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blesse et de la folie; si on lui présente la bataille, il ne s'enftiira pas ! c'est un grand malheur que personne ne Tait tué !
18i$. — Par sa grande puissance, l'empereur a demeuré en Espagne pendant sept années pleines, et il y a pris nombre de châteaux et de cités^. Le roi MarsHe s'en est beaucoup inquiété. A la première année, il fit sceller ses br^s, et envoya des députés à Baligant en Babylonie ; c est l'amiral le plus vieux d'antiquité qui ait survécu à Homère et à Virgile (1). Il doit venir pour secourir le roi à Sarragosse, et s'il n'y parvient pas, il a promis d'abandonner ses dieux, ainsi que les idoles qu'il a coutume d'adorer, de recevoir la sainte loi chrétienne, et de s'accorder avec Charlemagne. Mais il est loin, et il a tardé à venir; il a convoqué ses gens de quarante royaumes différents, il a fait apprêter ses barges, ses galions et ses navires, et c'est au port d'Alexandrie, près de la mer, qu'il a
(1) Celle phrase incidente, où le souvenir d'Homère et de Virgile e^t invoqué n'offre pas un sens bien clair; et dans le doute où je suis de l'avoir saisi, je rapporterai ici les vers de la chanson :
Li reis Marsilie s'en purcacet assez, ' Âl premer an fist ses brefs sieler, En Babîlonie Baligant ad mandet :
Tut survesquiet e Virgilie e Orner; Ço est l'iomiraill le viel d'entiquetet.
En Sarraguce ait succure ]i ber; Et s'il né r fait etc., etc.
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rouoi sa flotte. C'est en mai, aux premiers jom*s d'été, qu'il a mis toute son armée en mer.
186. — Grandes sont les armées que forme cette race ennemie qui, bientôt, navigue et cingle avec rapidité. Au sommet des mâts et des vergues, il y a des charbons et des lanternes, dont les rayons projettent une telle lumière que la nuit noire en est plus belle. Et lorsqu'ils arrivent en Espagne, tout le pays en est éclairé et resplendissant ; bientôt la nouvelle de leur arrivée parvient jusqu'à Marsile. Aoi.
181. — Les païens sont impatients de débarquer; ils quittent la mer et viennent à l'eau douce. Laissant Marbrose et Marbrise, ils tournent toutes leurs embarcations'pour remonter rÈbre.Il y avait tant de charbons et de lanternes qu4Is sont environnés de clarté pendant toute la nuit, et dans le jour suivant ils arrivent à Sarragosse. Aoi.
188. — Le jour est chir et le soleil brillant, l'amiral sort de son bateau et les Espagnols le guident lorsqu'il est à terre. Dix-sept rois le suivent; quant aux ducs et aux comtes, il serait difficile de les compter. A l'abri d'un laurier qui s'élève au milieu d'un champ, on jette un pâlie blanc sur l'herbe verte, au milieu duquel on place un fauteuil d'ivoire. tLe païen Baligant s'y assied, et tous les autres se tiennent debout autour de lui. En sa qualité de premier d'entre eux, il prend la
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parole : «Ëcoutez-moi maintenant, francs chevaliers, dît-il, le roi Charles, l'empereur des Français, en doit être réduit à ne manger qu'avec ma permission. Il a fait une guerre terrible par toute l'Espagne, et je veux le poursuivre jusqu'en France. Je ne suspendrai pas l'exécution de ce dessein tant que je serai vivant, et jusqu'à ce qu'il soit mort, ou que vif il renonce à sa foi. » En parlant ainsi, le roi, pour s'engager, frappe son gant droit sur son genou.
