‹ Roland; ou, La chevalerieChapitre 29 sur 49 · La nuit s'écoule et le jour paraît · texte numérisé non relu

La nuit s'écoule et le jour paraît

Charles garnit de ^ soldats )es UAkw de Sarragosse et laisse dans la ville ^mifla ehevaliers auxquels i! enioonfie la^ardé^ Jli^vdoiyne à iSéi^ homfifies de oopdùire Bradim<Hiie à sa prison, mais en recom*-

mandant qu'il ne lui soit fait aucun mal. Vainqueurs, les Français reprennent leur sérénité et leur confiance. Le roi passe d'autorité et à force ouverte, à Narbonne; puis il arrive à Bordeaux, la cité de valeur. Dessus l'autel du baron saint Sevérin, Charles dépose l'Olifant rempli d'or et de mangons, que, depuis, les pèlerins ne manquent pas de visiter. Bientôt à Taide d'une grande quantité de. barques, il navigue sur la Gironde et va jusqu'à Blayes où il conduit les corps de son neveu Roland, de son noble compagnon Olivier, et du sage et vaillant ardievéque. Il ordonne à ses seigneurs de se vêtir de surcots (tuniques) blancs, et c'est à saint Romain que gisent les barons que les Français recommandent à Dieu et à ses moines. Enfin Charles chevauche à travers les vaux et les monts, et ne veut plus s'arrêter qu'il ne soit rentré à Âix-la-Ghapelle. Tant chevaucha qu'il descendit enfin au perron de son palais. Â peine fut-il sous ses hautes voûtes qu'il envoya des mes* sagers pour convoquer tous les juges Bavarois, Saisnes, Lorrains, Frisons, Allemands, Bourguignons, Poitevins, Normands, et Bretons, ainiâque tous les plus sages de France. Puis commença le procès de Guénelon.

270. — L'empereur est revenu d'Espagne et est rentré à Àix, le meilleur séjour de France. Â peine arrivé à son palais, il est monté dans la salle; et voici venir Âlde, une belle demoiselle qui

demande au roi : « Ouest Roland, le capitaine qui jura de me prendre pour compagne ?« A ces mots, Charles éprouve une douleur profonde, des larmes s'échappent de ses yeux, et il tire sa barbe blanche. «Douce, chère amie, dit-il, tu me parles d'un homme qui n'existe plus. Je t'en donnerai un en échange; ce sera Louis, je ne saurais mieux dire : il est mon fils et il gouvernera mes Marches (États).» Âlde répond : « Ces paroles ne peuvent me con* venir. Qu'il ne plaise ni à Dieu, ni à ses saints, ni à ses anges, que je survive à Roland! » Elle devient pâle, tombe aux pieds de Charlemagne, et meurt tout aussitôt. » Dieu ait pitié de son âme I Les baronsfrançais pleurent à ce spectacle, et plaignent Âlde.

271. — La belle Âlde n'est plus. Le roi croit qu'elle n'est qu'évanouie. La pitié le touche, il la prend par la main en cherchant à la relever. Mais tête d'Âlde s'incline. Lorsque l'empereur reconnaît qu elle est morte, alors il fait appeler quatre comtesses à qui il donne commission de transporter le corps d'Âlde à un couvent de religieuses, où il doit être veillé pendant toute la nuit jusqu'au jour. On l'enterra le long d'un autel, et le roi lui fit rendre de grands honneurs. Âoi.

372. — L'empereur est rentré à Âix. Le traître Guénelon, chargé de fers, est dans la ville, devant le palais. On Ta attaché à un poteau et ses

mainssont liées ayec une courroie de peau de cerf. Incessdiniiient on le bat avec un Mtôn. Maîs'îl n'a que ce qu'il abien mérité, et c'^staîhsi qu*il attend qu'on lui fasse son procès. Il est écrit dans Fancienne Gei^e, que Charles fit appeler (comme juges) des hommes de plusieurs de ses lérrés. Us sont donc assemblés à Âix-la-Ghapelle. €'èst un grand jour; quelques-uns disent que ce fut à la fête du baron saint Silvestre. Alors commence le procès de Guénelon qui a trahi. L'ettipereur le fait comparaître devant lui. Aoii

275. — « Seigneurs barons, dit le roi Chartemagne, jugez-moi bien le droit de Guénelon. II vint avec l'armée jusqu'en Espagne en m- accom* pagnant; et il m'a enlevé vingt mille de mes Français ainsi que mon neveu que vous ne verre* plus, puis OlÎYÎer le preui^ et le courtois, et les douse pairs ; le tout pour obtenir une récompense en ri^ ebesses. » Guénelon^ dit : a Que je sois réputé félon, Si\ je mens I Roland m'a forfait en or et éii avoir, et c'est pour cela que j'ai cIiero)ié sa perte et sa mort» Mais je n'ai commis aucune trahison. » Les Français répondent : « Maintenant nous entendrons le conseil, j» ;

274. — Guénelon se tient devant le roi. Son apparence est gaillard^e et spn. teint Vif. S'il eûiété loyal, il eût eu tout à fait l'air d'un baron. Il se trouve en présence de tous les juges de France, et

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trente de ses parents sont arec Ini. Alors il parle ÀhHuteivoix : «Pourraotiôurde.Dîçu^^coutèz^nioi J^ien, barons! Se^ear&! je fusàravméeaveorempereur, et je le servais par foi et par amoar. Ro- Jand) son neveu,, me prit en haine et me voua à la :douleur et à.lamort» Je fus envxiyé auprès du ix)i Marsile. Par ma jHiKiencéy je parvinsi me «garantir du danger^ et je défiai Roland lé guerrier, puis Olivier et foias leurs compagnons. Charles en fut itémoin,>aiçsi que tous ses nobles. hanoos. Je mç «uis vengé ; msûs il n'y a pas eu de trahison. i>L^ Français répondisnt : « Nous en référerons au con^ seii. ».

