Chapelle, affatto solo, potrebbe aver torto ; ma fareste aver ragione ad esso, e le spine délia geometria saranno spuntate per Tamabile cura, per l'aplicazione leggiadra dell* amicizia. Avrô gran piacere a rimirare le note sopra la Sicilia. Non vi scordate del manuscritto ne del' Elogio (1) : m'intéressa tutto ciô che vi tocca. Addio : v'aspetto con letizia.

Mon père vous dit mille choses honnêtes.

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