189. — Puisqu'il l'a dit, pour tout For qui est dessous le ciel, il ne renoncera au dessein d'aller à Âix, ou Charles a coutume de rendre la justice. Ses hommes le lui conseillent et l'en louent; alors Baligant appelle deux de ses chevaliers, l'un est Clarifan, et l'autre Clarion. « Vous êtes les fils du roi Maltraïen, leur dit-il, et c'est vous qui avez coutume de faire mes messages ; je vous ordonne d'aller à Sarragosse, et d'annoncer de ma part à Marsile que je suis venu pour l'aider contre les Français. Si j'en trouve l'occasion , il y aura de grandes batailles ; donnez-lui ce gant qui est plié maintenant, et faites-le-lui mettre au poing droit, portez-lui aussi cette once d'or pur, et qu'il vienne à moi pour reconnaître son fief. J'irai en France pour faire la guerre h Charles, et s'il ne se couche à. mes pieds pour me demander merci, et qu'il n'abandonne pas la loi des chrétiens, je lui enlèverai la couronne de dessus la tête. » Les paiens ap-
plaudirent en disant : « Sire^ vous dites trèsbien. »
190. — « Chevauchez donc, barons, ajoute Baligant; que F un porte le gant et Tautre le bâton* Ceux-ci répondent : « Nous le ferons. » Ils chevau-* chent si bien que les voilà àSarragosse. Ils passent dix portes, traversent quatre ponts et toutes les rues où se tiennent les bourgeois. En approchant de la partie élevée de la ville, ils entendirent une gi*ande rumeur, vers le palais. Une foule de païens pleurent, crient et expriment la plus vive douleur. Ils regrettent leurs dieux Tervagant, Mahomet et ÂpoUin, qu'ils n'ont plus: « Malheureux, se disentils l'un à l'autre, que deviendrons-nous? Sur nous est descendue la ruine; nous avons perdu le roi Marsile. Hier le comte Roland lui a tranché la main droite. Nous n'avons plus le blond Jurfaleu, son fils, et toute l'Espagne tombera aujourd'hui au pouvoir des chrétiens. » Cependant les deux messagers mettent pied à terre au perron.
191. — Ils laissent leurs chevaux à l'ombre d'un olivier, etdeuxSarrazins les prennent par les rênes. Les messagers se tiennent par leurs manteaux, puis ils montent au haut du palais voûté. Par trop d'intérêt ils firent un mauvais salut (1) :
(l)Mahomet, Tervagant et ApolUn ayant laissé vaincre Marsile, Fauteur appelle un mauvais salut^ celui que font les messagers au roi de Sarragosse, en invoquant l'assistance de ces idoles que Ton vient de briser.
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c< Que Mahomet qui nous a eu sa puissance, dirent-ils, que Tervagant et Âpollin, nos seigneurs, sauvent le roi et garantissent la reine I » — « J'entends ici une grande folie, dit Bramîmonde, car nos dieux sont anéantis. Ils se sont mal gouvernés à Roncevaux, ils ont laissé tuer tous nos chevaliers et ont abandonné monseigneur dans la bataille, il a perdu sa main droite, il n'en a plus, c'est le riche comte Roland qui la lui a abattue. Charles aura toute l'Espagne en souveraineté. Que deviendrai-je, malheureuse que je suis ? Ah ! pourquoi faut-il qu'il n'y ait personne qui me donne la mort? Âoi.
192. — Clarion dit : « Madame, ne vous laissez pas aller ainsi à la douleur. Nous sommes les messagers du roi Baligant; Marsile, nous a-t-il dit, sera garanti et sauvé s'il lui envoie son gant et son bâton. Nous avons dans la Sèbre quatre mille bateaux, esquifs, barges et galères courantes, sans compter les navires drudmonds, qui sont nombreux . L'amiral est riche et puissant ; il ira chercher Charlemagne, jusqu'en France, où il espère le prendre mort ou vaincu.» —«Oh ! dit Bramimonde, il en arrivera d'autant plus de mal! Vous pourrez trouver les Français bien plus près d'ici; depuis sept ans déjà ils sont dans <;epays. L'empereur est noble et brave, et il préfère de mourir plutôt que d'abandonner le terrain
.... Charles ne craint nul homme au monde.
195. — « Laissez tout cela , dit le roi Marsile à la reine;» puis se tournant vers les messagers : a Seigneurs^ parlez à moi. Vous le voyez, je suisdéjà triste de ma mort prochaine ; je ne laisse point d'héritiers, ni fille, ni fils. J'en avais un, il a été tué hier soir. Monseigneur, dites-vous, vient me voir* L'amiral a droit sur l'Espagne ; je le déclare libre s'il veut l'avoir (je lui cède mou draU)^ et qu'il la défende contre les Français. Je lui fournirai de bons conseils contre Charlemagne, et d'ici à un mois, il l'aura vaincu. Vous porterez à Baligant les cle& de Sarragosse, en lui recommandant de ne pas en sortir, s'il m'en croit, n Les messages répondent : «Sire, vous dites vrai. » Aoi.
