‹ Roland & Marie PhliponChapitre 53 sur 68 · A Sophie, 9 octobre · texte numérisé non relu

A Sophie, 9 octobre

Elle est à Vincennes « depuis huit jours », c'est-à-dire depuis le 2. — Elle y restera jusqu'au 11 (« lundi prochain »). Elle a reçu de Sophie l'argent demandé. « Il faut un terme aux choses. Je vais le mettre par une résolution profondément méditée, soutenue des avis de ceux dont j'ai dû chercher et m'assurer l'approbation. » (Ainsi l'oncle Besnard approuve la retraite au couvent).

139. — Roland à Marie Phlipon, 21 octobre (ms 6240, fol. 67). — Pas d'adresse.

Cette lettre, qui paraît répondre à une lettre écrite par Marie Phlipon entre le 5 et le 20 octobre, et que nous n'avons plus, est numérotée 39®, celle du 5 octobre portant le n» 38. Il n'y a donc pas de lacune ; Roland est resté plus de quinze jours sans écrire. En même temps son ton est plus aigre que jamais. Néanmoins, il désire, lui aussi, « un entretien de vive voix » et, en attendant, il accepte < une amitié ferme et constante «, c'est-à-dire la continuation de la correspondance. Dès lors, il sera vaincu.

21 octobre.

Les éléments, dans les plus grands chaos de la nature, ne se confondent point autant que les idées dans l'esprit. Je te cherchais, j'ignorais où tu étais, ce que tu pensais, ce que tu faisais et ce que tu te proposais de faire. Je te vois toujours incertaine, toujours irrésolue ; raisonnant néanmoins toujours les contraires. Dans tout cela cependant je vois une chose constante, c'est que le caractère et la conduite de ton père, qui t'ont successivement paru sous toutes les nuances possibles, sont toujours les mêmes ; que tes pL.rents ne varient point à cet égard, et que tu te vois forcée d'y régler ta marche, c'est-à-dire de prendre de tous les partis le plus violent, et le seul cependant qui soit jugé convenable et même nécessaire par tout le monde.

Tu ne m'avais point entendu dans une chose très claire ; et tu te récries beaucoup, après avoir péroré longtemps,

sur une chose très fausse, savoir que je t'ai donné un conseil. Je ne t'ai point donné de conseil ; j'ai toujours trop été occupé de l'idée des reproches pour m'y exposer, surtout en pareil cas. J'ai répondu et je m'en suis tenu là ; des réflexions ne sont point des conseils. La matière est trop délicate, et les conséquences trop terribles. Puis, tu semblés tout confondre dans l'amitié, la regarder comme le bonheur suprême ; mais tu oses l'analyser, lui établir des distinctions, voir, raisonner, et juger encore fermement les contraires. Quand je compare tes lettres où tu as toujours raison, étant toujours si diverse, je me sonde, je suis inquiet, et crains d'être dans le délire. Je sais bien que tu as pris date pour être tout cela, que tu as voulu même comme en avoir acquis le droit ; mais je ne me fais pas à ne pas te voir ce que tu es réellement, ce que tu peux être, et ce que tu seras enfin.

Je te l'avoue, mon amie, je n'entends rien aux réflexions que tu fais, aux restrictions que tu t'imposes dans le sérieux de ta raison. Je connais l'amitié ; elle est ou elle n'est pas. Je ne sais ce que c'est que de la voir calculée, et encore moins de ne lui donner, au lieu d'un sentiment doux et point tant réfléchi, qu'une existence métaphysiquée.

Tu désires ardemment un entretien de vive voix ; je ne le désire pas moins ; mais où, quand et comment ? Je compte aller à Paris en décembre, peut-être au commencement. Je suis dans un travail forcé, pour que ma besogne soit achevée à cette époque. Je ne comprends rien de ce que tu as laissé entrevoir à mon frère ; il ne m'en a rien dit, autre que ce que je t'ai mandé ; et je ne puis rien imaginer de ce qui n'est pas de la dernière évidence. Si tu désires sincèrement une amitié ferme et constante, une liaison intime, le bonheur n'est pas, en effet, hors de nous ; je n'ai rien tant à cœur.

Que fais-tu, où es-tu? Comment te portes-tu? Je

t'embrasse de tout mon cœur.

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