375. — Quand Guénelon voit que son procès commence ) il se tourne vers se^ p^tentp dont trente étaient présonts. Parnpi. mif. il en était un que les autoiçs laissent di$çouri,i\ G'qs^t Piqahel; du château de Sorance, qui parle bien, raisonne juste et^ comme vassal y sait bi^n défendie ses ariiaes» Aoi.

276. — Guénelon lui dit : « Je mets ma con7 fiance en vous, ami, délivrez-moi aujourd'hui de la calomnie et de la iport. » PinabeL répond. : « Vous serez bientôt sauvé. Il n y iuira pas un Français qui vous juge digne d'être peqdu^ et s'il en est autrement, nous subirons tous deux le même sort ; j'en jure par mon épée d'acier. » Le comte Guénelon se présente à ses pieds*

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277. — Les Bavarois et les Saxons sont allés au conseil, ainsi que les Poitevins, les Noi'mands et les Français. Viennent aussi les Âllemandset lesThiois« Les plus courtois sont ceux d'Auvei^ne qui ne craignent pas de se montrer Êtvorables à PinabeL Ils se disent entre eux : «Ha bien fait de rester : laissons là le procès , et prions le roi qu'il pardonne, cette fois, à Guénelon qui dorénavant le servira par amour et par foi. Roland est mort; jamais nous ne le re verrons; et, ni pour or, ni pour richesse nous ne pourrons le ravoir. Ce serait folie de combattre à ce sujet. » Personne en effet n'était propre à le faire, si ce n'est Thierry, le frère du seigneur Geofroy. Aoi.

278. — Les barons s'adressent donc à Ghariema-^ gne et lui disent : a Sire, nous vous prions de tenir quitte le comte Guénelon qui vous servira à présent par foi et par amour. Laissez-lui la vie, car c'est un très-bon gentil homme, (un vers inintelligible) et pour aucune richesse nous ne pourrions ravoir Guénelon. » Alors le roi dit : « Vous êtes des félons ! » Agi.

279. — Quand Charles voit que tous lui ont failli, son visage se rembrunit, et il se regarda comme fort malheureux. Devant lui était un noble chevalier nommé Thierry, frère de Geofiroy, duc angevin. Cet homme, maigre et grêle de corps, ni grand ni petit, a les cheveux à peu près noirs. Il s'adresse

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courtoisement à l'empereur, et lui dit : <c Beau sire roi, ne vous affligez pas trop. Vous savez que je vousàidéjà fréquemment servi etqu'à cause de mes ancêtres^ je dois soutenir votre cause en ce procès. Quoique Roland ait forfait à Guénelon, les services de votre neveu doivent bien le garantir de tout reproche. Guénelon est félon, puisqu'il l'a trahi, et par cela seul, il s'est mis mal avec vous et s'est rendu parjure à votre égard. Aussi lejugé-je digne d'être pris et mis à mort, et que son corps soit traité comme celui d'un homme qui a commis félonie. S'il y a quelque parent de Guénelon qui veuille me démentir, je suis prêt à confirmer surle-champ mon jugement avec cette épée que j'ai ceinte. » Les Français répondent : « Oh! vous avez bien dit. »

280. — Pinabel est venu devant le roi. C'est un vassal fort et adroit, qui frappe un coup comme personne de son temps ne l'aurait pu faire. Il dit à Charles : « Sire, le procès (le bon droit) est à vous. Ordonnez que Ton ne fasse aucun bruit. Voici Thierry qui a fait le jugement; s'il le faut, je combattrai à ce sujet avec lui. » En parlant ainsi, Pinabel remet son gant de peau de cerf à sa main droite, et l'empereur dit : « Je demande bonne caution. » Alors trente parents de Guénelon se présentent pour en tenir lieu, et alors le roi dit : a Je les reçois ; et il les fait garder jusqu'à ce que le droit ait été établi. Âoi.

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281. — Lorsque Thierry voit que le combat va avoir lieu, il présente son gant droit à Charles qui le reçoit comme otage (garantie), puis qui fait porter quatre bancs dans la pbce où vont s' as* seoir ceux qui doivent combattre. Les combattants^ après s'élre entendus avec Ogier le Danois (maître du camp), les combattants demandent leurs chevaux et leurs armes (1) .

383. — Ils sont prêts pour la bataille. Âoi. Ils se sont confessés, ils ont reçu Fabsolutipn et la bénédiction. Ils entendent la messe, communient et donnent de larges offrandes destinées aux monastères. Bientôt on, les amène devant Charlema-f gne. Ils chaussent leurs éperons, revêtent leurs hauberts blancs, forts et légers, ferment leurs casques brillants, sur leurs têtes; ceignent leurs épées enrichies d'or pur, et suspendent à leur col leur écu de quartier. De leur main droite ils tiennent leurs épieux tranchants, puis ils montent sur leurs chevaux. Alors cent mille chevaliers émus de pitié pour Thierry s'exposant pour la mémoire de Roland, versent des larmes; mais Dieu sait bien quelle sera T issue du combat.

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