194. — « Charles l'empereur, continua Marsile, a fait périr mes gens, a ruiné mon pays et forcé mes villes. Cette nuit il couche sur les eaux de la Sèbre, et j'ai calculé qu'il n'y a que sept Ueues.. Vous dites que l'amiral y amène son armée, alors faites-lui savoir de ma part qu'il doit lui livrer bataille, d En disant ces mots, Marsile donna les clefs de SaiTagosse aux deux messagers qui s'inclinèrent et prirent congé.
195. — Les deux envoyés sont remontés à che* val et sortent lestement de la cité, en s' empressant d'aller remettre les cle& de Sarragosse à l'amiral. Baligant leur demande : « Qu'avez-vous trouvé î Où est Marsile à qui je vous ai envoyés î » — a II est
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blessé à mort, répond Qarien; Tempereur fut hier au port pour le passer, car il veut retourner dans la douce France, et pour plus d!honneur et de sûreté, il voulut protéger sa marche par une arrièregarde. Ce poste fut conGé au comte Roland, neveu de l'empereur, à Olivier, ainsi qu'à tous les douze pairs de France, accompagnés tleVingt mille Français bien armés. Le noble roi Marsiley combattit, et lui et le comte Roland s'y sont rencontrés. Roland donna au roi un tel coup de D.urandal, qu'il lui sépara entièrement la main du bras. Le fils du roi, Jurfaleu, qu'il aimait tant, a été tué ainsi que d'autres barons qu'il avait menés avec lui. Ne pouvant plus combattre ni demeurer là, Marsile s'enftiit, et l'empereur Ta poursuivi. Le roi vous demande secours, il vous passe son droit sur le royaume d'Espagne. » Baligant commença par réfléchir, mais bientôt il éprouva un tel chagrin, qu'il ftjt pj'ès d'en devenir insensé. Aoi.
196. — ficSire amiral, dit Clarion, il s'est donné une bataille hier à Roncevaux. Roland et Olivier y sont morts, ainsi que les douze pairs que Charles prisait tant, et vingt mille de leurs Français ont également perdu la vie. Mais le roi Marsile a perdu la main droite, et l'empereur l'a poursuivi avec ardeur.
En ce pays il n'est resté aucun chevalier, qui n'ait été tué ou noyé dans la Sèbre. Les Français
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sont cantonnés sur la rive et ils ne sont pas éloignés de nous : si vous voulez les aller trouver, il pourra nous en coûter cher. » Â ces mots, le regard de Baligant devint fier, et Tamiral sentit la joie au fond de son cœur. Se levant tout à coup de son fauteuil : « Barons, s^écrie-t-il, ne tardez pas davantage, sortez de vos barges, montez à cheval et marchez; si le vieux Charlemagne ne prend à l'instant la fuite, le roi Marsile sera vengé aujourd'hui. Pour son poing droit, je lui donnerai la tète de Charles. »
197. — Les païens d'Arabie sont sortis de leurs embarcations. Ils montent chevaux et mulets et chevauchent. Que feraient-ils de plus? L'amiral qui vient d'animer leur courage, appelle son ami Gémalfin et lui commande de rassembler toutes ses armées. Gémalfin monte'^sur son destrier Bestron, et emmène avec lui quatre ducs (ou capitaines). Quant à Baligant, il chevauche si promptement qu'il ne tarda pas d'atteindre Sarragosse. Arrivé au perron de marbre, quatre comtes lui tiennent l'étrier pour le faire descendre. Il monte les degrés du palais, et bientôt Bramimonde accourt vers lui en disant : «Hélas! que je suis malheureuse ! puisque j'ai perdu monseigneur ! » Alors elle tomba aux pieds de l'amiral qui la reçut. Cependant ils montent à la chambre de deuil. Âoi.